CINÉMA

L’enfant, héros du grand écran

Les enfants jouent, les acteurs aussi. Certains garnements s’amusent même devant une caméra. La rédaction cinéma de Maze, vous propose une sélection non exhaustive de quinze films où les héros sont bien évidemment des enfants.

Difficile de réunir les garnements les plus marquants du septième art dans un article. Nous aurions pu évoquer la bouille de Brigitte Fossey dans Jeux Interdits, le générique de Billy Elliot rebondissant devant la caméra, le pull orange de Zazie, les quatre garçons de Stand by me, les bambins de Mary Poppins, les jeunes voleurs d’Oliver Twist, le frère binoclard de Stuart Little mais à la place nous vous avons sélectionné quinze films pour une proposition éclectique et exhaustive écrite à plusieurs mains.

Les Quatre cents coups de François Truffaut (1959)

Pouvions-nous réellement parler d’enfance au cinéma sans évoquer le jeune Jean-Pierre Léaud en 1959 et son alter égo Antoine Doinel ? Prix de la mise en scène à Cannes, le premier long métrage du jeune critique François Truffaut incarne – comme son héros – la Nouvelle Vague. Doinel lit Balzac, Doinel fait l’école buissonnière, Doinel traverse Paris, Doinel surprend sa mère avec son amant, Doinel défit l’autorité parentale et l’école. Le jeune homme maladroit – qui aura droit à ses suites toujours avec Jean-Pierre Léaud ( Antoine et Colette, Baisers volés, Domicile Conjugal, L’amour en fuite) – représente à lui seule la liberté de ton des années 1960 et l’échec des institutions. Tant d’écrits ont déjà analysé Les Quatre cents coups mais nous n’oublierons jamais cette scène de fin, la mer comme refuge, comme absolu. Ce regard pour l’éternité.

Diane Lestage

La Guerre des boutons d’Yves Robert (1962)

« Ah ben mon vieux, si j’aurais su, j’aurais pô v’nu ! ». Ah ben mon vieux ce serait dommage de rater ça. Adapté du roman éponyme de Louis Pergaud, publié en 1912, La Guerre des boutons réalisé par Yves Robert cinquante ans plus tard est la deuxième adaptation après La Guerre des gosses de Jacques Daroy (1936). Le cinéaste actualise l’histoire qui se déroulait à la fin du XIXe siècle. Au casting : le charismatique leader André Teton dans le rôle de Lebrac, les fils du photographe Jacques-Henri Lartigue, François (Grand Gibus) et Martin l’éternel bouille de Petit Gibus et sa réplique cultisme (citée plus haut). Du côté des adultes : Jacques Dufilho, Michel Galabru ou encore Pierre Tchernia. Après plusieurs soucis de production et de distribution, le film peine à voir le jour et à rester en salles avant de faire pas loin de neuf millions d’entrées et de marquer des générations entière d’enfants et d’adultes. L’histoire c’est celle des enfants de deux villages, Longeverne et Velrans, qui se livrent une guerre sans merci où les lances-pierres et les bâtons de bois remplacent les armes jusqu’à ce que Lebrac, fin stratège décide de faire prisonnier un ennemi et de lui couper ses boutons (bretelles et lacets), des accessoires qui coutaient très cher dans la France de l’après-guerre. Car quoi de plus violent que l’autorité de ces pères qui ont fait la guerre et qui vont donner une bonne raclée quand ils verront les pantalons tomber. Pour éviter la riposte, les garçons se battent tous nus. Grossier mais jamais vulgaire, La Guerre des boutons est surtout un film d’amitié, de franche camaraderie, de copains (comme Yves Robert les aime, et nous aussi). Une oeuvre qui fait durer l’enfance le plus longtemps possible contre la sévérité de l’école et des parents. Une comédie intergénérationnelle inscrite à jamais dans l’histoire du cinéma français, dans la vidéothèque de nos parents, dans la notre et celle de nos enfants.

Diane Lestage

L’Enfance d’Ivan d’Andreï Tarkovski (1962)

Classique du cinéma de Tarkovski avec Stalker, Andreï Roublev ou dans un tout autre registre Solaris, L’Enface d’Ivan est celui qui exalte le plus l’enfance dans sa complexité et son entièreté. Orphelin, Ivan (Nikolai Burlyayev) s’engage dans l’armée soviétique pendant la seconde guerre mondiale, celui-ci est éclaireur et engagé dans la lutte contre le régime nazi. Ivan devient ici un héros-victime symbolisant le sacrifice de nombreux enfants lors de la guerre. Ici le cinéaste déclame une affirmation impassible de ce destin individuel qui a eu « un rôle à jouer », et montre une facette sincèrement différente du film de guerre dans un esthétisme froid mais pourtant toujours porteur d’espoir et définitivement poétique.

