« Downton Abbey » – un retour chez les Crawley mitigé

Downton Abbey fait sans doute partie des films les plus attendus de cet automne : depuis le dernier épisode de la série à succès, tourné il y a presque quatre ans, nous étions beaucoup à attendre une nouvelle rencontre avec la famille Crawley. Une réussite esthétique absolue et des retrouvailles plus chaleureuses que jamais, malgré une histoire qui commence visiblement à s’essouffler.

La salle entière est enchantée dès l’ouverture, et les notes du fameux générique ne manquent pas de nous toucher immédiatement. Les premiers cadres – qui, faisant écho au tout premier épisode, nous montrent une lettre contenant une nouvelle extrêmement importante pour la famille du Lord Grantham – confirment cette impression. Clin d’œil aux fans les plus fidèles n’est autre chose qu’une missive annonçant cette fois-ci rien de moins qu’une… visite de la famille royale, qui passera une journée dans le domaine des Crawley ! Il n’y a qu’une chose à dire : la promesse est grandiose. Nous voilà donc embarqués pour une nouvelle aventure avec notre famille britannique préférée.

Une ambiance des plus festives

Que l’on ne s’y trompe pas : la famille Crawley n’a rien perdu de son faste, tout comme le domaine de Downton Abbey, et ce, malgré les changements sociétaux de plus en plus progressifs dans l’Angleterre de la fin des années 1920. Nous retrouvons non seulement une ambiance plus chic que jamais, mais également un Downton Abbey en pleine préparation des festivités. L’enjeu est de taille, la famille se préparant à accueillir la visite du roi George V et de la reine Mary. Nous entrons donc dès le début dans le vif du sujet, et retrouvons du même coup tous nos personnages préférés : la salle explose d’ailleurs de rire à chaque combat verbal juteux entre la douairière comtesse Violette Crawley (interprétée par l’inimitable Maggie Smith) et sa cousine Isobel (Penelope Wilton). Ces deux personnages n’ont en effet rien perdu de leur superbe – et encore moins de leur répartie – et rien que pour cela, le film mérite d’être vu.

« Downton Abbey est le coeur de cette communauté, et c’est vous qui le faites battre »

« Downton Abbey is the heart of this community and you’re keeping it beating »

L’univers féérique que l’on admirait durant les six saisons est donc bel et bien là : l’atmosphère aristocratique est toujours aussi éblouissante, l’effet qui se trouve renforcé par les préparatifs festifs de la visite royale. Si l’on est ravi de retrouver la famille du comte Crawley, on ne l’est pas moins quand il s’agit des retrouvailles avec le personnel de Downton Abbey. Qu’il s’agisse de la cuisinière Mrs Patmore, toujours aussi touchante, son assistante Daisy, à l’esprit plus révolutionnaire que jamais, ou le majordome Mister Carson, toujours plus dévoué à la famille Crawley, ces personnages sont un autre pilier du film. Sur un fond de famille dont les membres ont, pour certains, perdu beaucoup de leur caractère, le personnel de Downton Abbey est plus brillant que jamais. D’autant plus qu’il s’agit de défendre l’honneur de leur domaine préféré, alors même que le personnel – pour le moins, hautain – de la famille royale tente d’y imposer ses ordres.

© Universal Pictures

L’introduction de nouveaux personnages est un autre point fort du film. La famille Crawley est en effet renforcée par Maud Bagshaw (interprétée par la superbe Imelda Staunton), une parente lointaine de Lady Violet («  I never argue, I explain  ») refusant de léguer sa fortune au fils de celle-ci, Lucy, la jeune femme de chambre de cette première, qui est en fait une nouvelle promesse d’amour pour Tom Branson, le veuf de Sibyl, et un militaire anglais paradoxalement défenseur de l’indépendance irlandaise, qui servira d’élément perturbateur des plus efficaces. C’est donc avec une belle dose de nouveaux personnages sur lesquels bâtir l’intrigue que débute le film, une décision des plus justes à en juger d’après la dernière scène, nous montrant un Tom romantique dansant avec Lucy sur le balcon, sous la lumière de clair de lune.

Un scénario qui manque de profondeur

Autant le dire tout de suite  : la transposition de la série sur le grand écran ravira surtout ses fans, car si on retrouve tout le faste de la noblesse britannique, des costumes et un décor époustouflants, les personnages principaux, eux, deviennent fades. La plus grande déception concerne sans doute Mary, celle que l’on a pourtant l’habitude de retrouver forte et obstinée comme personne, tout au long de la série. Dans le film, le personnage est plat, fatigué-elle parle même d’abandonner le domaine familial pour une demeure plus modeste  ! Faisant écho à l’aînée, sa sœur Edith a l’air toute aussi éteinte, même si le contraste n’est pas aussi frappant que dans le cas de Mary, le personnage d’Edith ayant initialement un caractère plus calme. Même les éternels désaccords entre les deux sœurs se résument à un «  Comment vas-tu  ?  » de Mary, lorsque la famille accueille Edith, retournée à Downton Abbey avec son époux écossais. Les parents Crawley sont encore moins présents que leurs filles  : c’est-à-peine si on les remarque, dans tout ce tumulte de préparatifs.

Certes, une bonne partie de l’intrigue ici repose majoritairement sur le personnel et son combat – souvent très cocasse – avec les intendants de la reine, mais on aimerait tout de même que la famille Crawley soit plus présente et retrouve cette passion que l’on a tant aimé suivre pendant cinq ans. Le scénario, pourtant écrit par le créateur de la série, Julien Fellowes, semble presque être écrit à la hâte, tant certains dialogues sont décevants, comparés à la hauteur de ceux auxquels les fans de la série ont été habitués. L’histoire en elle-même semble par moments vide de sens : car si les fans de la série seront sans doute ravis de se retrouver une fois de plus parmi les membres de la famille Crawley, les spectateurs les moins prévenus trouveront probablement que l’intrigue manque d’action. Ainsi, le leitmotiv de tout le film est la visite du couple royal, mais une fois arrivés, on remarque à peine le roi tout comme la reine. La lutte du personnel de Downton Abbey avec celui de la reine est comique, mais mérite-t-il d’être l’une des lignes principales du scénario ? A quelques exceptions près, presque tous les personnages semblent donc être fatigués.

Cela n’est pas étonnant, quand on sait que l’intrigue, qui pourrait pourtant avoir pour but de développer l’histoire principale et de servir la famille Crawley, se divise en éternelles branches secondaires, au point d’en oublier presque la visite royale en elle-même, montrée très rapidement. Les personnages secondaires, qu’on apprécie pourtant beaucoup, semblent être là parce que les propriétaires de Downton Abbey n’auraient plus grand-chose à dire, ce qui est loin d’être le cas. La tentative d’assassinat du roi ne représente aucun enjeu : dommage pour une série qui a parfaitement réussi à nous exposer tous les enjeux sociaux et politiques qui troublaient la société britannique du début de la Première Guerre Mondiale jusqu’à la fin des années 1930.

Malgré cela, le film ne saurait être déconseillé  : il réjouira les fans de la série, tout comme il enchantera les spectateurs qui rencontreront la famille Crawley pour la première fois, ne serait-ce que par une ambiance de faste et un décor éblouissant sans pareil. L’intrigue manque certes d’action, mais ce n’est pas pour autant que la magie de Downton Abbey cesse d’opérer  : on sort de la salle de nouveau complètement sous le charme de la famille Crawley ainsi que de leur personnel plus dévoué que jamais.

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.