CINÉMA

« Friends » – Ceux qui fêtaient leurs 25 ans

C’était le 22 septembre 1994 : la diffusion du premier épisode de Friends. Trois garçons et trois filles presque trentenaires s’invitaient alors dans le salon de millions de téléspectateurs. 25 ans après, la sitcom est devenue mythique et continue de battre des records. 

236 épisodes divisés en 10 saisons. C’est ce qu’il a fallu à la série humoristique de Marta Kauffman et David Krane pour marquer le paysage audiovisuel de la fin des années 1990. Friends est définitivement entrée dans la pop culture et fait partie de ces séries dont tout le monde a déjà vu au moins un épisode (ou l’ensemble des saisons, à de multiples reprises). Diffusée chaque semaine pendant dix ans sur la NBC, la série a conquis les nouvelles générations qui binge-watchent désormais les épisodes sur Netflix. Retour sur une série culte.

Rejoignez la bande

Friends, c’est l’histoire de Monica, Chandler, Joey, Phoebe, Ross et Rachel. Six amis new-yorkais qui passent la majorité de leur temps dans un café. Un scénario au départ très simple qui conte avec humour le quotidien de cette bande d’amis très réaliste. La série met en scène six personnages et ne s’attarde donc pas sur un héros en particulier. Et c’est là une des forces du programme : proposer un ensemble harmonieux qui fonctionne justement grâce à la pluralité des personnages. Tous, un peu perdus à leur manière, permettent aux spectateurs de s’identifier à l’un d’entre eux. Il y a Monica, jeune femme maniaque et directive ; Phoebe, la masseuse un peu déjantée au parcours tumultueux ; Chandler, grand enfant effrayé par l’engagement ;  Ross, maladroit en amour et fan des dinosaures ; Joey, le bon copain un peu simplet mais attachant et Rachel, privilégiée depuis toujours et qui cherche à s’émanciper d’un destin tout tracé. Autant de personnages aux traits de caractères et aux parcours différents qui font que tous les membres du groupe prêtent à sourire sans s’ennuyer. Chacun des friends ressemble en fait à un ami que l’on pourrait réellement avoir. Le jeu très naturel des acteurs et leur complicité tend à abolir la dimension fictionnelle de la série et à rapprocher les personnages des spectateurs. Sommes-nous face à des acteurs ou à une vraie bande d’amis ?

© NBC

Pourquoi c’est culte ?

Lors de la diffusion de la série, entre 1994 et 2004, l’offre sérielle n’était pas aussi dense que celle que nous connaissons aujourd’hui. Friends tire rapidement son épingle du jeu parce que la série est simple, drôle et légère. Les épisodes, d’une vingtaine de minutes, sont rythmés par les rires d’un public présent lors des enregistrements. Les répliques hilarantes des personnages, dont certaines sont devenues cultes, les running gags, les gestes et réactions des héros séduisent rapidement le public. Chaque épisode devient alors un vrai rendez-vous pour les spectateurs. L’engouement pour la série est rapide et propulse les six jeunes acteurs au rang de célébrités mondiales. Traîner dans des cafés et vivre en colocation avec ses amis devient tendance, la mythique coupe de cheveux de Rachel est adoptée par de nombreuses spectatrices… Les friends représentent ceux que l’on aimerait être, ceux que l’on aurait pu être. Les multiples failles et les défauts des personnages les rendent d’autant plus humains et proches de nous.

© NBC

La série semble également représenter l’âge d’or d’une époque aujourd’hui révolue et pourtant en vogue, à savoir les années 1990 et le début des années 2000. Nous retiendrons notamment les tenues vintage de Rachel, les apparitions de guest stars à leur apogée dans les nineties et l’atmosphère chaleureuse et bon enfant de la série. Les productions audiovisuelles récentes surfent sur cette vague de nostalgie en proposant de nombreux reboots ou en inscrivant leurs intrigues dans les années 80 ou 90. Ainsi, malgré ses 25 ans, Friends vieillit bien. Si certaines références, un peu datées, rattachent bien la série à son contexte de création et de diffusion, celle-ci n’en reste pas moins d’actualité. La preuve, les plateformes de streaming s’en arrachent les droits de diffusion à coup de millions de dollars. En juillet dernier, Netflix a perdu les droits de Friends outre-Atlantique au profit de Warner. Un coup dur pour le géant du streaming lorsque l’on sait que les séries dites « froides » comme Friends (comprenez, les séries connues de tous et devenues cultes) sont en fait plus regardées que les programmes « chauds », soit les nouveautés. En effet, une série comme Friends est regardée toute l’année par les abonnés de la plateforme contrairement à un programme comme Stranger Things, regardé intensément certes, mais sur une courte période. Une fois l’effet de mode passé, les spectateurs se tournent à nouveau vers des programmes réconfortants qu’ils connaissent déjà et qu’ils ont souvent déjà visionnés. Le succès encore important de la série s’explique aussi par les thématiques abordées, intemporelles. Les six amis rigolent, beaucoup, mais parlent aussi plus sérieusement, parfois.

L’humour (presque) sérieux

Derrière son essence humoristique, Friends aborde de nombreux thèmes sensibles qui font encore débat aujourd’hui. La sitcom est une des premières à parler d’homosexualité, sans jugement mais plutôt comme ressort narratif et comique. Les personnages de Carole (ex-femme de Ross) et Susan, nouvelle compagne de cette dernière, sont introduits dès le début de la série et se marieront même pendant la deuxième saison. Il s’agit d’un des premiers – si ce n’est le premier – mariage lesbien donné à voir dans une série télévisée qui bénéficie d’une audience aussi importante (environ 25 millions de téléspectateurs par épisode). Friends se positionne donc rapidement comme un programme LGBT friendly qui donnera à ces deux personnages un véritable arc narratif malgré leur position secondaire dans le récit. Les deux femmes deviennent mères dans la première saison et leur relation évolue tout au long des dix saisons de la série. 

Le mariage de Carole et Susan (épisode 22 de la saison 2)

Précurseure à plus d’un titre, la série parle aussi d’adoption lorsque Monica et Chandler font face à des problèmes de fertilité, de mères porteuses (Phoebe donne naissance aux triplés de son frère), de mariage blanc (rappelez-vous de Phoebe et son ami patineur artistique) ou encore de personnes transgenres avec le personnage de Charles, le père de Chandler. La tolérance des protagonistes vis-à-vis de Carole, Susan et de Charles montre qu’une sitcom humoristique peut très bien s’emparer de sujets délicats en les transformant en matériaux comiques sans pour autant tomber dans la caricature.

Il était une fin

Au cours de ses dix années de diffusion, la série a mis en scène des personnages qui évoluent et grandissent. À l’image d’une partie des spectateurs qui suivaient la série à l’époque, les six jeunes adultes se cherchent et commencent progressivement à construire leurs vies. Certains fondent une famille, d’autres se focalisent sur leurs carrières. Les trajectoires des friends, si elles restent liées, tendent tout de même à s’éloigner. L’écriture intelligente et fine des épisodes, plus efficace lors des premières saisons, laisse peu à peu place à la fin d’une ère pour les personnages. Forte de dix ans d’antenne, Friends s’arrête au bon moment et offre à ses protagonistes une fin aussi heureuse que celle espérée par le public. Et finalement, c’est tout ce que nous demandions.

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