Brexit : l’avenir instable du gouvernement Johnson

© Daniel Leal-Olivas / AFP

Le 23 juillet 2016, Boris Johnson associait la date du Brexit à celle « de l’indépendance britannique ». Trois ans plus tard, jour pour jour, « BoJo » fait son entrée au 10th Downing Street succédant à Theresa May, afin de mettre un terme à la procédure de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Élu avec plus de 65 % des suffrages comme nouveau leader du parti conservateur (Tories), Boris Johnson a reçu, mercredi dernier, l’invitation de la Reine d’Angleterre à former un gouvernement. Le nouveau Premier ministre a promis un divorce avec l’Union « sans conditions » avant le 31 octobre, avec ou sans accord. Pourtant, il paraît peu probable qu’il arrive, en moins de 100 jours, à faire ce que sa prédécesseuse n’a pas réussi à faire en deux ans : faire accepter au Parlement britannique les accords du Brexit négociés à Bruxelles depuis 2017.

L’homme du Brexit

La nomination de Boris Johnson n’est pas une surprise. La campagne pour élire le chef des Tories a été un suffrage sans suspens, dont les analystes prédisaient le plébiscite dès le premier jour. Face aux échecs de Theresa May à la Chambre des Communes pour imposer son plan de sortie de l’Union, l’aile droite du parti conservateur, partisane d’un Brexit «  dur  », n’a cessé de gagner de l’influence. Le statu quo a également poussé les électeurs «  Brexiteers  », soutenant cette ligne, à se tourner vers Nigel Farage, leader d’extrême droite du Brexit Party. Aux dernières élections européennes, les Tories n’ont récolté que 8,5 % des suffrages, contre 30 % pour le Brexit Party.

Ces résultats catastrophiques sont la cause directe de la nomination de Boris Johnson, dont la personnalité tranchée incarne la volonté des conservateurs d’imposer une alternative crédible à la stagnation de la procédure de sortie. En faisant ce choix, les Tories n’ont pourtant pas nommé la personne la plus populaire du Royaume-Uni.

Avant même son élection, Boris Johnson était déjà critiqué, tant par les députés que par le reste du peuple britannique, qui ne reconnaissent pas sa légitimité à exercer le pouvoir. Un sondage publié par l’institut Yougov, la veille de sa nomination, montrait que 53 % des Britanniques trouvent leur nouveau leader incompétent et malhonnête.

Par ailleurs, plusieurs figures-clés du cabinet de Theresa May ont annoncé leur refus de participer à la nouvelle équipe exécutive avant même l’élection du nouveau Premier ministre. C’est par exemple le cas de l’ancien numéro 2 du gouvernement, le Chancellor (Ministre des Finances britannique) Philip Hammond, qui a présenté sa démission la veille de la passation de pouvoir.

Vers une sortie sans accord  ?  

Le 31 octobre prochain, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne, avec ou sans accord. L’avenir du précédent deal, négocié par Theresa May dont hérite Boris Johnson, est aujourd’hui menacé. S’il est le seul texte valable selon l’Union européenne, le nouveau gouvernement britannique aimerait s’en débarrasser. En cause, le Premier ministre souhaiterait revenir sur le back-stop, un compromis trouvé par l’ancien gouvernement pour éviter le rétablissement de frontières entre l’Irlande du Nord, nation constitutive du Royaume-Uni, et la République d’Irlande, état-membre de l’Union européenne. Cette clause est pourtant la condition sine qua non de tout plan de sortie.

La transition avec la position conciliatrice de Theresa May envers ses partenaires européens est radicale. Le gouvernement se prépare ainsi pour un scénario sans accord. Au lieu de relancer les négociations avec Bruxelles et les dirigeants des états-membres, Boris Johnson a décidé de créer trois comités interministériels en charge de superviser les préparatifs d’urgence. Aucune rencontre n’a encore été prévue, ni avec le président français Emmanuel Macron ou la chancelière allemande Angela Merkel. La Commission européenne, pour sa part, continue d’affirmer qu’aucun autre volet de négociations ne sera ouvert avant l’ultimatum du 31 octobre.

L’instabilité parlementaire, fléau des Conservateurs

Pour réussir, le Premier ministre aura besoin de l’accord des députés de la Chambre des Communes, qui ont jusqu’à aujourd’hui refusé catégoriquement d’envisager un retrait sans accord. Or, un durcissement des relations entre le Parlement et le gouvernement pourrait, dès la rentrée, contraindre le Premier ministre à convoquer des élections anticipées pour conforter sa ligne politique.

Si aucun scrutin majeur n’est prévu pour le moment, les conservateurs courent le risque de se retrouver minoritaire. Du côté de l’opposition le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, a déclaré à la presse qu’il se préparait déjà « à battre Boris Johnson lors d’une élection générale ». Le gouvernement pourrait même faire face à une motion de censure des députés travaillistes, avant la fin du mois de juillet, s’il devait continuer à privilégier les préparations d’un no-deal.

Mais avant de pouvoir envisager de convaincre les Communes, le Premier ministre doit s’assurer de ne pas perdre sa majorité. Aujourd’hui, elle repose sur le soutien du Parti unioniste nord-irlandais (DUP), dont l’électorat régional a voté à 56 % en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne en 2016. Or, la position belliqueuse du back-stop pourrait causer l’éclat de la coalition, puisque les députés du DUP ont catégoriquement refusé le rétablissement d’une frontière entre les deux Irlande.

Le referendum a ébranlé la vie politique britannique. Les Tories ont été les victimes les plus touchées par les divisions idéologiques révélées par la campagne de 2016. Critiqués pour leur position vis-à-vis de Bruxelles, soit trop favorable, soit trop modérée, les anciens Premiers ministres David Cameron et Theresa May ont été forcés de démissionner l’un après l’autre. Boris Johnson arrivera-t-il à mettre en œuvre son projet avant le 31 octobre  ? Rien n’en est moins sûr.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés