Rencontre avec Temples – « Nous naviguons entre le vintage et le moderne »

Temples. © Matt Clarke

Après le succès des albums Sun Structures (2014) et Volcano (2017), les Britanniques de Temples reviennent avec Hot Motion, un troisième opus encore plus abouti. Rencontre. 

Cheveux longs et vêtements vintage, ils semblent tout droit sortis d’un film des années 70. À quelques pas du Musée de la Vie Romantique, situé dans le IXème arrondissement parisien, les membres de Temples nous accueillent dans leur hôtel. Malgré l’heure plutôt matinale, les deux musiciens du groupe – Adam Smith, claviériste et Thomas Edison Warmsley, bassiste – confient leurs évolutions et leurs envies, à trois jours de la sortie de leur album Hot Motion. Et ne semblent pas si convaincus du terme “psychédélique” qui les définit si souvent… 

Vous avez passé deux ans à travailler sur ce nouvel album. Comment l’avez-vous élaboré ?

Adam Smith : En réalité, si on englobe tout, nous avons passé un mois très intensif sur l’album, jour et nuit. Si on étale dans le temps, on a mis un an et demi, depuis l’arrêt de notre dernière tournée. On a commencé par penser les titres séparément, puis on les a réunis. La sortie est à la fois excitante et stressante.

Thomas Edison Warmsley : En même temps, je pense que nous sommes plus confiants que jamais pour ce troisième album. C’est notre production la plus aboutie. 

Sur Instagram, vous avez écrit que ces deux années avaient été un voyage qui vous avait transformé. Qu’est-ce qui a le plus changé pour vous ?

Thomas : Il y a eu énormément de changements. Il y a deux ans, on a arrêté de tourner, le second album était arrivé à sa fin, et c’était la première fois qu’on prenait vraiment du recul sur ce qu’on faisait. Nous avons changé de label et notre batteur est parti. Avec autant de changements, vous avez un peu l’impression de repartir de zéro, d’ouvrir une nouvelle page de votre vie. Finalement, j’ai l’impression que ce troisième album nous a encore plus réuni, on a avancé ensemble. Ces deux années ont été très importantes dans la construction de Temples. 

Par rapport aux deux premiers disques, quelle est selon vous la principale évolution ? 

Thomas : Nous avons définitivement remis le focus sur les guitares, pour sonner davantage comme un groupe, une unité. On évolue au niveau de nos sonorités, et je suis assez fier que nos titres ne soient pas répétitifs. C’est important de créer de nouvelles choses, il faut garder cette dynamique. 

Vous avez toujours souhaité conserver cette empreinte “homemade”. Pour quelles raisons ?

Adam : En effet ! On ne travaille toujours pas en studio. On fait tout depuis le garage de James (le chanteur du groupe, ndlr), qui a été converti en un espace qu’on pourrait certes appeler “studio”, mais pas au sens traditionnel du terme ! On reste assez proche de ce qu’on avait depuis le début, on a juste un petit peu plus d’espace. On a modifié la pièce pour brancher plus d’instruments, c’est la seule différence, et on a dû bouger le canapé ! C’est beaucoup plus instantané, dès qu’on a une idée, on peut aller l’enregistrer. C’est aussi ce qui a fait la différence sur l’album.

C’est important pour vous de rester en Angleterre pour enregistrer ? 

Adam : C’est surtout moins cher (rires)

Thomas  : Et c’est chez nous, donc confortable ! 

Adam : On prend notre temps et surtout, on l’organise comme on veut. Si on était en studio “traditionnel”, on devrait passer plus de temps à échanger avec les ingénieurs et le reste de l’équipe, je ne pense pas qu’on aurait la patience de faire ça. Tous les trois, avec James et Tom, on se connaît parfaitement et on connaît nos manières de travailler. Je pense que c’est la meilleure façon d’avancer.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Adam : On vient tous de Kettering, une ville anglaise située dans les Midlands de l’Est. Il y a toujours eu beaucoup de groupes de musique à Kettering. James faisait déjà partie de deux formations avant Temples. Je regardais tout ça depuis la périphérie avant d’arriver (rires)

Thomas : Kettering est une ville très agréable à vivre. Et nous avions des intérêts communs : la musique, l’alcool aussi (rires). Il était inévitable qu’on allait se rencontrer et travailler ensemble. 

Vous avez connu un succès relativement rapide. Comment avez-vous appréhender la notoriété ?

Thomas  : C’est un peu comme une relation libre (rires). La célébrité peut rapidement aller voir ailleurs, mais on s’entend globalement bien.

Adam : On a toujours été très concentrés sur ce qu’on faisait. C’est un honneur de pouvoir gagner le respect des gens en faisant de la musique. 

Vous avez raconté qu’une ambiance musicale assez sombre se dégage de vos productions. D’où provient-elle ?

Adam : Au niveau des paroles, pas tant que ça. Mais davantage dans les sonorités. Il y a tout de même des morceaux positifs, mais dans le fond, on sent toujours une sorte d’énervement, c’est sombre dans ce sens-là.

Thomas : Il y a une atmosphère très mystérieuse globalement. 

Le week-end dernier était organisé le festival Lévitation France, ou plusieurs groupes de rock psyché étaient réunis. Que pensez-vous du renouveau de cette scène ? 

Adam : Une chose est sûre, c’est qu’elle a énormément grandi depuis que nous sommes arrivés dans l’industrie musicale. Ce qui est bien, ça veut dire que tous ces groupes peuvent trouver une audience. 

Thomas : Il y a un côté très famille. Et la musique psyché est désormais largement acceptée, il y a de plus en plus de personnes qui l’apprécient. Avec une très forte importance du live, de l’expérience autour de la musique en elle-même. 

