#ENFANCE – De « The Body » à « Stand By me », quatre garçons sur les rails

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Un novella de Stephen King sans horrifique, ni surnaturel. The Body, publié en 1982, est adapté au cinéma par Rob Reiner, en 1986, sous le titre Stand by me. L’aventure initiatique de quatre garçons de douze ans confrontés à la mort.

Castle Rock. été 1959. Dans cette bourgade du Maine, imaginée par Stephen King dans plusieurs de ces œuvres (Deadzone entre autres), quatre enfants de douze ans vont vivre une aventure de deux jours à la recherche du corps d’un camarade de leur âge retrouvé à quelques kilomètres de chez eux. Récit légèrement autobiographique, The Body est un novella publié par Stephen King en 1982 dans un recueil de quatre histoires : Différentes saisons – dans lequel on retrouve également Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank adapté au cinéma par Franck Darabont avec Tim Robbins et Morgan Freeman : Les Évadés. La particularité de ce recueil dans l’immense œuvre de l’écrivain américain ? Ne comporter aucune présence d’horreur, ni de sanglant, ni d’élément surnaturel, pourtant caractéristiques principales de l’auteur, sa première entrée en dehors de son genre de prédilection.

Un scénario qui plaisait au réalisateur Adrian Lyne, désireux de s’en emparer après 9 semaines et demi. C’est finalement Rob Reiner (Quand Harry rencontre Sally), alors acteur de la série All in the family et jeune cinéaste, qui en sera le réalisateur. Le titre est changé, The Body, pouvant trop faire référence à un film classé X, ce sera Stand by me du nom de la célèbre chanson de Ben E. King qui affolait les ondes dans les années 1960. Le casting, quant à lui, est composé d’enfants stars : Will Wheaton, le regretté River Phoenix pour sa deuxième apparition au cinéma un an après Explorers de Joe Dante où il partageait l’affiche avec Ethan Hawk, Corey Feldman avant Les Goonies et Gremlins et Jerry O’ Connely pour la bande des quatre – trois jeunes qui ne feront pas vraiment carrière et le talentueux River Phoenix dont la sienne s’annonçait prometteuse, décédé trop jeune. Du côté des adolescents du film, deux jeunes futurs acteurs : Kiefer Sutherland et John Cusack (déjà à l’affiche de Garçon choc pour nana chic de Rob Reiner). Il n’en fallait pas plus pour faire de Stand by me, un film culte générationnel, l’une des meilleures adaptations de King (pourtant nombreuses) et le paradigme du feel-good/ buddy/ roadtrip movie.

L’aventure c’est l’aventure

Un corps. Celui, donc, d’un garçon de leur âge écrasé par un train. Tandis que les quatre héros sont délaissés par des familles négligentes et violentes, brisées par la guerre et la marginalité : un grand frère mort au front, un autre délinquant, un père schizophrène et le dernier qui, par son obésité, est un véritable souffre-douleur. Réfugiés dans une cabane dans un arbre, « safe place » où ils jouent aux cartes et fument des cigarettes, la mort de ce camarade intervient pour eux comme une échappatoire. Retrouver ce corps sera leur mission. Gordie, Chris, Teddy et Vern, prennent la route en suivant les rails de la voie ferrée pour devenir des vedettes locales. Évidemment, une fugue mémorable s’accompagne de plusieurs embûches et étapes qui vont renforcer l’amitié que se portent les garçons et les obliger à se surpasser pour sortir du monde de l’enfance.

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L’écrivain et le cinéaste ont su trouver la frontière parfaite entre légèreté et gravité, comique et danger. Ce parcours initiatique dans l’Amérique rurale de la fin des années 50, permet d’aborder la mort à travers les yeux de ces enfants. Si le corps retrouvé restera enfant à jamais, ils réussiront à traverser ce pont, malgré le train filant à toute vitesse vers un possible destin funeste. Dans cette scène – indubitablement la plus culte du film – le pont apparaît comme un rite de passage réussi, le symbole d’une étape de la vie.

En parallèle, le récit suit symétriquement, quatre autres garçons, les adolescents, bien décidés, eux aussi, à retrouver ce corps pour s’attirer les gloires de la découverte. Leur violence, à eux, ne leur permettra pas d’atteindre la maturité de l’âge adulte.

L’empreinte de la nostalgie

La narration de The Body/Stand by me s’inscrit dans deux temporalités. En voix-off, le personnage de Gordon, devenu écrivain à succès, se remémore cet été 1959, tandis que l’odyssée des garçons s’inscrit dans un temps présent. Dans le film, Gordie apprend la mort de son ami d’enfance, Chris, ce qui introduit le souvenir de ces deux jours qui marqueront à jamais sa vie, un décès qui fait écho à la vraie destinée de son interprète, River Phoenix, décédé en 1993, à seulement 23 ans. Une seule différence avec le livre où les trois copains de Gordie Lachance, connaissent tous un destin tragique et seul le narrateur a trouvé sa voie, l’écriture, comme référence autobiographique à Stephen King, lui-même.

Dans cette quête devenue, aujourd’hui, le plus bel exemple cinématographique, les jeunes spectateurs peuvent s’identifier à chacun des héros avec ses blessures et ses appréhensions. L’auteur met en avant l’importance de l’imaginaire pour l’enfance, que l’on retrouve dans ses livres. Ce périple – entre confessions et larmes devant un feu de camp, histoire rocambolesque de concours de tarte à la myrtille et frayeurs morbides – livre un portrait nostalgique de quatre garçons qui apprendront autant sur eux-mêmes que sur leur amitié, comme le dit la chanson, stand by me (compte sur moi). Concluons, d’ailleurs, sur la dernière citation de The Body, le novella, résumant l’oeuvre dans son entièreté. « Je n’ai plus jamais eu des amis comme ceux que j’avais à 12 ans ; mon Dieu, qui n’en a jamais eu »

Diane Lestage

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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