Mariela Castro et la situation des LGBT+ à Cuba

Avec l’adoption en février dernier d’une nouvelle Constitution, le peuple cubain et ses représentants ont ouvert la porte à une possible légalisation du mariage entre personnes du même sexe. Ces dernières années, c’est Mariela Castro qui a incarné cette revendication dans ce pays qui pourrait devenir le 29ième du globe à entreprendre une telle réforme. Retour sur la biographie de cette figure de proue du mouvement LGBT+ cubain, qui n’en reste pas moins contestée au sein même des cercles militants.

Il y a à peine 50 ans, les homosexuels de l’île étaient envoyés dans des camps à cause de leur orientation sexuelle. Aujourd’hui, seule la pression exercée par les églises évangéliques et catholiques subsiste, la majorité de la société cubaine semble prête à légaliser le mariage pour tous. Mariela Castro, directrice du CENESEX (Centre National d’Education Sexuelle), a joué un rôle important dans le changement des mentalités.

Héritages familiaux

Vilma Espin et Mariela Castro
© National Portrait Gallery, London

Mariela Castro naît en 1962 dans une famille d’exception. Son père, Raul Castro, a été président de l’île durant 10 ans et sa mère, Vilma Espin, a fondé et présidé la FMC (Fédération des Femmes Cubaines). Cette dernière a elle aussi beaucoup contribué à l’avancement de la cause LGBT+  : en 1992, elle est la première à dénoncer publiquement la répression et les discriminations dont ont longtemps fait l’objet les personnes homosexuelles, surtout dans les années 60. En effet, à l’aube de l’ère castriste, il n’était pas rare que les gays soient emprisonnés dans les UMAP (Unités Militaires d’Aide à la Production), des camps de travail où étaient envoyés toutes les personnes jugées «  indésirables  » par les barbudos. Les Témoins de Jéhovah, les opposants politiques et les antimilitaristes étaient également détenus dans ces camps de “rééducation”. Un combat de défense des opprimé.e.s transmis donc de mère en fille, tel un héritage.

Un parcours militant

© Cubadebate

En 1980, alors que des milliers d’homosexuels fuient en direction des Etats-Unis durant le célèbre Exode de Mariel, Mariela Castro fait ses premiers pas dans le monde militant. Présidente de la fédération des étudiants du Parti, elle prend position contre l’exclusion de membres gays de l’Union des jeunes communistes à l’âge de 18 ans. La bitonga (fille à papa), comme aiment la surnommer ses camarades de classe, obtient un diplôme de psychologie et fait sa thèse sur le thème de la transidentité : des décennies plus tard, en 2008, le changement de sexe deviendra une opération gratuite sous son impulsion. Elle succède aussi à sa mère en prenant la direction du Centre National d’Education Sexuelle créé par cette dernière, un organisme gouvernemental qui s’occupe des questions sexuelles et LGBT+ à Cuba. Députée, elle vote “non” en 2014 à une proposition de loi contre les discriminations qui n’allait pas assez loin selon elle. De mémoire de Cubain.e, on n’avait jamais vu ça dans l’hémicycle.

La nouvelle Constitution : une victoire en demi-teinte

Affiche anti mariage pour tous à Santiago de Cuba
© Ciber Cuba

En faisant du mariage gay un de ses chevaux de bataille, Mariela allait tout d’abord devoir mener une bataille constitutionnelle. En effet, avant cette année, la Constitution en vigueur n’autorisait que l’union entre “un homme et une femme”. En 2018, après que le président Miguel-Diaz Canel se soit prononcé en faveur de l’inscription du mariage gay dans la constitution à venir, une guerre sans merci a débuté entre les églises et les sympathisants de la cause LGBT+. A coup d’affiches collées dans les rues, les deux camps se sont affrontés durant les quelques mois qu’ont duré la grande consultation populaire mise en place par le gouvernement cubain pour recueillir les opinions des citoyens sur la nouvelle Constitution.

Résultat des courses, une demi-victoire : le gouvernement a dû ployer sous le poids de la pression religieuse, et a renoncé à inscrire explicitement le mariage pour tous dans la Constitution. Néanmoins, il a remplacé les termes genrés d’ “homme” et “femme” par “époux”, ouvrant ainsi la voie à une prochaine réforme du Code de la Famille. Elle est attendue pour cette fin d’année, 40 ans tout juste après la dépénalisation de l’homosexualité dans cette île des Caraïbes.

