MUSIQUE EN BREF – Passé, présent, futur

© Thom Yorke / Paul Thomas Anderson / Netflix

Tous les 15 jours, Maze vous offre un tour d’horizon des dernières sorties musicales. Ce sont cette semaine six albums, plus ou moins réussis mais comportant tous un rapport unique au temps, qui sont passés au crible.

Thom Yorke – ANIMA

Huit mois après avoir signé la bande originale de Suspiria et près de cinq ans après Tomorrow’s Modern Boxes, son précédent album solo, Thom Yorke (Radiohead) revient avec un nouveau disque ambitieux, produit par le fidèle Nigel Godrich, se déclinant en neuf chansons magnétiques et un sublime court-métrage éponyme signé Paul Thomas Anderson. Tout en déviations électroniques, variations harmoniques et motifs minimalistes, ANIMA se joue des voix, des timbres, des textures, des mélodies, des rythmes et des espaces avec une malice impérieuse. Surprenant, éminemment politique, faisant part belle aux sentiments humains et aux pouvoirs du rêve et de l’imaginaire, ce nouveau monolithe sonore semble être à la fois le témoignage du chaos de son époque et son antidote. Un remède qui se révèle aussi doucement que surement, au fil des écoutes et du temps, s’imposant peu à peu comme une évidence et nous laissant avec une certitude : celle que l’on est face, une fois encore, à un très grand disque.

Coups de cœur : Traffic, Twist, Dawn Chorus, The Axe, Runwayaway

Sortie le 27 juin

Camille Tardieux

The Raconteurs – Help Us Stranger

Si c’est de l’originalité que vous cherchez, passez votre chemin sur Help Us Stranger, il n’est pas là pour ça. Au premier abord, cet album que les quatre de Detroit ont mis onze ans à nous pondre (rien depuis Consolers of The Lonely en 2008), n’a rien de rafraîchissant. Mais en même temps, quand on sait faire quelque chose, et quand on le fait bien, de surcroît une fois tous les dix ans, à quoi ça sert de tenter autre chose ? Jack White et sa bande de Raconteurs savent faire du rock’n’roll, en empruntant les voies naturelles qui y mènent : la folk, et le blues. Cet album est comme un étendard, un manifeste : non, le rock n’est pas mort. Le leur est classique, simple, saturé, gueulard, et donc parfois un peu cliché. Mais finalement, à l’heure de la musique au millimètre et des productions ultra léchées, est-ce que le rock à papa de ces quarantenaires électrifiés n’est pas le véritable coup de frais ?

Coups de coeur : Bored and Razed, Don’t Bother Me, Hey Gyp (Dig the Slowness)

Sortie le 21 juin

Kevin Dufrêche

The Black Keys – Let’s Rock

« Let’s rock », ce furent les derniers mots d’un détenu dans le Tennessee, exécuté sur la chaise électrique. Une histoire qui n’échappera pas aux dandys de Nashville, Dan Auerbach et Patrick Carney alias The Black Keys, qui s’en inspireront tout au long du processus de création et bien évidemment pour la pochette. Toujours électrique (sans jeu de mots, promis) dans les compositions, et aussi « friendly », nos deux compères peinent a retrouver la magie qu’on leur avait découvert il y a 8 ans sur El Camino. Une énergie toujours bien présente qui fait le boulot, dont quelques passages bien sentis a l’image de l’intro de Shine A Little Light, le duo continue de perdre un peu de sa superbe sur ce 9éme album, toujours sympa mais un peu fade. On regretterait presque le temps où ils sortaient un album tous les un ou deux ans, le résultat semblant alors plus spontané, et c’est surement cela qui leur fait défaut aujourd’hui. Prendre son temps c’est bien, mais trop, non.

Coup de cœur : aucun.

Sortie le 28 juin

Guillaume Lacoste

Hot Chip – A Bath Full of Ecstasy

Après quatre ans de mise en veille (hormis quelques dj set et un concert unique il y a deux ans à San Francisco), les londoniens de Hot Chip reviennent avec un album aux accents faussement nostalgique des années 90 et des raves party, Les sonorités y sont contrastées, oscillants entre influences hip-hop / R’n’B modernes (sur le morceau Echos) et plus largement électroniques avec l’utilisation de nouveaux moyens pour le groupe, tel que le synthétiseur modulaire et les enregistrements vocaux d’Alexis Taylor, travaillés grâce aux logiciels de traitement de voix (remarquable sur le refrain de Melody of Love). La force de l’album réside dans son efficacité pop et ses sonorités accrocheuses, qui donnent envie d’investir le dancefloor. Des morceaux comme Why Does My Mind ou Clear Blue Skies souffle un vent mélancolique apprécié sur A Bath Full of Ecstasy, un ensemble relativement court (58 minutes et 9 pistes) mais qui n’en reste pas moins rafraîchissants et booster de bonne humeur.

Coups de cœur : Clear Blue Skies, Melody of Love

Sortie le 2 juin

Mélody Aubert

Two Door Cinema Club – False Alarm

On avait adoré Tourist History il y a presque dix ans ; on était déçu en entendant Beacon deux ans plus tard ; on n’a plus rien compris en 2016 en écoutant Gameshow ; aujourd’hui, False Alarm ne propose rien de nouveau sous le soleil. En tentant de retrouver la pop dansante de ses premiers tubes, Two Door Cinema Club se noie, dans un gloubi-boulga ultra produit, semblant venu d’un autre temps, sorte de disco ayant mal vieillie, limite ringarde. Ce qui a fait le succès du trio irlandais sur What You Know ou encore Something Good Can Work, c’est la simplicité. Depuis, Two Door Cinema Club semble se prendre beaucoup trop la tête.

Coup de cœur : aucun.

Sortie le 21 juin

Kevin Dufrêche

Liss – Second (EP)

Bourrés de talent les danois de Liss continuent de faire chavirer les coeurs au travers de leur EP, Second. Comme son nom l’indique il s’agit de la seconde composition du groupe après le quatre titres First sorti il y a à présent (déjà ?) trois ans. Pour ceux qui connaissent la formation Liss, pas grand chose de nouveau, si ce n’est que c’est toujours aussi bon. Notamment grace à la voix singulière et impétueuse du chanteur Søren Holm. Second est un périple sentimental de six titres, porté particulièrement par les singles Talk to Me et Réputation, conjuguant ainsi un RnB délicieusement groovy et une dimension langoureuse unique qui confère un caractère exceptionnel à la musique de ce groupe que personne n’attendait et qui ne semble pas prêt de nous décevoir.

Coups de cœur : Runaway

Sortie le 18 juin

Caroline Fauvel

Camille Tardieux

ÉTUDIANT EN MASTER MUSICOLOGIE ET EN COMPOSITION ÉLECTROACOUSTIQUE A BORDEAUX. AMOUREUX DES SONS, DES MOTS ET DES IMAGES, DE TOUT CE QUI EST UNE QUESTION D'ÉMOTION, DE RYTHME ET D'HARMONIE.

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