« Nevada » – L’expression d’un mal-être sociétal

Incarcéré dans une prison du Nevada, Roman Coleman se voit proposé d’intégrer un programme de réhabilitation par le dressage de mustangs.

Laure de Clermont-Tonnerre porte son propre regard sur la vie en cage à travers la relation silencieuse qu’entretiennent un détenu et un cheval au cours des douze semaines où ils se côtoieront.

Matthias Schoenaerts (à gauche) et Gideon Adlon (à droite) dans Nevada, de Laure de Clermont-Tonnerre.
© Focus Features

Une déconnexion totale au monde extérieur.

« Tu es nourri, blanchi et logé ici. Tu n’as pas besoin de cet argent, moi si. » marmonne Martha à son père, Roman, en lui demandant de signer sa demande d’émancipation lors de sa visite aux parloirs d’une prison du Nevada. Pourtant, la réalité est bien plus froide et égoïste. Déjà plusieurs années semblent s’être écoulées, rongeant jour après jour cet homme qui n’a plus la force de s’animer. L’ambiance carcérale étouffante pèse sur un quotidien rythmé par la musculation, les menaces et les bagarres. Ici, aucune erreur n’est permise, le moindre faux-pas entraine de lourdes conséquences. Alors, quand Roman voit sa fille lui glisser entre les doigts – comme d’ailleurs tout ce qui constituait sa vie – il laisse entrevoir une colère profonde.

Cette colère prend racine dans l’isolement qu’il subit et qu’il s’impose parfois lui-même : quand la psychologue lui pose des questions personnelles, le dialogue est rompu. Il a beau partager sa cellule avec un autre détenu, il restera seul. On comprend alors que le désespoir d’un homme peut le détruire au point de l’effacer complètement. Il ne reste rien de ce qu’il était. Cette violence dont il fait preuve est surement aussi causée par les difficultés qu’il a à s’aligner avec la réalité extérieure, avec la société elle-même. On découvre par le dialogue qu’il entretient avec sa fille des bribes de son propre passé : la drogue l’a surement rendu plus mauvais qu’il ne l’était, il a cédé à la violence et en paye le prix fort. Matthias Schoenaerts (Roman) nous délivre une performance sincère d’un homme brisé mais surtout déphasé de la réalité : il n’a pas sa place dans ce monde et sa liberté ne lui est pas accordée. Pourtant, l’espoir semble persister. Laure de Clermont-Tonnerre joue d’un sentimentalisme parfois excessif pour tirer les ficelles de la destinée de son personnage. 

La promesse d’une rééducation sociale.

Matthias Schoenaerts dans Nevada de Laure de Clermont-Tonnerre.
© Focus Features

Si le film s’ouvre sur de grands plans désertiques où des mustangs (chevaux sauvages du Nord-Ouest d’Amérique) fuient les bruits écrasants des hélicoptères qui les pourchassent, on revient rapidement aux détenus dont la routine occupe une place importante. La volonté de dresser un parallélisme entre l’animal et l’homme est réelle, mais le rythme est parfois perdu, comme s’il échappait au contrôle de la réalisatrice. La cage toujours très présente souligne à Roman sa propre condition à travers un cheval souffrant, dont la liberté a été troquée pour sa rentabilité. Dans douze semaines, il sera vendu aux enchères, probablement à la police fédérale, et Roman a pour but de le dresser. Ainsi, il tisse avec la bête une relation qu’il ne serait capable d’assumer avec des individus de son espèce et il réapprend, à sa manière, à vivre pleinement. Guidé par son besoin de sortir le cheval de sa cage, il s’échappe lui même des barreaux qui le restreignent.

Pourtant, il n’est pas si facile de s’extraire de l’univers carcéral dans lequel il baigne. Il subira rapidement les pressions de ses codétenus et sera forcé à s’exposer à l’expulsion de son programme de réhabilitation en dérobant de la kétamine pour la livrer à son voisin de cellule. Roman est finalement peut être plus animal que le cheval lui-même et c’est leur douleur, leur incompréhension, qui marquent l’écran. La famille recomposée dans laquelle l’homme prospère est autant un refuge qu’un fardeau qu’il traine inlassablement. Henry, un autre détenu, deviendra son mentor durant l’escapade de cette réalité qui l’écrase. 

Laure de Clermont-Tonnerre joue d’une bande son souvent composée d’une seule guitare, de plans d’ensemble des régions arides du Nevada et d’un personnage torturé pour signifier l’insignifiance d’une vie en cage.  Elle va à l’essentiel, sans s’alourdir de rebondissements abusifs mais s’attache à un sentimentalisme parfois irritant qui ne ravage par ailleurs d’aucune manière le charme de son oeuvre. 

https://www.youtube.com/watch?v=k2a-KSOCIeY

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