Le G7 de Biarritz sous tension

G7 2018 @Le Huffington Post

Du 24 au 26 août, le G7 se tiendra à Biarritz. Ce sommet est la réunion annuelle des chefs d’Etats des sept plus grandes puissances mondiales (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Canada, France, Italie, Royaume-Uni) afin de favoriser la concertation internationale. Cet évènement est généralement l’occasion de mobilisations altermondialistes lors d’un contre-sommet. Cette fois-ci, ces contestations pourraient être grossies des militants basques et des opposants à la politique de Macron. Cela suscite une organisation particulièrement sécuritaire.

Un G7 axé autour du combat contre les inégalités

Le G7 est tourné cette année contre les inégalité. Selon ces opposants, il est hypocrite que le G7 prétende mener un combat contre les inégalités. Il s’agirait de vouloir récupérer le thème des altermondialistes.

De nombreuses critiques s’opposent au G7. Les militants anti-G7 considèrent qu’il existe déjà des organes de concertation internationale. L’ONU a par exemple l’avantage d’intégrer presque tous les pays. Cela permet l’expression d’une pluralité de positions et d’intérêts, notamment celle des pays pauvres. Les pays du G7 représentent 40 % de la richesse mondiale pour 10 % de la population ce qui rend paradoxal de revendiquer «  combattre les inégalités  ». Par ailleurs, le G7 serait un organe de promotion de solutions économiques libérales productrices d’inégalités.

Un contre-sommet alternatif est organisé pour défendre d’autres positions, le G7 Ez («  Non au G7  », en basque), à Hendaye-Irun. Les principaux organisateurs sont l’association ATTAC ainsi que de nombreuses associations et mouvements politiques issus des militances basques. On trouve au programme des débats sur les alternatives au capitalisme, la protection du vivant, la défense de démocraties sociales et des libertés, la lutte contre le patriarcat… Le contre-sommet se clôturera le 24 et le 25 août sur deux journées de manifestations. La première aura lieu à Hendaye et la seconde autour de la zone où se déroule le G7. 

@CRID

Un évènement particulièrement sécurisé

Lors de ces manifestations, le rang des altermondialistes devrait être grossi de nombreux opposants à la politique de Macron. Le mot d’ordre : «  Assiégeons Biarritz  ». Le rendez-vous est donné à Biarritz pour y poursuivre la mobilisation contre Macron et sa politique. Si la conjonction des luttes est réussie, ce sommet pourrait donc lancer la rentrée du mouvement social.

Vidéo diffusée sur le journal en ligne Lundi matin.

L’objectif, tant du côté des autorités que des organisateurs du G7 Ez, est d’éviter les violences. Le G7 Ez a d’ailleurs consacré un communiqué spécifique à ce sujet. L’insistance sur les violences et les dégradations montre qu’elles sont attendues. Le passif du G7 sur ce sujet est lourd, d’où une organisation particulièrement sous tension.

L’antécédent le plus marquant est le G7 de Gênes, en 2001, dont le bilan est un mort et des centaines de blessés, au cours d’un des plus graves épisodes de brutalités policières européens. En particulier, des forces de polices prennent d’assaut de nuit l’école Diaz qui servait de QG à des médias alternatifs (voir Diaz : un crime d’Etat, de Daniele Vicari, 2012), détruisent les enregistrement et matériels, attaquent, matraquent et arrêtent les personnes qui y logent. Ces derniers subiront humiliations et tortures dans la caserne de Bolzaneto.

Image issue du film Diaz : un crime d’Etat.

Afin d’éviter les protestations de trop grande ampleur après le G7 de Gênes, les G7 ne se sont plus jamais tenus dans des grandes villes. Le choix de Biarritz pour la tenue du sommet n’a donc rien d’anodin. Si Emmanuel Macron a déclaré souhaiter « mettre à l’honneur une ville de province » en n’organisant pas le sommet à Paris, cela doit permettre surtout de sécuriser la ville plus aisément. Le maire de Biarritz, Michel Veunac, est clair : « Pour ce qui est de la sécurité, Biarritz sera sanctuarisée. Et les dérives qui pourraient avoir lieu aux alentours de la ville seront également contrôlées. »

En plus des policiers, gendarmes, personnels mobiles et unités spécialisées, et de l’armée, plus de 3 000 agents seront mobilisés de partout en France pour assurer la sécurité de l’évènement. Si l’on rajoute les services de sécurité étrangers (1 000 agents pour les Etats-Unis), Biarritz sera la ville la plus sécurisée du monde. La ville a été découpée en plusieurs zones : le coeur de la ville, en zone rouge, sera interdit d’accès à tout véhicule et à toute personne sauf les résidents et les professionnels ; quant à la zone bleue, il faudra détenir un badge spécifique pour y entrer.

@Sud-Ouest

Les contraintes organisationnelles sont donc particulièrement lourdes. Le sommet est déjà impopulaire auprès des Biarrots pour qui il représente une perte dans leur saison estivale. Cet évènement, au lieu du coup de pub attendu, pourrait donc représenter un cadeau empoisonné au maire de la ville. Le Président lui a davantage imposé sa décision que demandé son accord, exerçant sa verticalité coutumière. Mais Emmanuel Macron lui-même n’est pas à l’abris d’une humiliation sur la scène internationale, s’il ne parvient pas à contenir ses opposants et préserver sa distance, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs régaliens.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés