CINÉMA

« Le Roi Lion » – Le jeu des 7 différences

Après Dumbo et Aladdin cette année, Disney poursuit sa nouvelle politique d’adaptation de ses succès animés d’antan, avec Le Roi Lion. On retrouve aux commandes Jon Favreau, déjà auteur de la revisite du Livre de la Jungle en 2016. Le réalisateur poursuit ses partis pris naturalistes, pour les emmener jusque dans leurs derniers retranchements.

Avec Le Livre de la Jungle, Jon Favreau était parvenu à imposer son point de vue dans le cadre étroit des adaptations des anciens dessins animés du studio Disney. D’un côté, il répondait parfaitement au cahier des charges de la production, en resservant au public les mêmes scènes, les mêmes chansons, les mêmes péripéties qui lui avait marqué l’esprit lors de son enfance. Mais tout en se soumettant à cette nostalgie, l’artisan derrière Iron Man optait pour l’option du réalisme animalier, lorgnant sur un style documentaire. Fort de son succès, Jon Favreau est parvenu à convaincre le studio que ses choix étaient les bons, et qu’il fallait les poursuivre avec Le Roi Lion.  

Disney nature

Avec ce Roi Lion version 2019, exit les couleurs vives, les scènes de chants dignes de Broadway et l’esprit cartoonesque. Ici le Directeur de la photographie, Caleb Deschanel, opère un virage radical en imposant une colorimétrie naturelle, baignant les personnages dans une lumière criante de vérité. À quelques exceptions près, la caméra reste au niveau du sol et ses mouvements sont limités à de très légers travelling et panoramiques. L’utilisation d’une caméra portée et de la longue focale (magnifiée par la 3D) finissent de brouiller la frontière entre film de narration et documentaire animalier.

Or, comment allier réalisme extrême avec des animaux qui font des vocalises ? Face à cet obstacle, le réalisateur préfère l’éviter en s’en éloignant. En effet, les hyènes qui rient à outrance ou encore le chant lyrique de Scar sont soigneusement noyés dans l’arrière plan avec un cadre très large.

Ainsi, la scène de la chanson «  Je voudrais déjà être Roi  » n’est plus ce trip sous acide du dessin animé, mais une simple promenade au milieu de la savane.

Hélas, une fois la sidération éventée face au réalisme de l’animation des effets spéciaux par Robert Legato (déjà responsable d’Avatar et de Hugo Cabret), le parti pris de Jon Favreau se retourne contre lui. En effet, les animaux bien réels, perdent toute humanité et empêchent le spectateur de pleinement s’identifier à eux. Le reste du film, jamais désagréable, se regarde alors avec un ennui poli.

Le Roi Lion – Disney Enreprises, Inc ©

Documentaire inoffensif

Si Le Roi Lion a autant marqué les enfants, c’est naturellement pour sa cruauté qui faisait office d’étape initiatique au deuil. On était donc curieux de voir l’impact que pouvait avoir la mort de Mufasa, avec de vrais animaux. Sans doute conscient du malaise qu’a pu susciter chez les plus jeunes la confrontation entre Kaa et Mowgli dans son Livre de la Jungle, Jon Favreau préfère ne prendre aucun risque.

Ici, Scar ne fait pas tomber Mufasa de la falaise en retirant ses griffes qu’il avait planté dans sa chaire. Un simple coup de patte suffit. Lors de la découverte du corps par Simba, le lionceau n’essaie pas de réveiller son père en faisant bouger son cadavre. Ce moment déchirant est évacué au plus vite. Tout le traumatisme que cette scène comporte est amoindri, voir même effacé.

Cette volonté de lisser n’importe quel élément susceptible de créer un trouble chez le public se retrouve sur l’ensemble du film.

Le Roi Lion – Disney Enreprises, Inc ©

Le jeu des sept différences, que Jon Favreau nous impose en reproduisant au plan près l’original, fini par être le principal intérêt du spectateur. En décelant les écarts d’adaptation, le film révèle les choix schizophrènes auxquels il était confronté.

A défaut d’être émotionnellement convaincant, la confrontation avec l’œuvre d’origine se révèle passionnante.    

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