MUSIQUE EN BREF – Août en écoute

© Bon Iver

Tous les 15 jours, Maze vous offre un tour d’horizon des dernières sorties musicales. L’occasion de revenir sur sept disques tout nouveaux.

Bon Iver – i,i

Près de trois années sont passées depuis 22, A Million, un album événement dans la carrière de Bon Iver qui marquait alors un virage à 180° loin de la structure très classique des premières compositions de For Emma, Forever Ago et Bon Iver. Dans i,i l’artiste américain conforte ses choix de compositions analogiques, mêlant sa voix toujours aussi singulière et profonde et une instrumentale invertébrée, au milieu de morceaux dits classiques qui nous emmène plus sciemment sur les chemins de la musique américaine classique comme dans le morceau Hey, Ma ou Faith, qui développent une approche toujours aussi sacro-sainte de leur sujet. Après avoir proposé quelques morceaux en commençant par U (Man Like), Justin Vernon marque ainsi la surprise avec ce treize titres, moins grandiloquent que 22, A Million, mais toujours aussi ambitieux dans ce qu’il cherche à atteindre. 

Coup de cœur : Sh’Diah

Sortie le 9 août

Caroline Fauvel

YBN Cordae – The Lost Boy

A 21 ans à peine, le jeune rappeur américain originaire de la Caroline du Nord nous propose un premier album d’une maturité bluffante. YBN Cordae démontre une véritable maîtrise de toutes les formes de hip hop, et parvient à nous faire voyager entre rap US old school, avec des titres tels que Winter Time ou Thousand words, et sonorités plus trap, avec des morceaux tels que Bored as Fuck ou Nightmares Are Real. Cependant, la musicalité et le mélange des styles présent sur The Lost Boy transcendent le hip hop, et s’aventurent vers le gospel, la soul et le blues, qui subliment des morceaux tels que Sweet Lawd, Bad Idea ou encore Grand Ma’s House (skit), en leur offrant une dimension plus sentimentale, et imprégnée de la culture Afro Américaine. Le jeune rappeur de 97 s’offre aussi des feats avec ses aînés tels que Chance The Rapper, Pusha T ou Meek Mill, à l’image du titre RNP qui démontre parfaitement cette légitimité accordée par le gratin du rap US à YBN Cordae, avec une participation endiablée d’Anderson .Paak sur une instru produite par J. Cole. Un projet qui répond aux critères d’un album réussi, avec un fil conducteur, une finition des lyrics et des instrus léchées permettant une écoute fluide et satisfaisante, avec une véritable identité, palpable à chaque écoute. Avec The Lost Boy, YBN Cordae nous prouve que l’espoir du rap n’est pas perdu.

Coups de cœur : RNP, Been Around, Winter Time, Family Matters

Sortie le 26 juillet

Tristan Pilloix

Clairo – Immunity

La jeune Claire Cottrill se lance à corps perdu pour son premier album Immunity en s’éloignant de la pente douce et lisse des morceaux bedroom pop pour y explorer des sujets sensibles et personnels. Elle y aborde la découverte de la bisexualité (Sofia), le désespoir et la venue en aide vitale d’une amie (Alewife), une histoire d’amour liminale habitée par un quotidien des plus banal (« watching TV, wasting time on the couch ») mais le décrit de façon exceptionnelle (Bags). L’album produit par Rostam Batmanglij (ex-membre de Vampire Weekend) nous délecte de ballades puissantes pourvues d’effet reverb, de synthétiseurs, de chœurs d’enfants et plus rarement de morceaux aux accent R’N’B. Laissez vous porter par une brise d’air et la plume de Clairo en découvrant Immunity.

Coups de cœur : North, Bags, Alewife

Sortie le 2 août

Mélody Aubert

Russian Circle – Blood Year

Après trois ans d’attente, les rois chicagoans du post-rock reviennent avec un nouvel album composé de sept titres. L’excellent Guidance, sortie en 2016, place la barre haute pour Russian Circles qui signe avec Blood Year un album résolument plus agressif tout en étant moins “lourd”. La batterie impose un rythme violent à cet album qui fait fi des riffs explosifs qu’on appréciait tant dans les précédentes sorties du groupe. Le trio américain s’éloigne du doom très atmosphérique auquel il s’était frotté en 2016 – et qui donnait à l’album un véritable souffle épique – pour s’en retourner à de vieilles recettes post-rock, beaucoup moins audacieuses. C’est donc un bilan en demi-teinte pour pour ce septième album à la fois très basique mais d’une unité remarquable. Certains titres sont d’une grande efficacité comme c’est le cas du très classique Sinaia. Avec Ghost on High, le trio semble reprendre son souffle et enchaîne sur une seconde partie qui revient aux sources de leur succès. Les titres font corps pour nous offrir un seul et unique voyage auditif d’une quarantaine de minutes qui se termine par le magistral Quartered.

Coups de cœur : Arluck, Sinaia

Sortie le 2 août

Charlène Ponzo

Bobby Krlic – Midsommar (Original Score)

Après avoir convoqué le sax ténébreux de Colin Stetson pour la musique de son premier film, Hérédité, Ari Aster a fait cette fois-ci appel aux services de Bobby Krlic, a.k.a. The Haxan Cloak et collaborateur régulier d’Atticus Ross. Une partition calibrée et percutante au service d’un film hypnotique et glaçant, véritable choc de l’été, sur fonds de rites païens et de secte hallucinée. Krlic y déploie un univers fait de suites tour à tour orchestrales, folkloriques ou ambient de façon magistrale, participant grandement au magnétisme et à l’expérience sensorielle que propose le film. Des sirènes anxiogènes de Gassed à la conclusion (presque) apaisée de Fire Temple en passant par les nappes menaçantes et solaires de Attestupan, la bande originale de Midsommar compose à elle seule un film pour les oreilles, à découvrir avec ou sans son support premier.

Coups de cœur : Gassed, Attestupan, Fire Temple

Sortie le 9 août

Camille Tardieux

Ensemble Entendu – Music For The Densely Populated Vol.2 (EP)

Fruit d’une collaboration entre Evan Shornstein, plus connu sous le nom de scène de Photay, et le co-fondateur du label new-yorkais Astro Nautico, Sam O.B, Ensemble Entendu vient de publier son second EP, Music For The Densely Populated, Vol.2. Trois ans après Selected Rythm Works, Vol.1, le duo propose ainsi un arrangement dance à souhait, empruntant tour à tour à la funk, à l’afro-beat et à la disco, traçant les contours d’une composition mosaïque colorée, qui invite l’auditeur dans un trip collectif au coeur de l’effervescence des villes. Un travail synthétique sans fausse note qui attache une constance dans son rapport aux rythmiques, comme le souligne des constructions telles que celles de Time Is Certainly Passing. Un EP exaltant qui retranscrit efficacement l’univers du label Astro Nautico qui gagne à être connu. 

Sortie le 26 juillet

Coup de cœur : Time is Certainly Passing

Caroline Fauvel

Part Time – Late Night (feat. David Loca)

Une “late night” avec le groupe Part Time et son leader David Loca ? Si Spell #6 avait marqué durablement notre esprit l’année dernière avec des partitions enivrantes comme sur So Far Away et I Can Treat You Better, ici en featuring avec Ariel Pink, ce nouvel album, combinaison progressive et hasardeuse revient aux sources de ce qu’est Part Time : une formation lo-fi décomplexée. Ce Late Night met ainsi en exergue des créations artisanales, tantôt rock sur I Wanna Fuck Your Boyfriend, parfois synth-pop sur Come Pick Me Up, toujours originales. Cette longue setlist modulée nous plonge définitivement, et plus que les précédents albums plus identitaires et cadrés, dans une mouvance eighties assumée et illimitée. 

Sortie le 16 juillet

Coup de cœur : Jezibella

Caroline Fauvel

Le podcast

Camille Tardieux

ÉTUDIANT EN MASTER MUSICOLOGIE ET EN COMPOSITION ÉLECTROACOUSTIQUE A BORDEAUX. AMOUREUX DES SONS, DES MOTS ET DES IMAGES, DE TOUT CE QUI EST UNE QUESTION D'ÉMOTION, DE RYTHME ET D'HARMONIE.

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.