Caroline Fauvel

Les Goonies de Richard Donner (1985)

1985. La guerre froide perdure, L’URSS tente de survivre avec l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir et les États-Unis lancent le plan Baker pour résoudre la crise de la dette. Peu de réjouissances, donc. Au cinéma, c’est une période de glissement également. Le Nouvel Hollywood voit ses auteurs inévitablement vieillir et ralentir la cadence créative (mis à part Scorcese, la plupart des cinéastes ne connaissent pas de francs succès), les projets audacieux se font rares. C’est à partir de la moitié des eighties le règne d’un cinéma plus commercial, destiné aux adolescents, eldorado réjouissant et régressif. Évidemment, il y aura une dérive à cette tendance, avec une horde de produits manufacturés sans saveur ni cachet (on évitera tout de même de parler de « mort de cinéma » comme Daney en son temps). Dans une époque où l’adolescent américain est clairement le cœur de cible de l’industrie cinématographique, c’est un grand enfant qui est le géant de la colline hollywoodienne. Il s’appelle Steven Spielberg et son cinéma joyeux est un raz-de-marée planétaire. Et comme tout businessman qui se respecte, Steven s’est lancé dans la production et disons le franchement, la déclinaison habile en plusieurs franchises d’univers déjà exploités. Parmi ces films, il y a donc Les Goonies. Sorte d’Indiana Jones version teenager imaginé par Spielberg lui-même, le film raconte la chasse au trésor d’adolescents voire de pré-adolescents moyens. Très bien construit, le film est le fruit d’un dispositif bien précis et copié maintes et maintes fois. À chaque nouvelle scène, un nouveau décor et une nouvelle intrigue. Cette construction narrative en forme de jeu de stratégies voire de jeu vidéo donne une fraîcheur inédite au récit. Mais la vraie force du film c’est la diversité, la candeur et l’énergie des jeunes présents à l’écran. Si la puissance du groupe est ici primordial par sa capacité d’intégration et d’émancipation, les adolescents se démarquent tous par une particularité inimitable. Dans cette bande de bras cassés, il y a entre aussi “Mikey” le chef, “Bagou” le bavard, “Data” le scientifique ou encore Choco, le gourmand. Ces archétypes, dont les scénaristes se jouent sans jamais réellement s’en défaire forgeront la comédie d’aventures américaine et influencera parmi beaucoup d’exemples, la tudesque Stranger things. Richard Donner, le réalisateur, montre un monde adulte aimant, présent, mais pas forcément source de solutions. Les enfants découvrent tout par leurs propres moyens, de l’indépendance à la camaraderie, sans oublier la sexualité, évoquée ici surtout verbalement.

François-Xavier Lerbré

La Cité des Enfants Perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro (1995)

Une enfance dystopique vagabonde dans les ruelles sombres de la Cité. Dans cette oeuvre qui relève du genre du merveilleux, les deux cinéastes font rentrer le spectateur dans un lieu où tout semble laissé à l’abandon. Des décors lugubres, des personnages difformes, une temporalité décousue, des évènements étranges et pour héros du récit, Miette une fillette déjà trop adulte et sa bande d’orphelins qui volent pour le compte des grands. Dans le long-métrage de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, la notion d’enfance est inversée : les adultes se comportent de manière infantile tandis que les enfants parlent et se comportent avec une étrange maturité. Toute cette contradiction cogite autour du personnage de Krank, vieil homme fatalement malheureux car à la recherche en vain du rêve. En effet, ce dernier kidnappe les enfants de la cité afin de leur voler leurs rêves. Pour lui, ces rêves d’enfants sont la clé d’un bonheur inconditionnel mais cette quête apparait sans fin et complètement désespérée. La Cité des enfants perdus nous montre ce que devient le rêve lorsqu’il redoute d’être contrôlé : un cauchemar infernal où toute innocence d’enfance a déserté.