Révolution arc-en-ciel

11 mars 2019, Parque Central, La Havane
© Reuters

Chaque année, et ce depuis 2007, le 17 mai est synonyme de rassemblement festif pour les Cubain.e.s LGBT+. Pourtant, en mai dernier, les célébrations ont tourné court : le CENESEX a annoncé qu’en 2019, la rituelle journée contre l’homophobie et la transphobie n’aurait pas lieu, décision justifiée par “des tensions internationales et régionales ” que connaîtrait le pays, une explication pour le moins floue. Evidemment, certain.e.s militant.e.s ne l’ont pas entendu de cette oreille. Ils ont décidé de tout de même se réunir lors d’une marche indépendante le 11 mai, qualifiée par certain.e.s de Stonewall cubain. Une alternative à la traditionnelle marche des fiertés cubaine réprimée sans ménagement par la police. Mariela Castro, qui a été en 2007 la première initiatrice de ces journées de mobilisation, s’est montrée agacée par ces militant.e.s désobéissant.e.s, n’hésitant pas à les traiter de contre-révolutionnaires. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés : il semblerait qu’à Cuba, appartenir à la révolution arc-en-ciel soit moins risqué quand on a Castro pour patronyme.

Sous le feu des critiques

© ACCESOPERÚ

Première de la famille Castro a avoir remis les pieds aux Etats-Unis après 40 ans de blocus, Mariela aime donner des conférences, et surtout à l’étranger. Avec ses combats dans l’ère du temps, elle incarne une image moderne de Cuba aux yeux du reste du monde. Mais certains n’y voient qu’un écran de fumée, comme Jancel Moreno, activiste pour les droits LGBT de 20 ans et directeur du projet Dame la mano rencontré à La Havane lors d’un voyage à Cuba. *

« Pour moi, Mariela Castro est une figure politique qui cherche à donner une image de tolérance et de compréhension à la cause LGBT, après les erreurs commises par sa famille dans le passé. Elle est “bien” acceptée par les LGBT cubains qui, à mon avis, n’ont pas été capables de voir les intérêts derrière sa silhouette. C’est une personne qui ne comprend pas les points de vue divergents. J’ai moi-même été bloqué sur sa page Facebook, pour avoir posté des commentaires critiques sur son profil. »

Avant d’ajouter : « Néanmoins, Mariela est une figure nécessaire dont il faut profiter pour gagner des droits, dans une société et un gouvernement qui ne sont pas encore capables de comprendre les causes défendues par la communauté LGBT. Le problème réside dans son totalitarisme, dans l’offense et le discrédit de ceux qui pensent différemment qu’elle ou que ses intérêts. »

Il n’est pas le premier à faire les frais de ce refus de contradiction. Yoani Sanchez, créatrice du premier journal indépendant rédigé et publié dans l’île 14ymedio.com – d’ailleurs bloqué à Cuba – s’est elle aussi attirée les foudres de Mariela, après avoir déploré que celle-ci ne se batte pas pour la liberté d’expression. Nombreux sont les dissidents cubains qui, ces dernières années, se sont montrés critiques vis-à-vis de sa personne. Pourtant, si, comme me l’explique Jancel, «  la grande majorité de la société cubaine pense que “chacun fait sa vie” », c’est en grande partie grâce aux actions de sensibilisation menées par Madame Castro pendant toutes ses années à la tête du CENESEX. Reste à voir combien de combats pourront encore être gagnés par cette icône emblématique de la défense des droits LGBT+ et si le mariage pour tous pourra bientôt figurer parmi ses victoires.

*Je remercie chaleureusement la Fondation Zellidja de m’avoir accordé une bourse qui m’a permis d’étudier la question du féminisme à Cuba en août 2019. La Fondation Zellidja octroie des bourses aux jeunes francophones de 16 à 20 ans qui souhaitent voyager seul.e pour une durée minimale d’un mois afin d’étudier un sujet qui les passionne et ainsi développer de nombreuses compétences. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 janvier 2020.

Sania Mahyou

Community manager Instagram, mais aussi rédactrice dans les rubriques Actu, Littérature et Cinéma, quand je ne suis pas trop occupée à essayer de me transformer en Léa Salamé.

2 commentaires
  1. Bonjour,

    vous parlez de Yoani Sanchez dans votre article qui est payée par des ONG étrangères , voyageant dans le monde entier , vivant à Cuba dans les hôtels avec son mari , une femme riche à Cuba , venu de Suisse ou elle a demandé à l’état cubain de pouvoir venir ne pouvant plus vivre en Suisse , qui fait croire qu’elle est pourchassée à Cuba par la police , un journaliste français a effectuer une interwiew de cette femme c’est à mourir de rire

  2. That story is very mistold. From the time, Ms. Mariela represents a family that has held power for more than 60 and has not had the decency to apologise to the LGBT community for the crimes committed.
    Second, it is naive to think that the mere fact of having an equal marriage does not exempt you, in practice, from the fact that rights are blown up by a system that does not respect, under any circumstances, civil and political rights.
    This article also leaves a huge gap not to mention the independent LGBT community that for years has done a great job of social education. When the work of CENESEX has only been limited in travel by its high office, panels in luxury hotels with foreigners and corruption scandals.
    Also that in Cuba there is no institution born of civil society that works for the community independently and legally, since Cenesex is only a center belonging to the Ministry of Public Health.

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