Rencontre avec Clio – « On s’ennuie sans les histoires d’amour dans les chansons »

 : © Philippe Quaisse

Avec son deuxième disque Déjà Venise sorti à la fin de l’été, Clio s’affirme en véritable pilier de la variété française. Rencontre avec une femme sensible amoureuse des chansons d’amour et des films de la Nouvelle Vague.

En 2017, c’est une jeune femme rêveuse et ambitieuse que nous rencontrions entre les murs de la Sorbonne pour nous parler de son premier album Clio. Cette fois-ci, c’est entre deux trains de la Gare de Lyon que nous nous donnons rendez-vous pour discuter de Déjà Venise, son deuxième disque paru fin août. Postée en haut des marches du café Le Train Bleu, l’air absent, nous la retrouvons pour une discussion-éclair juste avant son départ en résidence.

Bonjour Clio, nous te rencontrons peu de temps après la sortie de ton album Déjà Venise qui est sorti à la fin du mois d’août sur les plateformes de streaming et qui sortira demain en physique. Comment te sens-tu maintenant qu’il a été dévoilé au grand jour ?

Je suis très contente qu’il soit enfin sorti. C’est toujours un peu long entre le temps où on a fini de travailler et le temps où ça sort. On est toujours un peu impatients, on a l’impression qu’il faut énormément de temps pour toutes les étapes et c’est chouette qu’il soit enfin là.

Ce n’est pas ton premier album, avant celui-ci il y a déjà eu Clio (2016) il y a presque quatre ans, qu’est-ce que tu as fait pendant ces années, musicalement parlant ?

J’ai fait pas mal de concerts et puis j’ai écris pas mal de chansons. J’ai continué mon petit travail. Pour Déjà Venise, je voulais vraiment trouver les bonnes personnes, prendre mon temps, j’avais pas envie de me dépêcher, je voulais avoir le temps de faire des essais, de prendre du recul, de me tromper.

Justement, entre ces deux albums il y a un réel fossé musical, on prend un grand virage électronique, sans pour autant perdre l’essence de ce qui fait ton univers : une poésie romantique rétro et personnelle. Tu peux nous raconter ce coup de foudre avec les synthétiseurs ?

C’est des sons que j’aimais déjà à l’époque du premier album mais je n’avais pas eu le temps d’affirmer mes envies et mes goûts, c’était plutôt un disque qui était là pour donner un aperçu des chansons de manière très simple. En concert c’était guitare, voix, on n’a pas tellement travaillé les arrangements pour le premier disque et sur celui-ci j’avais envie de faire ce qui me ressemble. Ce n’est pas un coup de foudre récent pour ce genre de sons, il était temps d’affirmer ce que je voulais vraiment.

C’est un album plus proche de toi alors.

Oui, complètement. J’ai été beaucoup plus impliquée dans les arrangements. Alors que le premier album, c’était plus des musiciens qui venaient accompagner mes chansons. Pour celui-ci, on a travaillé en studio avec Florian et Augustin, on a passé du temps tous les trois à chercher, à travailler sur les morceaux. Rien n’a été fait sans moi.

Quand bien même tu as modernisé l’écriture musicale des titres, il reste encore et toujours cette touche rétro, nostalgique d’une époque un peu “vieux films” qui subsiste, en grande partie grâce à ta voix et à ta manière de chanter. Est-ce que tu voulais aussi jouer un peu avec ce contraste ?

J’avais pas forcément pensé que mon écriture avait un côté rétro, ça me fait plaisir. Mais en tout cas, je voulais que les arrangements s’encrent dans leurs époques. Pour ce qui est de l’écriture un peu “vieux films”, ça vient sans doute du fait que ce sont des époques qui me plaisent, en général, surtout au cinéma. C’est raccord avec mes goûts.

Dans certains morceaux, tu as choisis d’inclure certains passages parlés, c’est quelque chose que tu n’avais pas fait dans ton premier album. Pourquoi ce choix ?

Parfois, je trouve que lorsque les textes sont chantés, ils prennent une dimension plus lyrique, quelque chose qui les détache trop de l’aspect réel. Quand ils sont chantés, on se projette moins dans l’idée d’un vrai dialogue. Je ne veux pas le faire tout le temps non plus, je continue d’aimer chanter et écrire des mélodies.

Dans Déjà Venise, on ressent beaucoup de vécu amoureux, des blessures du coeur, je vois ton disque comme une sorte de dissection poétique de ton histoire d’amour. Comment tu le conçois toi ?

Après coup, je me suis rendue compte en regardant mes chansons d’en haut qu’elles racontaient toutes la même chose (rires). Elles abordent toutes des histoires amoureuses plus ou moins joyeuses et des sentiments qui nous traversent dans ces histoires là, que ce soit l’ennui, la joie ou le sentiment d’abandon. C’est quelque chose que j’ai pris plaisir à explorer sans vraiment me rendre compte que je tournais toujours autour du même sujet.

Dans ton titre Amoureuse, tu chantes, en parlant des histoires d’amour “J’écris quoi, si c’est le calme plat par là ?”. L’amour c’est donc le carburant essentiel de ton processus de création ? Qu’est ce qui te plaît dans le fait d’écrire sur l’amour ?

Oui, complètement. Il y a des périodes je pense mais quand j’ai écris les titres du disque, c’était le centre de mes préoccupations. Ce sont des questions qui m’intéressent beaucoup, même dans les films que je regarde, je vois bien que c’est ce qui m’attire le plus. Je pense qu’on s’ennuie quand il n’y pas d’histoire d’amour dans les chansons.

Que ce soit dans la manière dont tu nous contes tes histoires ou encore le sujet de certains morceaux (Eric Rohmer est mort, Romy. S), le cinéma semble important dans ta création musicale. Quelle genre d’histoire d’amour entretiens-tu avec le cinéma ?

Il y a des films qui me marquent particulièrement et qui teintent un peu mon écriture et mon envie de raconter des histoires. Dans la chanson Romy, il est plus question du film César et Rosalie (ndlr : Claude Sautet) que de Romy Schneider elle même. C’est un film que j’adore, je peux le regarder mille fois sans m’ennuyer.

Tu peux nous confier tes films de chevet ?

Sans grande surprise, les films d’Eric Rohmer, César et Rosalie de Claude Sautet. Sinon les films de Truffaut, je les aime beaucoup aussi. Et quelque chose de plus actuel, les films de Christophe Honoré.

Comment vas-tu concevoir le live pour ce deuxième disque ?

Justement, on travaille en ce moment sur la conception du live, c’est d’ailleurs pour ça que je prends le train. L’enjeu c’est de retranscrire l’univers du disque sans être quinze sur scène, il y aura juste un clavier et moi.

Clio en concert :

  • 8 et 9 octobre – Le Bijou, Toulouse.
  • 18 octobre – Salle Paul Garcin, Lyon.
  • 19 octobre – Espace Julien, Marseille.
  • 22 octobre – Café de la danse, Paris.
Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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