Romane Segui

La Petite Princesse d’Alfonso Cuarón (1995)

Si vous ne connaissez pas ce premier film américain d’Alfonso Cuarón, vous avez peut-être lu enfant le livre de Frances Hodgson Brunett (1905) ou vu l’animé japonais Princesse Sarah créé dix ans plus tôt et diffusé depuis 1994 sur TF1, France 3, France 5 et Gulli. Mais revenons au film de Cuarón qui signe un premier contrat avec la Warner Bros après avoir lu le scénario de La Petite Princesse qu’il souhaite adapter. Il livre alors un magnifique drame pour enfant, épousant leur point de vue et leur imaginaire. En l’occurence celui de Sarah Crew qui a grandit en Inde avec son père (Liam Cunningham longtemps avant d’incarner Sir Davos dans Game of Thrones) jusqu’à ce que celui-ci doive rejoindre le front à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Laissée dans un pensionnat à New-York, la petite Sarah devient vite populaire auprès de ses camarades, elle se démarque par sa capacité à raconter des histoires, à parler couramment italien et à s’opposer aux conventions en adressant la parole à Becky, petite fille noire et servante de ces demoiselles de bonne famille. Mais, l’annonce de la mort du père de l’héroïne vient noircir le tableau, n’étant plus en mesure de payer le collège la sévère directrice Miss Michin la fait servante également remplaçant sa chambre de princesse par une mansarde sous les toits et ses jolies robes par des haillons. Le cinéaste mexicain joue avec le réalisme et la magie dans des décors sublimes et proche de ceux des contes entre Cendrillon et les mythes orientaux. Pouvoir de l’imagination des enfants, superbe introduction en Inde et une des petites filles le plus fascinantes du cinéma. Sarah en une réplique adressée à Miss Minchin : « – Je suis une princesse. Toutes les filles le sont. Tant pis si elles vivent dans de sordides greniers, tant pis si elles sont vêtues de haillons et tant pis si elles ne sont ni jolies ni élégantes ni jeunes. Elles sont toujours des princesses, c’est notre privilège. Votre père ne vous a jamais dit ça ? Vous l’a-t-il dit ? ! ».

Diane Lestage

Nobody Knows de Hirokazu Kore-eda (2004)

Drame sociale, Nobody Knows suit le quotidien d’une fratrie de quatre enfants ayant la même mère, et dont seul l’un d’entre eux est reconnu. Le jour où la mère part rejoindre un nouvel amant sans plus donner signe de retour, tout bascule et l’aîné, Akira, doit aller de débrouille en débrouille pour faire vivre cette petite famille, dont personne ne soupçonne pourtant l’existence. Inspiré d’une histoire vrai le film révèle ainsi l’acteur Yūya Yagira, plus jeune prix d’interprétation masculine à Cannes en 2004. Tout comme d’autres réalisations de Hirokazu Kore-eda Nobody Knows s’attache à retranscrire une réalité sociétale frappante qui se base particulièrement sur la place des enfants dans celle-ci, tout comme dans Une affaire de famille sorti en 2018, ou Tel père, tel fils sorti en 2013.

Caroline Fauvel

Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006)

Olive Hoover a 7 ans et elle est invitée à concourir pour le titre de beauté Little Miss Sunshine. Toute la famille monte donc à bord du break Wolvagen jaune pour l’accompagner d’Albuquerque à la Californie. Alors que tous les adultes et adolescents autour d’elle semblent avoir échoué dans leur vie, Olive ne perd pas espoir en son rêve d’être couronnée. Ce feel good moovie, réalisé par Johan Dayton et Valerie Faris, se déroule sur trois jours d’aventures en tout genre lors du périple. On y apprend par le vécu de chacun que, finalement, ce n’est pas grave de ne pas toujours arriver à son objectif parce que « les looser sont ceux qui n’essaient pas ».

Isma Gerroumi

Max & les Maximonstres de Spike Jonze (2009)

Il y a tout juste dix ans sortait sur les écrans l’adaptation du célèbre best-seller de la littérature jeunesse de Maurice Sendak. De ce matériel initial d’une dizaine de dessins et ses quelques phrases d’une grande densité psychanalytique, Spike Jonze en livrait une lecture toute personnelle, à la fois tendre et crûe, d’une sensibilité et d’un onirisme rare. Un monde où Max, enfant-roi d’une communauté de grosses peluches au potentiel de dangereux prédateurs, voit peu à peu son univers mis en péril par ses sujets (et lui-même), guidés par leurs pulsions et incapables de mesurer les conséquences de leurs actes parfois lourd de sens. Chaque scène et réplique résonne alors avec une part de nous-même, mettant à nue nos affects et combats intérieurs. Un film pour l’enfant qui est en nous et celui qui n’est plus là, d’une poésie et beauté inégalable.

