Vins français : Les craintes des viticulteurs suite au tweet-menace de Donald Trump

Crédits : Lukasz Szwa/Shutterstock

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L’adoption de la loi GAFA éveille la colère de Donald Trump. Le 26 juillet, il formule sur Twitter une menace de taxation sur les vins français. Par la suite, le monde viticole de l’hexagone se trouve partagé entre la peur de voir l’économie viticole française s’effondrer et la conviction que le prestige du vin français ne peut se faire détrôner.

Une économie des exportations en nette évolution

Le marché du vin français ne cesse de voir sa production augmenter d’année en année. D’après l’Organisation Internationale de la vigne et du vin (OIV), la France a produit en 2018 environ 4,6 milliards de litres de vin, ce qui la place deuxième dans le classement de la production mondiale, juste derrière l’Italie. Ce marché exporte environ 40% de sa production vers l’étranger, comme en Chine, ou bien aux États-Unis. L’exportation y est tellement importante que d’après une étude de 2019 de la Fédération des exportateurs de vins et de spiritueux (FEVS), le vin est le second secteur contributeur à la balance commerciale française. En 2018, l’ensemble des exportations viticoles a été estimé à environ 8,9 milliards d’euros (FEVS), ce qui représente en volume 138 millions de caisses. 

Cependant, chaque pays a ses préférences concernant les vins français et les États-Unis ne dérogent pas à la règle. Cette exportation des vins de l’hexagone vers l’Outre-Atlantique a progressé de 33% entre 2008 et 2018, faisant passer, l’année dernière, les États-Unis comme le premier marché des vins français de qualité, à forte valeur ajoutée, avec 1,7 milliard d’euros. Ce terme de « qualité » renvoie aux différentes appellations et indications reconnues par l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO). De cet institut, les vins français sont classés et se composent à 47% par des Appellations d’Origine Contrôlé (AOC), à 28% par des Indications Géographiques Protégées (IGP) et à 8% par des Vins sans Indication Géographique. Si les vins français sont classés selon leur origine et qualité en France, dans leur importation vers les USA, les taxes douanières varient en fonction de la nature du vin et de son degré d’alcool pour la Commission américaine du commerce. Voici quelques exemples de taxes : un vin blanc européen sera taxé à 5 cents de dollars, une bouteille de vin rouge à  14 degrés d’alcool sera soumis au droit de douane de 13 cents de dollars, et enfin, le vin en vrac dont le droit de douane est plus élevé côté américain que côté européen, supportera un droit de douane de 22 cents de dollars contre 12 centimes d’euros pour un vin américain sur le Vieux continent (d’après l’article « Quatre choses à savoir sur les exportations transatlantiques de vin » de la Revue de vin de France, le 29 juillet 2019). Ces taxes douanières à l’importation n’ont pas connu d’évolution depuis 20 ans selon la FEVS, et pourtant, suite au tweet de Donald Trump cela semble remis en question.

Dans son post du 26 juillet, il explique que les taxes devraient être imposées par le pays d’origine et non par un pays étranger. Cependant, il souhaite augmenter la taxe sur l’importation du vin français, afin d’entrer en écho avec la loi GAFA qui est une taxe européenne sur les entreprises américaines.

Toutefois, une augmentation à l’importation impacterait fortement l’économie du vin français vers les États-Unis, puisqu’en plus de cette taxe, le vin est soumis au système des trois tiers, c’est-à-dire que le vin français ne peut être vendu sur le sol américain sans être passé par l’importateur, le distributeur et le détaillant qui prennent chacun environ 30% sur le prix du vin, ce qui gonfle le prix d’arrivée. 

Un secteur de Haut de gamme inquiet

Aux États-Unis, le leader du secteur du haut gamme reste les vins français dont le chiffre d’affaire a progressé de 21% l’année dernière. Cependant, à la suite de cette menace, de nombreux propriétaires français appellent à la vigilance, car pour certains viticulteurs, les USA sont le principal marché à l’export. Par exemple, pour les producteurs de Jasnières, dans la Sarthe, les États-Unis sont leur principal marché. Ainsi de nouvelles solutions sont envisagées afin de pallier au risque d’un futur chiffre d’affaire plus faible et d’un nombre de bouteilles exporté plus restreint. C’est d’ailleurs le cas pour Pascale Janvier, producteur de Jasnières, interviewé par France 3 Pays de la Loire, qui explique que sur 40000 bouteilles produites par an, 23000 d’entre elles sont destinées au marché des États-Unis. 

Et pourtant, si cette menace doit être prise au sérieux selon Philibert Perrin, co-propriétaire de château Carbonnieux, (l’un des plus côtés des grands crus classés de Pessac-Léognant), puisque « les américains sont opportunistes et n’ont pas de fidélité[1] », de l’autre côté de l’Atlantique, cette inquiétude est moins importante. Selon Kermit Lynch, un négociant californien, cette menace à déjà vu plusieurs fois le jour sous la présidence de Ronald Reagan et « cela pourrait arriver un jour, mais c’est surtout un outil de négociation[2] ». Mais pour certains cavistes américains, si une taxe devait naître de cette menace, il faudrait choisir entre garder les mêmes prix et par conséquent faire moins de profits, ou bien, les augmenter au risque de perdre des clients. Et pourtant, pour les clients américains fervents de vin français, c’est avant tout une histoire de prestige qui limitera l’impact de l’annonce de Donald Trump, car malgré une hausse des prix, le vin français continuera d’être vendu.

« American wine is better than French wine », la crédibilité de cette phrase lancée par un homme qui reconnait ne pas boire de vin semble être le reflet de cette menace. Un simple coup de pression en vue de futures négociations entre la France et les États-Unis lors du sommet du G7 qui se déroulera à Biarritz, du 24 au 26 août 2019. En attendant la suite de cette menace économique, le monde viticole va devoir faire face à une autre menace cette année, celle des changements climatiques dûs à la fraîcheur du mois de juin et à la canicule de juillet. 


[1]« Les viticuleurs bordelais vigilants après les menaces de Trump », Reuters Staff, 31 juillet 2019, https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1UQ15H-OFRTP

[2]Les vins du Beaujolais bientôt menacés par des taxes américaines ? Le progres.fr , https://www.leprogres.fr/rhone-69-edition-villefranche-et-beaujolais/2019/07/31/les-vins-du-beaujolais-bientot-menaces-par-des-taxes-americaines

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