“Nous les arbres”à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

© «Cabo Delgado» de Jose Cabral, tirage gélatino-argentique, 2002

Sur la rive gauche de la Seine, parmi les grandes artères de circulation et le Paris bitumé, se cache un petit foyer de verdure dans le jardin de la Fondation Cartier pour l’art contemporain.

Jusqu’au 10 novembre 2019, la Fondation Cartier propose une exposition intitulée « Nous les arbres » qui fait entrer la nature au musée. Autour de l’anthropologue Bruce Albert, artistes, scientifiques, explorateurs et photographes documentent leur relation aux arbres. Nature et culture se rejoignent pour former un îlot de réflexion sur le danger environnemental et la déforestation. Depuis 2 siècles, industrialisation et les exodes ruraux successifs ont conduit une majeure partie de la population à habiter en ville. Peu à peu, la relation entre l’homme et la terre a eu tendance à s’amenuiser : les métropoles sont le symbole de cette discipline apportée à l’espace naturel. Quant aux musées, ils rassemblent l’ensemble des oeuvres d’art, témoins de siècles de progrès et de culture. Considérer villes et lieux d’art ainsi témoigne d’une vision qui succède à des siècles d’anthropocentrisme. Avec Descartes qui considérait l’homme “comme maitre et possesseur de la nature”, on explique le processus de culture comme un arrachement à la nature. Or, l’exposition Nous les arbres remet en cause ces considérations. A la suite de récentes recherches scientifiques, la communauté d’artistes exposés contribue à apporter un regard renouvelé sur les arbres.

Luiz Zerbini, Lago Quadrado, 2010, acrylique sur toile, 300 × 300 cm. ©Luiz Zerbini

Donner la parole aux arbres

Le parcours esthétique et scientifique proposé par le commissaire Bruce Albert est très divers. Installations, dessins, photographies, cartes et documentaires (la série de portraits Raymond Depardon mettant en avant le rapport entre l’homme et l’arbre de sa vie) sont requis pour sublimer les rapports art/nature. L’ exposition invite à porter une attention toute particulière au règne végétal. Si les démarches de végétalisation de l’espace urbain sont de plus en plus nombreuses – et la Fondation Cartier et son ouverture sur l’extérieur en sont un bel exemple – cette nature demeure encore très maitrisée et adaptée à la ville. Néanmoins, le citadin n’entretient qu’un rapport lointain et souvent fantasmé avec les espaces naturels entièrement sauvages où la présence de l’homme est minime. Or, à travers l’exposition, il peut s’immerger dans ces territoires plus ou moins inconnus et retrouver ainsi un contact avec la nature indisciplinée.

Devant la toile, le visiteur peut contempler à loisir le tracé des feuilles, des fleurs ; la reproduction par la main de l’homme ne copie pas la nature comme premier modèle mais cherche à la rendre de nouveau visible. Le propos et les propositions artistiques présentées agissent comme un faire voir qui nous fait prendre conscience de l’immense complexité des arbres et de la mémoire végétale.

Vue de l’exposition Nous les arbres, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris, 2019. © Paz Encina. Photo © Luc Boegly.

Un pas vers l’écologie ?

L’exposition aborde le problème environnemental d’une manière très singulière et novatrice avec sensibilité et douceur. Le cadre n’est pas celui d’un propos virulent ou énervé ; c’est le travail de chacun des artistes qui souligne avec délicatesse et respect la beauté du végétal et de ce fait le rend précieux. La célébration du vivant est nécessaire pour une prise de conscience massive du danger encouru par les espèces végétales. Le visiteur est d’abord guidé vers la salle où sont suspendues les toiles de Luiz Zerbini aux dimensions impressionnantes. Les baies vitrées laissent voir le jardin et donnent ainsi la sensation d’être au milieu des arbres. La suite de l’exposition se déroule dans le sous-sol de la Fondation. L’espace, plus intime et secret, invite à l’introspection.

Finalement, l’approche esthétique, peu mise en avant lorsqu’il s’agit d’écologie pourrait se révéler efficace. Les œuvres exposées, entre autres les carnets de planches du botaniste Francis Hallé ou le court-métrage de la réalisatrice brésilienne Paz Encina, émeuvent et déclenchent une sorte d’attachement à cette nature à laquelle l’artiste a tant prêté attention dans son processus créatif. Ainsi, le visiteur s’y sent plus attaché et peut-être avec l’envie plus profonde de la protéger.

François Hallé, Figuier étrangleur, Rio Maru, Amazonie péruvienne, © François Hallé

Nous les arbres à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 Boulevard Raspail Paris 14ème. Du 12 juillet au 10 novembre 2019. Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h, nocturne le mardi jusqu’à 22h. Tarifs : 7 €- 10,5 €.

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