Camille Tardieux

We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay (2011)

L’innocence d’un bébé n’a d’égal que la mignonnerie de ses sourirs à deux dents. We need to talk about Kevin en est le parfait contre exemple. Ce film explore la jeunesse, de la naissance jusqu’à la majorité, d’un psychopathe. Découpé en trois parti on y suit donc Kévin bébé, enfant puis adolescent. Les deux premières parties restent les plus intéressantes tant les acteurs Rock Duer (Kévin, bébé) et Jasper Newell (Kévin, enfant) sont glaçant de crédibilité. Kévin fait vivre un calvaire à sa mère qui ,à bout de nerf, lui fait endurer la même chose. Le père aveuglé par l’enfant manipulateur n’y voit que du feu. Ce film perturbant montre l’envers du décors, une réalité rare que l’on préfèrerait éviter. Celle d’un enfant animé d’un diabolisme inconscient et inexplicable dont la mère prend la pleine responsabilité de ses actes tout en tentant de trouver les fondations de ce déséquilibre. La scène finale laisse le spectateur un peu plus perdu, le souffle coupé face à cette relation mère/fils destructrice. Une chose subsiste : l’amour inconditionnel, malgré tout, d’une mère pour son enfant.

Guillaume Ménard

Tomboy de Céline Sciamma (2012)

L’enfance n’est pas que cet îlot temporel, tant enviable et envié, paisible et lesté de considérations sociales. Le cinéma a prouvé quelque (rares) fois qu’elle était aussi le temps des questionnements. Si les cabanes dans les arbres permettent de se cacher, Laura va plus loin en dissimulant sa véritable identité. Fraîchement arrivée dans un quartier, la petile fille se fait passer auprès de ses nouveaux camarades pour un garçon, se choisissant le prénom de Michael. Tomboy (garçon manqué en anglais) met en scène la confusion des genres involontaire d’une enfant pas si déterminée. L’origine de ce mensonge, ses explications et son sens, n’interessent pas Céline Sciamma, cinéaste engagée et ethnologue attentive. Aussi innocente que culotée, cette légère imposture pousse Laura-Michael à mener une double vie, restant une fille auprès de ses parents. A l’étude sociale pure, la future metteure-en-scène de Bande de filles et du Portrait de la jeune fille en feu préfère un conte doux et cruel dans une société aliénée par le concept du genre. On ne nait pas homme ou femme, on le devient, par le biais d’une socialisation. Blue ou rose, cheveux courts ou longs, ces goûts, selon Sciamma doivent être une décision personnelle et non une contrainte. Comme à son habitude, Sciamma accompagne, encercle d’amour et de compréhension l’eveil sensuel du jeune sujet. Si la sortie, en 2011, de ce film pudique et subtil, fut assez paisible, son inclusion au programme de collège ainsi que sa rediffusion sur la chaîne franco-allemande Arte furent plus mouvementées. Le groupuscule Civitas et sa horde de puritains hystériques étaient sortis du bois pour empêcher la propagation de l’oeuvre. Ce genre de polémiques qui donnent envie, à nous adultes, de rester cacher des heures durant dans les arbres.

François-Xavier Lerbré

Moonrise Kingdom de Wes Anderson (2012)

Suzy et Sam se rencontrent pendant l’été 1965 sur l’île Prudence, au nord de la Nouvelle angleterre. Lui est scout et elle fait du théâtre. Très vite, ils tombent amoureux et fuguent sur une plage pour vivre leur idylle. Pendant qu’ils apprennent à s’aimer, ils sont recherchés par la famille de Suzy et par les scouts. A douze ans, les deux protagonistes sortent doucement de l’enfance et pensent pouvoir s’aimer comme des adultes. Réalisé par Wes Anderson, ce film nous remémore l’innocence du premier amour, souvent irresponsable et irrationnel. 

