Au coeur de la (difficile) élection d’Ursula von der Leyen

© Frederick Florin / AFP

Le Parlement européen a élu à 383 voix, le mardi 16 juillet, la nouvelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, candidate du PPE (parti européen conservateur). Maze a assisté aux élections, au sein d’un hémicycle agité.

Le système d’élection mis en cause

Ursula von der Leyen, ancienne ministre de la Défense allemande, a dû mener une campagne expresse, élue par son parti deux semaines avant l’élection comme candidate à la présidence de la Commission européenne. En vertu du système du Spitzenkandidat, elle doit être élue par le Parlement car elle est la candidate du parti majoritaire dans l’hémicycle.

Ce système récent a été utilisé la première fois en 2014 pour l’élection de J-C Junker, également candidat du PPE. Depuis, il est très critiqué pour son aspect anti-démocratique car il permettrait à certains de contrôler les nominations, comme E. Macron et A. Merkel cette année, ce qui n’avantage pas Ursula von der Leyen. La candidate à la Commission avait rapidement fait part de son programme aux députés en rencontrant ou écrivant à certains d’entre eux.

Un programme peu concret

Au matin du 16 juillet, quelques heures avant le vote, les parlementaires étaient loin d’être convaincus. Pourtant, sa candidature se voulait rassembler trois partis majoritaires de l’hémicycle soit le PPE, les sociaux-démocrates (S&D) et les libéraux-démocrates de Renew Europe. Aussitôt son discours fini, seul le PPE affiche un véritable soutien.

Les députés prennent la parole pendant plusieurs minutes et les critiques fusent. Elle avait pourtant pris le soin de couvrir tous les sujets brûlants comme l’égalité des genres, l’écologie, la crise migratoire ou encore le Brexit. Elle conclue en énumérant les trois axes de la coopération entre le Parlement et la Commission dans les années à venir : augmenter la participation des citoyens européens, améliorer le système de « spitzenkandidat » et octroyer un droit d’initiative, notamment législatif, pour le Parlement.

La candidate face aux critiques de l’hémicycle

Les parlementaires de tout partis lui reprochent son manque de propositions concrètes. Les sociaux-démocrates demandent des mesures précises pour lutter contre la pauvreté et plus particulièrement en taxant les grandes entreprises. Ses promesses pour faire face au changement climatique ne sont pas assez importantes comptes tenu de la situation actuelle. Après que la candidate ait repris la parole pour répondre à l’hémicycle, le S&D paraît plus convaincu mais émet tout de même quelques réserves. Il demande plus d’investissement public pour mettre en œuvre des mesures efficaces mais octroi son soutien à la candidate, si elle tient toutes ses promesses.

Les Verts déplorent son manque de considération pour l’urgence climatique, elle qui prévoit un plan d’action en deux étapes. Même plan qui manque de chiffres clés et de dates butoirs. Ils accusent également la candidate de ne pas vouloir une véritable alliance mais de s’allier à n’importe qui. En effet, elle a souvent répété vouloir construire une alliance pro-européenne sans plus de précision. Ils condamnent également ses liens avec les lobbys, notamment automobiles, qui selon eux, contredisent une majorité de son programme. Les Verts étaient déjà dans de mauvaises conditions, eux qui ont été exclus de tous les postes à responsabilité dans l’Union alors même que leur score aux élections suggérait le contraire.

Le GUE (parti de la gauche radicale) reproche à Ursula von der Leyen d’être la “présidente des riches“, comme l’a affirmé Manon Aubry, co-présidente du groupe parlementaire. Ils sont contre le sacrifice des citoyens au bénéfice des multinationales qui dure depuis très longtemps. Encore une fois, la question des lobbys pose problème car ils influencent certaines lois, comme certaines pour l’écologie. Leurs visions pour l’Union européenne sont très divergentes, la candidate est accusée de vouloir mener une politique d’austérité qui s’avérait d’avance inefficace.

Quant au parti Identité Démocratique (ID), beaucoup lui reprochent son travail en tant que ministre en Allemagne et ses échecs au gouvernement. Elle est accusée d’avoir anéantie l’armée allemande et affaiblit le pays militairement. De nombreux députés allemands ne se sont pas cachés de leur aversion pour leur ancienne ministre, tout comme les visiteurs allemands du Parlement ce jour-là, par des applaudissements. Selon eux, elle a prouvé son incompétence en Allemagne et n’est pas compétente pour diriger la Commission européenne.

Nigel Farage, parlementaire britannique pro-Brexit, accuse, pour sa part, la candidate de vouloir instaurer une nouvelle forme de communisme, provoquant les rires de tout l’hémicycle, Mme Von der Leyen étant profondément néo-libérale. Il enchaîne les provocations en accablant la future présidente de la Commission de “fanatique pour une armée européenne” ou en comparant Emmanuel Macron à Napoléon. Des critiques sans beaucoup de fond qui n’atteignent pas la candidate, qui a d’ailleurs promis de ne pas renégocier le Brexit.

La rentrée de l’ensemble de l’Union Européenne en novembre lors de la passation de pouvoir paraît d’ores et déjà compliquée. Au sein même de la Commission, la nomination des différents commissaires promet quelques problèmes. Il faudra en effet que la présidente Von der Leyen soit habile dans le choix des commissaires dont les pays ont des ambitions très différentes pour l’Europe.

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