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« L’intouchable, Harvey Weinstein » – Hollywood sans artifices

Copyright Le Pacte

Ursula MacFarlane signe son premier film nommé L’intouchable, Harvey Weinstein. Sorti en salles le 14 août, ce documentaire revient sur l’affaire Harvey Weinstein, rendue publique fin 2017 par le New Yorker et le New York Time. Un film ne laissant pas de place à l’imagination.

Le rêve Hollywoodien

En France, L’Intouchable, Harvey Wenstein sort ironiquement la même semaine que What’s upon a time in Hollywood signé par Quentin Tarantino, dont les films cultes (Kill Bill, Pulp Fiction, …) ont été produits par les frères Weinstein. Quant à Hollywood, c’est le terrain d’action du documentaire. Nous sommes confronté à Hollywood Boulevard dès les premières images du documentaire. Dans une esthétique empruntée aux films de fiction, la caméra de la scène d’ouverture longe ses fameux palmiers. Le protagoniste de l’histoire, Harvey Weinstein, fait son entrée alors qu’il est dans sa chute ; on le voit en effet se déplacer avec ses avocats. Là aussi, les valeurs de plan nous donnent l’impression d’être dans une fiction pour laquelle il y aurait eu plusieurs prises pour chaque scène. C’est un  peu comme si la réalisatrice voulait nous faire plonger dans le rêve hollywoodien. D’ailleurs, le premier témoignage est celui d’une jeune canadienne qui raconte son rêve de cinéma et son grand saut à Los Angeles pour le réaliser.

Lorsque le documentaire avance, cette impression de fiction s’efface pour donner place au réel. Mais nous parlons d’ Hollywood, alors certaines citations chocs seront écrites en animé au centrede l’écran comme le ferait une bande annonce.

L’homme de pouvoir

Le documentaire trace la vie d’Harvey sans pour autant offrir de justification à son comportement. Là où certains réalisateurs aurait certainement essayer de chercher ce qui pourrait expliquer sa déviance, MacFarlane fait témoigner des connaissances de longue date le décrivant comme un adolescent tyrannique. Le contenu des témoignages va d’ailleurs plus loin que les agressions sexuelles exposées de manière chronologiques, car ils mettent également en avant la personnalité de Weinstein à la tête de son ancienne société de production Miramax et face à deux journalistes. On décrit des cendriers jetés sur les murs, des coups de poings donnés à un journaliste qui venait d’obtenir un scoop… mais également des affaires d’abus sexuels étouffées, soupçonnées ou tuées par l’entourage, datant des premières années de Miramax et même d’avant. On y découvre un Harvey très colérique et surtout plein de pouvoir.

Ce que l’on décrit durant ce film, c’est un homme n’ayant aucune notion de consentement que ce soit en affaire ou dans l’intimité. Et dont le pouvoir lui a simplement permis de se laisser aller à toutes ses pulsions sans être inquiété. Car si on ne laisse au spectateur aucun opportunité d’avoir de l’empathie pour Harvey, on lui donne cependant des clés de compréhension à la question : pourquoi un tel comportement est resté secret aussi longtemps ? Le spectateur comprend la situation dans laquelle se trouvaient tous ceux qui avaient connaissance des actes du producteur. Il est ainsi libre de s’en remettre à son propre jugement concernant leur choix ou non de parler ou d’agir.

Une réalité crue

Parce que nous ne sommes pas dans un film hollywoodien, la réalisatrice ne nous épargne rien. Les témoignages sont souvent appuyés de documents papier ou d’enregistrements vocaux. Ceux qui ne le sont pas sont alors décrits avec détails, et parfois accompagnés d’une légère reconstitution. Nous n’avons pas de porte de sortie, nous devons faire face à cette réalité, aux vécus de ces femmes. Une scène prenante durant laquelle une des témoins cherche ses mots en tentant de retenir ses larmes, nous plonge directement dans l’horreur de son expérience. La caméra continue de tourner pendant qu’elle regarde ailleurs, la voix tremblante, se remémorant le souvenir et tentant de nous l’expliquer sans perdre la face. La scène n’a volontairement pas été coupée au montage, et nous avons à l’écran toute la vulnérabilité de cette femme.

Paz de la Huerta témoignant – Copyright Le Pacte

Nous sommes également frappés par le réel grâce au défilé de photos prises lors d’événements hollywoodiens où l’on voit Harvey Weinstein entouré de ses victimes donc les visages nous sont familiers : Gwyneth Paltrow, Cameron Diaz, Angelina Jolie, etc.

Un film qui arrive trop tôt

Une des témoins parle des rumeurs qu’elle entendait à Hollywood sur les actrices partageant volontairement leur nuit avec Harvey Weinstein pour avoir des rôles intéressants. Elle réalise ensuite qu’elles étaient accusées en premier lieu et que l’idée qu’elles aient forcées ne semblait pas être une option possible. Il faut souligner que la parole des femmes sur ces travers n’était que peu entendue avant que l’affaire éclate. C’est là que le film se loupe. En sortant en salle seulement deux ans après les révélations, il manque de recul sur l’impacte mondial de ces révélations. Le mouvement #MeToo est bien sûr évoqué, mais il aurait mérité plus d’attention surtout au sein d’un film basé sur le témoignage. Et puis, qu’en est-il d’ Hollywood et de ses abus de pouvoirs ?

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