« Pose » ,Vogue against HIV

Crédit: FX

Après l’immense succès critique de sa première saison, la série Pose diffusée sur la chaîne FX est renouvelée pour une deuxième saison dont les premiers épisodes sont sortis en plein mois des fiertés. L’occasion de revenir sur ce véritable phénomène qui marque un tournant dans l’histoire de la représentation des communautés trans au sein du paysage audio-visuel.

[Cet article contient des spoilers.]

Crédit FX : Pose saison 1

En effet cette première saison de Pose fait date dans l’histoire du cinéma puisqu’elle présente à ce jour le plus grand casting d’acteur.trices trans incarnant des personnages trans. MJ Rodriguez (Blanca), Dominique Jackson (Elektra), Hailie Sahar ( Lulu), Angelica Ross ( Candy) ou encore Indya Moore ( Angel) y incarnent les membres de maisons de vogguing qui s’affrontent dans la tradition des ballroom new-yorkaise. En dehors des scènes de vogguing on suit la vie de ces femmes trans qui tentent de (sur)vivre à New-York en plein début de l’épidémie de VIH.

Ryan Murphy, habitué des productions FX ( il a notamment travaillé sur Nip/Tuck, plus récemment sur Feud ou encore American Horror Story.) nous livre avec ses acolytes, Brad Falchuck et Steven Canals, un show fort et audacieux qui témoigne de l’importance sociale qu’ont eu les ballroom pour la survie de la communauté trans latino et afro-américaine.

On y découvrait ainsi Blanca, jeune femme trans noire américaine, bien décidée à fonder sa propre maison. Après avoir quitté avec fracas Elektra Abundance ( Dominique Jackson, grandiose), Blanca décidait de fonder la maison Evangelista, en hommage au modèle iconique Linda Evangelista, et de recueillir ceux qui porteraient son nom : Damon, un jeune danseur homosexuel brillant, rejeté par sa famille ; Angel, une jeune femme trans qui se prostitue pour vivre, ancienne vogueuse de la maison Abondance, qui abandonne la maison Abundance et Papi, un petit dealeur latino au charme irrésistible.

Crédit FX : Pose saison 1

En marge de la communauté des ballrooms, la relation amoureuse d’Angel et Stan Bowes, un jeune cadre blanc venant tout juste d’être embauché à la Trump Tower, permettait à la série d’aborder toute la violence et le danger qu’impliquait pour les communautés trans le fait de sortir de leur espace. La série dénonce ainsi avec force l’objectification et la fétichisation des corps trans par les hommes blancs, Angel se prostitue pour survivre et sa clientèle est majoritairement composée de « yuppies » ( young professional workers) de jeunes hommes blancs à la vie bien rangée, Elektra est abandonnée par l’homme qu’elle fréquente après qu’elle ait été au bout de sa transition contre l’avis de celui-ci, qui ne l’entretenais qu’à condition qu’elle ne devienne jamais « vraie femme/real woman ».

Une transphobie et une violence systémique contre laquelle le vogguing s’est érigé avec cette tradition des ballroom et « house » qui a permis de créer des espaces d’expression et de visibilité pour les personnes LGBTQIA+ dont la société blanche, patriarcale et hétéronormée stigmatise les corps.

STRIKE THE POSE

Crédit: FX

La première de saison de Pose se concluait sur un happy ending qui célébrait les valeurs d’entraide et d’amour de soi de la culture ballroom, avec un grand dîner célébrant la victoire du titre de “Mother of the Year” par Blanca. Une fin profondément émouvante qui rappelait l’importance fondamentale de la valeur sociale du voguing, qui a permis à des milliers de jeunes  rejeté.e.s par leurs familles dans les années 1980-90 de trouver un refuge et une vocation.

L’ouverture de la saison 2 jette une chape de plomb sur cette atmosphère, qui avait presque réussi à mettre au second plan la séropositivité de Pray Tell (Billy Porter, exceptionnel en maître de cérémonie des ballrooms) et Blanca. Le carton d’ouverture nous annonce un saut au début de l’année 1990, au plus fort de l’épidémie, on y retrouve Blanca et Pray Tell, venus rendre hommage à un ami mort du VIH sur l’île d’Hart Island. Située dans le Bronx, Hart Island  est utilisée dés les années 1865 comme un lieu de sépulture pour les indigent.e.s et les pestiféré.e.s, dans la décennie 1990, ce sont les corps des victimes du VIH qui y seront parqués, à l’image de cette scène, où Blanca et Pray Tell découvrent le travail des hommes qui entassent les boîtes en bois anonymes contenant les corps dans une fosse commune. Avec cet ancrage historique immédiat, Pose nous plonge dans l’histoire de l’épidémie et de celle.eux qu’elle a décimé.

Hart Island’s Project, Claire Yaffa (1990)

Tout en contraste, le retour aux scènes de  ballroom qui nous avaient émerveillées dans la première saison, se fait sous un signe éclatant : la sortie du single Vogue de Madonna, qui explose sur toutes les radios en 1990 et met un coup de projecteur sur la scène voguing. Des séquences toujours aussi sublimes, avec une réalisation qui épouse à merveille les corps des vogueurs.euses comme avait su le faire la caméra de Jenny Livingston dans Paris is Burning.

Alors que dans la première saison les scènes de voguing semblaient un exutoire à la menace du VIH et un défi lancé à l’épidémie qui ravage les corps, l’apparition d’Acte Up New-York dés le premier épisode de cette saison 2, brise la frontière entre les deux univers. Pray Tell, alors qu’il assiste au premier meeting d’Acte Up New-York, prend conscience de la nécessité de sortir sa communauté de l’espace de la marge afin de porter la lutte contre le VIH dans l’espace public. Une décision qui amènera les personnages à choisir de s’engager ou non dans cette lutte, et d’en subir les conséquences, comme en témoigne la reconstitution d’une scène de « Die-in » où Pray Tell, Blanca et la maison Evangelista prennent d’assaut une église aux côtés d’Act Up New-York et sont réprimé.e.s violemment par les forces de police.

Deux premiers épisodes qui augurent d’une saison prometteuse alors que Pose est d’ores et déjà renouvelée par FX pour une troisième saison.

XTRAVAGANZA : Pose et les années SIDA au cinéma

Crédit FX: Pose saison 2

Le second épisode de cette nouvelle saison se clos sur un hommage à Paris is Burning, film matriciel qui contribua à visibiliser la culture voguing et les communautés LGBT+ trans afro-américaine et latino. Alors que Blanca avoue finalement sa séroposité aux membres de la maison Evangelista, afin de les sensibiliser à la nécessité de se protéger, l’épisode s’achève sur un carton noir contenant une citation d’Hector Xtravaganza, disparu le 30 décembre 2018, qui ne manque pas de rappeler l’émouvant dernier carton de Paris is Burning, sur lequel défilaient les noms des vogueurs.vogueuses du documentaire, emporté.e.s par l’épidémie du VIH.

En 1982, ce dernier rejoignait la maison Xtravaganza, première maison latino de New-York à concourir dans les ballroom. Dans Paris is Burning, Jenny Livingston donnait la parole à Venus et Angie Xtravaganza,  la mère fondatrice de la maison et une figure tutélaire pour Hector. Les sorties presque conjointes de Paris is Burning ( 1991) et Vogue de Madonna mettent alors particulièrement en lumière la maison Xtravaganza et permettent à Hector de développer sa carrière de danseur hors de la ballroom scene, tout en continuant de voguer sous le nom maison qui l’a recueilli. Les années 1990 sont particulièrement dures pour la maison Xtravaganza, dont de nombreux membres décèdent du VIH, Hector le contracte en 1985 et Angie Xtravaganza meurt des suites du virus en 1993. C’est dans ces circonstances qu’Hector accepte d’endosser les rôles de père puis grand-père de la maison Xtravaganza en même temps qu’il s’engage publiquement dans la lutte contre le VIH.

Afin de dresser un tableau le plus fidèle possible de ces années de la ballroom scene new-yorkaise, Hector Xtravaganza avait accepté de figurer parmi les consultant.e.s scénaristiques de la série depuis sa première saison. Un geste qui souligne la volonté de faire coïncider la représentation fictionnelle et la réalité de ce qu’à représenté la ballroom scene pour les jeunes vogueurs.vogueuses atteint.e.s par le VIH dans les années 90.

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