« Un Jour de pluie à New York » – Cliché détrempé

© Mars Films

Alors que ce dernier film de Woody Allen s’est vu privé de diffusion aux Etats-Unis, compte tenu des multiples accusations qui pèsent sur le cinéaste, Un Jour de pluie à New York a été présenté en ouverture du Festival de Deauville, et est loin d’être à la hauteur de ses ambitions.

Depuis quelques années, Woody Allen n’a pas fait un « bon » film. Il est loin le temps des Manhattan et des Annie Hall. Toujours les mêmes recettes, les mêmes clichés alignés les uns après les autres, le même Manhattan, devenu maintenant insipide : Un Jour de pluie à New York s’avère être un ramassis risible des précédentes oeuvres du réalisateur qui pousse le déjà-vu dans un paroxysme flagrant.

Un couple d’étudiants, Gatsby Welles (Timothée Chalamet) et Ashleigh Enright (Elle Fanning), vient passer le week-end à New-York à l’occasion d’une entretien qu’Ashleigh, journaliste dans la gazette de la fac, a obtenu avec le réalisateur Roland Pollard (Liev Schreiber). Celui-ci s’avère être en pleine crise existentielle amenant Ashleigh à bousculer l’ensemble de son week-end, délaissant Gatsby, livré à lui-même dans sa ville d’origine.

S’il est plutôt moralement gênant à l’heure actuelle de voir un film de Woody Allen, il l’est d’autant plus lorsque le film est définitivement mauvais. Tout d’abord l’histoire reprend ce thème inhérent à beaucoup de films du cinéaste, la tromperie et la vie de couple, qui est ici toujours traité avec un regard très misogyne et moralisateur. Les éléments qui faisaient la réussite du cinéma de Woody Allen ne font ici plus du tout recette à l’instar de l’usage du jazz. Une marque de fabrique qui fonctionnait encore à merveille dans L’Homme irrationnel (2015), ici celui-ci est employé jusqu’à l’usure le rendant terriblement vulgaire.

Ce long-métrage est entre autres épuisant dans sa manière de présenter les choses, à l’écran ce sont toujours des duos qui sont montrés, et quand ce ne sont pas des duos c’est bien souvent Gatsby Welles, sorte d’alter-ego contemporain de Woody Allen acteur, qui se parle à lui-même. Ces plans systématiques et similaires, se répondent les uns aux autres ce qui donne une continuité interminable de scènes qui s’enchainent sans la moindre fluidité, il n’y a aucun moment de latence et cela offre une absurdité désagréable au film. Le rythme se veut donc effréné, et dans ce scénario pourtant simpliste, on perd rapidement le fil de la cohérence recherchée.

Au delà de ces différents aspects, c’est sans doute le rôle très mal écrit d’Elle Fanning qui inspire le plus l’amertume. Elle devient ici une potiche continuellement réduite à son physique, mise à mal dans son rôle pourtant initialement intellectuel, elle est toujours remise à sa place d’étudiante originaire de l’Arizona, semblant être uniquement là pour user de ses charmes, ne comprenant rien à rien de ce qui lui arrive. Il en est de même pour le personnage de Shannon interprété par Selena Gomez qui aligne des phrases idiotes dénuées d’une quelconque profondeur. On ne peut que dire de même pour Timothé Chalamet ici agaçant au possible jouant toujours plus son propre rôle de jeune bourgeois, médiocrement à contre-courant du groupe social dans lequel il évolue. Comme dans ses précédents rôles : Call Me By Your Name, Lady Bird, ou Beautiful Boy, l’acteur joue perpétuellement avec une négligence rebutante.

L’aspect comique est ici inefficient, que ce soit le passage sur le rire de la belle-soeur de Gatsby ; les blagues sur l’Arizona sorties de nulle part ou les relans machistes des trois hommes auxquels se confronte Ashleigh. L’ensemble est ridicule. Woody Allen continue de se complaire dans une esthétique fantasmée et révolue qui n’a plus lieu d’être, un point constitutif qui explique qu’Un Jour de pluie à New York sonne inéluctablement faux.

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master 1 Métiers de la Culture

2 commentaires
  1. Ah enfin une critique intelligente ! On se demande si les media sont payés pour vanter ce navet. Enfin moi je ne me dérangerai plus pour aller voir un W Allen, il devrait vraiment prendre sa retraite.

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