Disparition du photographe Peter Lindbergh

© picture-alliance/D. Guignebourg

Peter Lindbergh (1944-2019), photographe de mode allemand de renommée internationale, vient de disparaitre à l’âge de 74 ans.

Ayant débuté des études à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin dans les années 1960, c’est en s’intéressant aux tableaux de son idole Van Gogh que peter Lidbergh réalise qu’il préfère regarder les tableaux que les peindre. Aussi, après une année passée à Arles (comme Van Gogh), il décide de voyager en Espagne et en Afrique du Nord, avant d’assister le photographe Hans Lux pendant deux ans. A la suite de cette expérience enrichissante, il ouvre son propre studio en 1973, à 29 ans. Se faisant une réputation dans son pays d’origine en travaillant pour le magazine Stern parmi d’autres photographes tels que Helmut Newton ou encore Guy Bourdin,  il s’installe à Paris en 1978.

Kate Moss © Peter Lindbergh

Libérer les femmes

Il est aujourd’hui et sûrement à tout jamais considéré comme l’un des précurseurs de la photographie de mode réaliste. En effet, en redéfinissant les standards de beauté, il est parvenu à créer des images intemporelles, témoignages ultimes de son talent. Sa force réside dans son approche humaniste de la beauté, qui privilégie l’âme et la personnalité à la banale apparence physique. Il est d’avis que « les photographes ont une grande part de responsabilité dans les ravages que font les idéaux de beauté parfaite et de jeunesse éternelle. Qu’il faut libérer non seulement les femmes, mais l’humanité en général de ce fardeau sociétal. » Ainsi, il ne prône pas l’usage des logiciels de retouches : « Si vous supprimez la mode et ses artifices, vous pourrez apercevoir la vraie identité d’un individu » disait-il, accordant peu d’importance aux vêtements et ne maquillant que très légèrement ses modèles, voire pas du tout.

Vogue

En 1988, il réalise une série qui donnera le ton pour ses projets à venir. Il y photographie six jeunes femmes, toutes vêtues de grandes chemises blanches, à peine maquillées. Proposée au Vogue américain, la rédactrice en chef de l’époque, Grace Mirabella, les refuse. Heureusement Anna Wintour fait immédiatement appel à Lindbergh pour réaliser sa première couverture en tant que nouvelle rédactrice en chef du magazine la même année. Dès lors, il fait partie de la famille et sera amené à réaliser de nombreux shootings pour la maison et ses clichés orneront souvent les couvertures.

© Peter Lindbergh

Deux ans après la première série aux chemises blanches, il lance indéniablement la carrière de cinq jeunes mannequins, grâce auxquelles il parvient à s’ancrer dans les mémoires : Naomi Campbell, Cindy Crawford, Christy Turlington, Tatjana Patitz et Linda Evangelista, toutes qualifiées de « supermodels ». Les photos, devenues légendaires depuis, font la couverture du British Vogue de janvier 1990 et ces mannequins deviennent les emblèmes de la mode de cette décennie, plus ouverte à des corps très féminins voire plantureux.

Par la suite, il deviendra le premier et seul photographe à avoir réalisé trois éditions du calendrier Pirelli en 1996, 2002 et 2016. Au-delà  des mannequins, il a également travaillé avec des artistes (les Daft Punk pour le supplément Le M du Monde en 2013 notamment ) et a réalisé des séries avec de grandes actrices, comme en témoignent les clichés de Catherine Deneuve pris sur la plage de Deauville, un lieu dont il affectionnait particulièrement la lumière.

© Peter Lindbergh

Depuis l’annonce de son décès, les témoignages de respect et d’admiration se sont multipliés sur les réseaux sociaux de la part de personnalités de premier plan. En particulier, Meghan Markle, qui l’avait choisi pour réaliser les quinze portraits qui ornent la couverture du numéro de septembre 2019 du British Vogue dont elle a supervisé la rédaction, a fait part de sa tristesse. 

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