Le retour de la menace nucléaire

© Saul Loeb / AFP

Depuis 1996, le monde militaire est dominé par la dénucléarisation. Pourtant, depuis quelques années, la tendance semble s’inverser. Les experts de la question évoquent une «  deuxième ère nucléaire  », un retour sans précédent, depuis la guerre froide, de cette arme dévastatrice.

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les armes nucléaires ne cessent de proliférer. Le président américain a annoncé la couleur au début de son mandat en exigeant un renouvellement complet de l’arsenal nucléaire. Une mesure qui n’est pas sans rappeler certains épisodes de la guerre froide notamment la course à l’armement. Le coût de cette opération est colossal, près de 1200 milliards de dollars, soit 30 fois le budget annuel de la défense allemand. L’objectif militaire américain est clair  : le nucléaire est l’arme de demain.

Les Etats-Unis sont le moteur principal de cette nouvelle crise  : réfutant les traités nucléaires avec l’Iran ou signant des accords de dénucléarisation avec la Corée du Nord. Les grandes puissances militaires prennent leurs dispositions face à cette «  renécluarisation  » globale, en se retirant des différents accords internationaux.

Retour vers la guerre froide

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie sont les premières à s’être détériorées, deux pays dont le passif est déjà lourd à porter. Les discussions et les négociations entre les deux pays, et entre experts, sont de moins en moins fréquentes. La crise ukrainienne de 2014 a été le point de crise diplomatique entre le gouvernement russe et les institutions internationales, les incidents se multiplient depuis en mer baltique et en mer noire entre la Russie et l’Occident.

Plusieurs évènements sont à l’origine de cette crise notamment la rupture du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire ainsi que la remise en cause du traité New Start qui implique des inspections annuelles des avancées technologiques nucléaires de chacun des pays. Autant la Russie que les Etats Unis reprennent une course à l’arme nucléaire qui n’inquiète pas leurs opinions publiques respectives, leur permettant de poursuivre leurs actions sans entrave.                                                                            

De multiples tensions au Moyen-Orient                                           

L’arbitre aux deux visages qu’incarne Donald Trump sur la scène internationale est problématique, lui qui négocie avec l’Arabie Saoudite, la Corée du Nord et l’Iran, adoptant à chaque fois une attitude différente.

Il y a quelques mois, le ministre de la Défense américain a avoué avoir donné sept autorisations distinctes de transfert de technologies nucléaires à Riyad contraignant l’Iran à développer son arsenal nucléaire face à cette menace. Cette décision paraît bien injuste à l’Iran qui respecte les traités et les inspections d’acteurs extérieurs différents alors que l’Arabie Saoudite refuse toute intervention internationale. L’intervention américaine dans la région pourrait être à l’origine d’une nouvelle guerre entre les deux pays face à la montée en puissance de l’armée saoudienne.

La position de Donald Trump face à l’Iran est très ferme et nourrit le sentiment d’injustice et d’infériorité du pays face à l’Arabie Saoudite. Il s’est retiré de l’accord de 2015 sur le contrôle du programme nucléaire iranien et augmente les sanctions, notamment économiques, à l’encontre du pays.

Face à cette crise imminente au Moyen-Orient, le gouvernement américain maintient que s’il n’avait pas donné ces informations à Riyad, la Russie ou la Chine l’aurait fait. Ce faisant, les Etats-Unis ont mis à mal l’accord 123 de non-prolifération des armes nucléaires de l’ONU.

L’implication importante de la diplomatie américaine dans les affaires nucléaires pour réaffirmer sa domination militaire créé d’autres menaces. Pourtant, les négociations entre Donald Trump et Kim Jong-Un, le président nord-coréen, aspirent à la dénucléarisation. Un discours interpellant la scène internationale qui cherche à comprendre ce double-jeu américain.

Une paix illusoire entre les Etats-Unis et la Corée du Nord

Mardi 10 septembre, Kim-Jung Un a tiré deux «  projectiles  » selon l’armée sud-coréenne. Malgré l’apparente entente entre la Corée du Nord et les Etats-Unis sur la dénucléarisation, les discussions sont au point mort depuis février pour conclure à un accord. D’autant plus que les tirs de missiles interviennent au moment même au Pyongyang affirme sa volonté de reprendre les négociations avec Donald Trump.

En réalité, ce jeu de négociation ne sert que les intérêts personnels de chacun des chefs d’Etat. Donald Trump compte bien entrer dans l’histoire en devenant le premier président des Etats-Unis à avoir harmoniser les relations américaines et nord-coréennes. Kim Jong-Un veut gagner une image plus ouverte sur l’Occident et montrer qu’il est prêt à négocier.

Cette entente n’est qu’apparente, les membres du gouvernement américain et les experts sont nombreux à affirmer que Donald Trump se fait berner par le dictateur nord-coréen. Les multiples essais nucléaires qu’il a effectués sont la preuve de cette désillusion concernant ses promesses de dénucléarisation.

Vers une guerre nucléaire mondiale ?

Les experts tendent à affirmer que les codes ont évolués, tout comme les armes. L’arme nucléaire garde son objectif premier : la dissuasion. C’est ainsi qu’avait commencé la guerre froide, il est difficile de croire que la Russie soit prête à appuyer sur le bouton rouge. Leur force militaire impressionne l’Occident qui laisse du leste à M. Poutine, chef d’Etat russe, comme le rattachement de la Crimée l’a prouvée. Le dispositif nucléaire russe permet de tenir à distance l’Occident, les dissuadant de s’implanter en Lituanie par example où les tensions s’intensifient.

Les armes sont, quant à elles, de plus en plus performantes grâce à de nouvelles technologies que toutes les armées envient. Ce sont surtout les petites armes nucléaires qui inquiètent les experts. Elles sont très précises et contiennent peu de matière radioactive, ce qui laisse imaginer à certains chefs d’Etat qu’ils peuvent mener une guerre nucléaire efficace, sans qu’elle soit destructrice. On ne parle plus aujourd’hui d’une guerre nucléaire capable de détruire l’humanité, mais d’armes hautement performantes qui permettraient des guerres courtes et efficaces.

L’ombre des armes nucléaires est bien à craindre mais les fantômes de la guerre froide ne réapparaîtront pas. Le contexte géopolitique actuel marque un tournant dans la sphère militaire et prépare un nouveau type d’armée. L’Allemagne, seule grande puissance d’Europe à ne pas disposer de l’arme nucléaire, envisage de se la procurer. Même une telle acquisition est difficilement envisageable, sa simple évocation provoque de vives réactions dans l’opinion publique allemande comme sur la scène internationale.

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