Isma Gerroumi

The Florida Project de Sean Baker (2017)

Second film de Sean Baker après le subversif Tangerine, The Florida Project met en scène les péripéties tumultueuses de la vie d’un motel aux portes de Disneyland en Floride. Si le film met en lumière le jeu brillant de deux acteurs, Willem Dafoe (Bobby) en directeur d’hôtel impeccable, et Bria Vinaite (Halley) en jeune mère de famille esseulée, la véritable révélation du film est bien Brooklynn Prince (Moonee), petite fille vivant dans un univers faussement coloré où les rêves semblent tout à la fois si loin et si proche. La force élémentaire du film est le pouvoir qu’il donne au point de vue de l’enfant, filmant à leur hauteur et laissant au regard adulte la vision d’un monde devenu hors de sa portée.

Caroline Fauvel

Twin Peaks : The Return (saison 3) de David Lynch (2017)

Dans l’un de ses podcasts antisystèmes, le Dr. Jacoby (ou Dr. Amp) crie ceci  : «  Save the children  !  ». Ce cri d’alarme en dit long sur la focalisation de Twin Peaks – The Return sur les enfants, qu’ils soient membres de la famille des premières versions des années 1990 ou les petits nouveaux du casting du fait de leur jeune âge ou de leur importance dans le récit. Qui sont d’abord les enfants des premiers personnages  ? On pense à Michael Cera aka Wally Brando, enfant lunaire de Lucy et Andy qui explore l’Amérique à deux roues, et dont le monologue dans l’épisode 4 nous aura autant fait rêver que le Shérif Truman. Il y a aussi Becky, la fille de Shelly Johnson et Bobby Briggs, jouée par Amanda Seydrief, en proie à une crise conjugale irréversible. Autre enfant de Twin Peaks, Richard Horne, fils d’Audrey  : un garçon violent, perturbé et coupable d’un meurtre d’un autre enfant, qu’il écrasa sur la soute de l’innocence, sous les yeux d’une mère à terre. Ces enfants de Twin Peaks incarnent pour la majeure partie le nouveau monde dans lequel nous vivons, où la vie de couple est en danger, où l’individualisme mène au meurtre et à l’isolement. 

L’enfance, dans The Return, est symbolique depuis ce point de vue, mais un bon nombre d’enfants au sens propre du terme viennent peupler l’œuvre. Celui qui attire toute l’attention est bien cette jeune fille qui, endormie par le poème du Woodsmen dans l’épisode 8, avale le «  frog-moth  » issu de l’explosion nucléaire du 16 juillet 1945. Autres enfants en mauvaise posture, un garçon et une fille dans l’épisode 11, lors de la scène (interminable et jubilatoire) du klaxon  : le premier est «  déguisé  » en militaire, le regard noir, tandis que la seconde, assise à côté de la dame hurlante et klaxonnante, émerge littéralement dans la voiture, laissant échapper une substance verte et visqueuse déversée de sa bouche. Mais l’enfance est aussi motif d’héroïsme primaire (ces gamins qui trouvent l’institutrice ensanglantée dans les bois) et d’espoir, comme Sonny Jim qui retrouve une relation sereine et drôle avec son père, alias Dougie. Une scène immense entre les deux personnages viendra par ailleurs résumer le point de vue sur les enfants  : Dougie, enfant parmi les adultes, observe Sonny Jim dans la voiture, et verse une larme. Une scène équivoque, qui suscite l’espoir autant qu’elle tend l’avenir de nos enfants, aussi larmoyant que les yeux de Dougie, l’ange sénile de The Return. «  Save the children  », plus que jamais.

Quentin Billet-Garin

Mid90’s de Jonah Hill (2019)

À l’opposé d’un film de Larry Clark, les ados de Mid90’s restent néanmoins des sales gosses au majeur bien tendu en direction du modèle familial BCBG des années Clinton. Le personnage de Sunny Suljic (Stevie), gueule d’ange aux cheveux mi-long et aux yeux bleu, n’est ni un caïd ni un looser. C’est ce genre de gosse qui passait inaperçu aux recréations, du 1 septembre jusqu’à fin juin. Mais le pré-ado qui tente de s’élever seul, perdu entre une mère souvent absente et un père définitivement parti, se fait adopter par une meute de skateur prépubère… Le rêve absolu. En quête d’un modèle, Stevie, qui imitait jadis son frère (qui le martyrise désormais), copie maintenant la bande d’ado vulgaire et branleur. Ensemble ils se livrent alors aux 400 coups dans les suburbs de L.A. se résumant grossièrement par : skate, skate, skate, alcool, sexe, skate. La grande classe. Pendant que nous, ados boutonneux au sac eatspack contrefait, on oubliait de nourrir notre Tamagotchi …

Guillaume Ménard

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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