Exposition- Derniers jours pour “Prince-sse-s des villes” au Palais de Tokyo

© Marc Domage

Manille, Téhéran, Dacca, Laos et Mexico, voilà quelques cités que la cinquantaine d’artistes invités par le Palais de Tokyo propose de parcourir dans l’exposition “Prince-sse-s des villes” visible jusqu’au 8 septembre.

Intenses mégalopoles

En réunissant cinq villes majeures, le Palais de Tokyo recrée une seule et unique cité imaginaire, riche, intense et complexe où s’expriment toutes les influences et sous-cultures de ces métropoles bouillonnantes. Créative et explosive, cette cité rêvée explore les modes de vie de ces modernités non-occidentales. Plus de cinquante artistes issus de Manille, Mexico ou Téhéran présentent des travaux dans lesquels ils explorent leur rapport à l’espace, à la nuit ou au sexe. L’exposition s’attache à montrer à quel point le caractère urbain commun aux métropoles transcendent les cultures et la césure nord/sud. Malgré les aléas du quotidien et la précarité, les artistes sont attachés à ce milieu urbain source de tous les possibles, terrain d’exploration et vecteur de leur identité, parfois bien plus que leur classe sociale ou leur genre.

Leeroy New, Aliens of Manila x Taipei, 2017. TuaTiuTiann International Festival of Arts (TTIFA), Taipei. © Liu Pitz.

Scénographie épuisante

L’intention de Hugo Vitrani, le commissaire de l’exposition et de son associé Fabien Danesi est ferme : faire entrer la ville au musée. Beaucoup des artistes exposés, musiciens, tatoueurs, tagueurs, skateurs situent leur art hors du musée et hors des structures officielles. Comme souvent, l’entrée au musée du street art n’est pas exempte de maladresses et de paradoxes et le résultat peut par certains égards laisser songeur, notamment face à des reproductions de tags ou à la reconstitution d’une galerie alternative de Mexico. A cela s’ajoute que l’intention, certes louable mais inaboutie,- de transformer le Palais de Tokyo en jungle urbaine. En ne cherchant pas à avoir un discours ou un propos sur la production de ces artistes mais en souhaitant avant tout exposer le foisonnement des œuvres et supports (photo, peintures, vidéos et installations) , l’exposition finit par noyer le visiteur sous les propositions.

Vue de l’exposition « Prince.sse.s des villes » au Palais de Tokyo.
Siegfried Forster / RFI

La scénographie signée Olivier Goethals pêche également par le peu de lien tissé entre les œuvres. Si le rez-de chaussée du Palais évoque le jour tandis que le sous sol rappelle la nuit, les espaces ne sont délimités que par du bois de récupération. Un côté “système D” auquel tenait Hugo Vitrani mais qui fait peu dialoguer les œuvres entre elles, épuise et rend le parcours trop aléatoire et accidenté pour être pleinement agréable.

“Sans titre”, acrylique et marqueur sur papier, 2018. (© Reza Shafahi/Delgosha Gallery)

Catalogue foisonnant

Cette faiblesse scénographique est d’autant plus regrettable que l’exposition regorge de propositions pleine de créativité et d’intérêt. Tous les artistes présents proposent une vision passionnante de la ville et de la culture undergroung qui peut s’y développer, en cultivant il est vrai un certain rapport à la démesure. En résulte des ensemble très énergiques voire violents, comme par exemple l’écorché vif gigantesque du philippin Docteur Karayon présenté au sou-sol. Les œuvres offrent la possibilité d’envisager la ville, la modernité, les questions sociétales (drogue, sexe, politique) et la mondialisation autrement, loin de certains clichés.

Isla Inip de Doktor Karayom présenté dans l’exposition “Prince-sse-s des villes” du Palis de Tokyo, Paris, 2019 – ©Guy Boyer

On peut en particulier noter la très belle installation de la mexicaine Chelsea Culprit Transfiguration in rituel time qui interroge le rapport des stripteaseuses à leur propre corps. Sculptées dans une sorte de roc, les statuts sont affublées d’un peau ni douce ni belle, leur posture provocante et les vêtements aguicheurs peuvent dans un premier temps sembler agressifs ou monstrueux mais laissent aussi transparaitre une certaine tristesse.

Au sous sol, le travail du mexicain Manuel Solano interpelle également. Devenu aveugle à la suite d’un accident, Solano continue à peindre uniquement à l’aide de sa mémoire.  Dans un tout autre registre, la vidéo de Newsha Tavakolian intitulée Listen montre six femmes iraniennes chanter sans pour autant qu’un son ne sorte de leur bouche. Une évocation pertinente de la position de la femme dans la société iranienne. De fait, beaucoup des œuvres proposées développent un discours politique. Dans son clip This in Nigeria, l’artiste Falz reprend les codes esthétiques du rap pour critiquer la corruption, la présence de l’église et celle de Boko Haram dans son pays.

Dans ce foisonnement imposant et dynamique, un tri s’impose forcément mais rien de mieux que de se rendre au palais de Tokyo pour faire son propre cocktail selon les sensibilités et les affects.

“Prince-sse-s des villes”, Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson Paris 16. Tarifs : 15 € – 9€. Jusqu’au 8 septembre 2019.

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