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Rock en Seine 2019 : de la sueur et des larmes

Marqué par la prestation enveloppée de mélancolie des Cure, Rock en Seine a été au rendez-vous du rock, avec notamment des enchaînements d’une grande splendeur. Notre récit de trois jours marqués par la sueur et les larmes.

Sous un soleil de plomb, entouré du vert charmeur du parc de Saint-Cloud, le festival Rock en Seine s’est aussi dopé des sons qui ont fait trembler le sol de ce village bon enfant – où les sourires, les bonnes actions et ateliers en tout genre se mélangeaient. Nous croisons quelques têtes vues la veille, retrouvons quelques agents de certains stands pour leur demander comme s’est passé leur nuit. Les backstages sont désertes, alors nous passons notre temps aux quatre coins de ce village, véritable pierre angulaire de ce festival et cette programmation qui a tenu plusieurs promesses, celles entre autres que nous avions ciblées fin juillet dernier. Des Cure jusqu’à Royal Blood en passant par Zed Yun Pavarotti, la bonne humeur s’est mélangée aux gouttes de sueur des festivaliers, et aussi particulièrement aux larmes des fans de The Cure, vendredi soir, lors d’un concert unique.

Robert Smith, un monstre mélo (© Zelie Noreda)

The Cure, pour toujours

C’était l’événement tant attendu de cette édition 2019. Une poignée de fans se sont retrouvé.e.s devant les portes, dès midi, pour être sûr d’avoir la meilleure place et espérer approcher Robert Smith et sa troupe. Tout le monde parle de The Cure. Cela se lit sur les t-shirt, les coupes de cheveux, les maquillages et les yeux de celles et ceux qui les ont déjà vus sur scène, ou non. Une fois ammassé.e.s dans le public, l’attente suit son cours. Balthazar (groupe de rock alternatif belge) et Jeanne Added comblent l’attente : le premier s’avère par ailleurs plus dansant que la seconde. La scène s’installe, une plateforme se dessine, le fils de Simon Gallup teste la basse de son père. L’excitation approche, nous nous rapprochons de quelques fans, comme ce quinquagénaire, venu de loin, qui nous prépare à la scénographie et à la setlist. Mais voilà, la réalité reprend le dessus : enfin, The Cure entre en scène.

Tandis que le groupe s’installe, le temps se suspend : Robert Smith, main sur le visage, tel un gamin rêveur, n’a pas l’impression d’y croire. Il reste immobile sur la droite de la scène, regarde la foule, et la foule le regarde. Quelques larmes s’échappent, les téléphones se suspendent pour espérer capter ce moment. Et là, les premières notes de Plainsong résonnent, le concert peut débuter. The Cure produira un concert type best-of durant lequel il enchaîneront leurs meilleurs tubes, de Lovesong à Lullaby en passant par Pictures of you (un moment gravé). Les lumières percent la nuit, les yeux de certains spectateurs brillent sous l’effet des larmes, et les chants ne cesseront jamais. Robert Smith est d’une prestance folle : sa voix est intacte, sa dégaine généreuse et ses regards d’une profondeur monstrueuse. Ainsi le concert s’empare d’une certaine mélancolie lorsque le groupe revient pour le Encore, la joie laisse place à la contemplation, à l’accomplissement d’un moment rêvé. A la fin du concert, nous n’avons toujours pas l’impression d’y croire, peut-être aussi parce que c’est les 40 ans du groupe, que cela marque définitivement les débuts en fanfare de ce week-end, que c’était l’occasion de faire corps avec le groupe et une partie du festival. L’enchaînement avec Kompromat dans la foulée (sur la Scène Cascade) ne comblera pas cette sensation d’oubli de nous-mêmes.

Rap en Seine

Remis de nos émotions, nous visions deux artistes en particulier pour la journée du samedi 24 et qui ont tous deux sorti leur premier album solo (hors EP) durant ces douze derniers mois : Zed Yun Pavarotti et Alpha Wann. Deux rappeurs aux caractères bien différents qui allaient démentir l’intitulé de ce festival majoritairement consacré au rock. Sur la Scène des 4 Vents, ZYP montre une belle proximité avec le public, notamment sur L’Huissier. Son flow mélancolique nous permet de bien assurer la transition avec le sentiment ressenti la veille, mais aussi avec ce qui va suivre.

Placée sous le signe du rap, cette journée nous autorise un interlude des plus surprenants avec, sur la Grande Scène, le jazzeur décomplexé Louis Cole qui, avec son “Big Band” est venu littéralement diffuser de la bonne humeur sur scène. Son look complètement claqué (le survêt Cheetos, on valide) et son skill à la batterie ont surpris plus d’un, notamment lorsqu’il se prend pour une incarnation du Christ suite à une incantation prononcée à dix-mille à l’heure. Énergique et puissant, c’est aussi ce qu’on peut penser de la performance d’Alpha Wann, l’ancien de 1995 qui a explosé avec son premier album solo, Une main lave l’autre. Sur le papier, la transition entre les deux artistes semblent claquée au sol, mais elle a opéré une certaine magie. Entouré de tout son crew, Alpha Wann a baptisé les premiers pogos de ce Rock en Seine 2019. On retiendra cette entrée en fanfare sur deux des meilleurs titres de son album : Starsky & Hutch puis Ça va ensemble. Un premier geste de fou allié avant une soirée qui verra lui aussi un bel enchaînement avec Jorja Smith et Major Lazer.

Foals en majesté (© Solly Alba)

A s’en casser les jambes

Si le rap a dominé les ondes le samedi, le rock a repris les commandements du festival le lendemain avec pas moins de quatre shows aux forts potentiels de sueur et de pogos : ceux de Two Door Cinema Club, Bring Me The Horizon, Royal Blood et, en guise de conclusion, Foals. Une fois de plus, un enchaînement d’une générosité sans égal. Les TDCC ont fait danser toute la foule disposée devant la Grande Scène, avec quelques uns de leurs meilleurs titres comme What you know, Bad Decisions et Something Good Can Work. Pour mieux résister face à la chaleur plus écrasante que les deux jours précédents, les metalleux de Bring Me The Horizon ont mis littéralement le feu sur la Grande Scène – peut-être le concert le plus intense de ce festival. De l’ouverture sur l’incroyable MANTRA jusqu’à la folie heureuse de Throne, les britanniques ont décomplexé la majeure partie du public.

Sueur, pogos, cris et collections d’objets jetés (et cassés) qui se sont poursuivis sur le show des Royal “fucking” Blood. Le duo, l’une des incarnations de la nouvelle vague rock, ont retourné le parc Saint-Cloud avec des live exceptionnels de Figure It Out (version étendue), How Did We Get So Dark ? et Little Monster. Manquait plus que l’incontournable Lights Out. La conclusion sur Out of the Black constitue aussi l’un des meilleurs moments de ce festival. Une fois le concert terminé : vite direction la Scène Cascade pour conclure ce festival en beauté avec Foals, la nouvelle bête du rock. Une conclusion en majesté pour les rockeurs, et qui, on l’imagine, le fut aussi pour les festivaliers venus voir Aphex Twin, de retour sur la Grande Scène. Un dimanche qui n’avait rien d’une session dominicale : c’était à s’en couper les jambes. C’est avec ce genre d’événement que l’expression “concert préféré” n’a plus de sens. Alors merci Rock en Seine, et à très vite !

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