Adam : Après, je pense que le mot “psyché” est souvent totalement sorti de son véritable contexte. Il y a énormément de festivals psychés qui n’ont que peu de musique psychédélique en tant que telle. Je ne pense même pas que nous fassions de la musique psychédélique d’ailleurs ! Nous n’avons jamais dit que nous faisions de la musique psyché. 

Thomas : En réalité, tout est psychédélique ! 

Pour les spécialistes, vous auriez pourtant relancé le mouvement psyché, avec le néo-psyché. 

Adam : Oui, et je peux comprendre pourquoi, je ne dis pas non plus que nous n’avons rien à voir avec le milieu. Il y a des sonorités évidentes. Mais ça va plus loin que ça, nous n’avons pas juste composé à partir de sonorités des années 60 et 70. 

Que pensez-vous du terme “néo-psychadelic” ?  

Thomas : On utilise déjà ce terme depuis les années 60, dès que la musique a évolué dans les années 70, puis dans les années 80. Chaque décennie a connue sa résurgence de genres musicaux. 

Adam : Je pense que le terme fait sens. Dans les années 2000, et plus particulièrement en 2014-2015, on a beaucoup parlé d’un renouveau de la musique psyché. Le psyché est sorti de l’underground et a conquis un public de plus en plus important. Je ne dirais pas mainstream car ce n’est pas à ce stade là, mais une frange de plus en plus importante de la population. Le genre est venu à la surface. Je ne sais pas si c’est vraiment “néo” finalement, car après tout le genre est juste sorti de terre, il est apparu, mais peut-être qu’on est toujours dans le psyché de l’époque ! 

Thomas : Les termes sont souvent très dépendants de l’écoute plus que des réalités de composition. Après, il est vrai qu’aujourd’hui nous sommes dans une époque relativement dominée par les musiques électroniques, dans toutes leurs formes. Mais au final, c’est une forme qui va très bien avec la musique psyché ! 

Qu’est-ce qui a forgé votre éducation musicale ?

Adam : Je n’ai jamais trop écouté ce type de musique. J’ai traversé beaucoup de phases. À Ketterings, mes inspirations musicales venaient des pubs, et même du seul pub de la ville ! Et c’était globalement la même musique qui passait en boucle. Ado, j’ai été dans pas mal de festivals de métals, je suis passé par le punk. 

Thomas : J’ai écouté un peu plus de psyché mais en réalité, j’ai également traversé de nombreuses phases. Mais c’est peut-être ce qui m’a le plus influencé malgré tout. Il y a énormément d’éléments intéressants à explorer en terme de sonorités. Il y a beaucoup de créativité, d’éléments d’avant-garde. Des éléments qui ont influencé énormément de genres ! La pop bien évidemment, mais plein d’autres genres également, comme les musiques du monde. 

Comment est-ce que vous définiriez Temples en quelques mots ? 

Thomas : Britannique ! Et aussi européen. 

Adam : Exactement, un mélange entre britannique et européen. Disons “britannique ET européen”, ça fait trois mots. 

Le live semble très important pour vous, vous le pensez en amont ? 

Adam : Oui, du moins aujourd’hui. Avec le premier album, on n’y pensait pas tant que ça, mais après avoir tourné avec les deux premiers albums, c’est devenu une partie extrêmement importante. Pour Hot Motion, nous avons carrément écrit plusieurs titres en fonction, et en disant que ce serait des titres visuellement sympas à jouer. Je pense par exemple à “Atomise”. On ne l’a encore jamais joué en live d’ailleurs ! 

Thomas : On va retransmettre l’idée principale de l’album, le retour aux guitares. 

Vous semblez rendre hommage au passé mais sans mélancolie. Comment vous l’expliquez ?

Thomas : Nos dispositifs sont nostalgiques. Nous utilisons consciemment des sonorités anciennes, des réminiscences d’autres époques, mais il n’y a pas que ça. Nous utilisons aussi des productions beaucoup plus modernes, des techniques d’enregistrement actuelles. Je pense que nous naviguons entre le vintage et le moderne. 

Est-ce que vous avez l’impression de faire partie d’une scène unie, d’une communauté ? 

Adam : Il y a des liens entre les groupes oui ! Plus autant que lorsque nous avons commencé la musique, en Angleterre, où il y avait une scène plus unie, mais il existe encore des liens. Aux Etats-Unis, il y a également pas mal de liens entre les différents groupes. On s’entend bien avec certains, mais on a toujours été un peu à part.

Thomas : Il ne faut pas trop compter sur les autres non plus, ça reste un milieu compétitif. Après, c’est agréable d’avoir de bonnes relations, d’échanger. C’est d’autant plus plaisant que les liens se font à l’international, il y a une vraie communauté malgré les frontières. La musique dépasse les continents ! On s’en rend compte quand on va dans des festivals. 

Quel est votre meilleur souvenir de festival ? 

Adam : Peut-être le Benicàssim, en Espagne. On était totalement épuisés, on revenait d’un autre festival, mais il y avait une foule littéralement énorme ! On ne s’attendait pas à un tel public. C’était un très bon concert.

Thomas : C’était il y a longtemps et on en parle encore ! On a également fait beaucoup de festivals psychés mémorables, comme le Psych Fest d’Austin justement, en 2014. 

Aujourd’hui, quel est votre objectif principal ? 

Adam : Dans l’année à venir, c’est vraiment de jouer autant que possible, d’aller dans le plus d’endroits possibles et jouer ce nouvel album face au plus grand nombre. 

Hot Motion, sortie le 27 septembre.

Le groupe sera en concert au Trabendo (Paris) le 20 novembre.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés