TOP 10 – Les meilleurs films LGBTQ+

Dans le cadre du mois des fiertés, nous avons fouillé nos collections de DVD de fonds en combles pour vous livrer un Top 10 subjectif des meilleurs films à thématique LGBTQ+.

1- Carol de Todd Haynes (2015)

New-York, dans les années 50, à l’approche de Noël, Thérèse (Rooney Mara), jeune vendeuse dans un grand magasin rencontre Carol (Cate Blanchet), une femme élégante prise au piège d’un mariage malheureux. Coup d’éclair, coup de foudre. Le destin des deux femmes se croise “il n’y a pas de hasard et rien n’arrive sans raison” écrit Carol à Thérèse dans une lettre sublime. À travers Carol, Todd Haynes dresse le portrait d’une époque et d’une société américaine coincée dans des moeurs homophobes où l’on considère que l’homosexualité est une maladie à soigner. En plus de retranscrire la mentalité d’une certaine époque, Haynes réussit parfaitement à recréer l’atmosphère de l’Amérique des années 50, dans le décor ou les costumes, ce qui laisse une impression troublante de visionner un film qui aurait été tourné au siècle dernier. Dans le film, on ne prononce pas une seule fois le mot “homosexuel”, la passion est évidente mais elle est transposée à travers des regards puissants, des gestes furtifs, toujours avec une certaine pudeur. Carol est un film majeur qui montre à voir l’invisible, celui qu’on refuse de voir, qu’on nie, celui qu’on condamne, c’est aussi le beau portrait d’un processus d’émancipation de femmes dans un milieu social rempli d’interdits.

Pauline Pitrou

2 – Naissance des pieuvres de Céline Sciamma (2007)

Tout premier long métrage de la réalisatrice Céline Sciamma acclamée cette année à Cannes pour son Portrait de la jeune fille en feu et reconnue pour ses films à thématiques LGBTQ+, Naissance des Pieuvres dépeint l’éveil du premier désir lesbien et l’apprentissage de ce qu’est le corps de femme. Pour décor, Sciamma choisit le vestiaire d’une piscine, lieu incontournable des premières pudeurs et des découvertes physiques de l’autre et de soi. Pendant l’été de leur 15 ans, Marie, Anne, Floriane vivent difficilement la naissance de leur sexualité. Dans les vapeurs humides des vestiaires de piscine, leurs destins s’entremêlent et surviennent les premiers désirs. Mais ce qui pourrait être un énième teen-movie déconcertant sur les premiers émois adolescents s’avère être ici un tour de force loin des clichés et des fantasmes que ce genre de sujet pourrait entraîner. Dans Naissance des Pieuvres, pas de corps parfaits et de sublimation, on se cherche, on a peur que notre corps dégoûte. Et surtout, pas d’adultes pour contrer ou dicter l’éveil, des présences masculines qui ne sont là que pour figurer, les jeunes filles en fleur se découvrent seules, ou entre elles. Parce qu’il y a « la naissance », l’éclosion de quelque chose de nouveau, d’un désir insoupçonné mais il y aussi les « pieuvres » , créatures aquatiques étranges et répugnantes auxquelles s’assimilent ici les jeunes femmes. Ce qui flotte au dessus du film, ce sont aussi les premiers désirs homosexuels, la difficulté d’ admettre l’attirance pour une personne du même sexe. Ici, pas de coming-out exagéré mais un réalisme et une sincérité troublante qui font de Naissance des Pieuvres, un grand film queer.

Pauline Pitrou

3 – Call Me By Your Name de Luca Guadagnino (2017)

C’est l’histoire de l’été 1983, sous le soleil brûlant du nord de l’Italie. Deux hommes, Elio, dix-sept ans (Timothé Chalamet) et Oliver, étudiant américain de vingt-quatre ans (Armie Hammer) se rencontrent. Quelque chose d’inconcevable naît alors entre eux : le désir. Mais, pourquoi ? A cette question, le père d’Elio répond en citant Montaigne : ” Parce que c’était lui, parce que c’était moi. “ Après leur rencontre, tout s’enchaîne très vite : l’hésitation, l’attente, le désir, la déception, les adieux… dans un vertige de décors somptueux, de musiques saisissantes et de bribes de vie magnifiques. La grande particularité de Call Me By Your Name par rapport aux films du même genre réside dans son absence des tourments qui hantent souvent les esprits des personnages de fiction lorsqu’ils se rendent compte qu’ils sont homosexuels, alors qu’ils n’avaient jamais pensé l’être. Ici, ce n’est pas le fait que l’amour soit partagé entre deux hommes qui amène aux complications de l’idylle, mais bien la nature intrinsèque de l’amour : un véritable renouveau cinématographique dans la manière d’aborder les relations entre personnes du même genre. De plus, l’esthétique du film, la performance des acteurs et l’esprit multiculturel – avec pas moins de trois langues parlées par le héros – font de cette romance une œuvre complète. Pour toutes ces raisons, Call Me By Your Name est et restera un film LGBTQ+ phare qui banalise l’amour homosexuel de la plus belle des manières et qui marque les coeurs à jamais, un film sans doute pas engagé politiquement, mais poétiquement, ce qui est d’autant plus fort.

Sania Mahyou

4 – La Belle Saison de Catherine Corsini (2015)

1970, quelque part en Corrèze, Delphine (Izia Higelin) travaille dans la ferme de ses parents qui ne pensent qu’à la marier. Mais Delphine aime les femmes. Quand sa petite amie secrète lui annonce son mariage prochain, elle part à Paris pour se ressourcer. Là-bas, elle rencontre Carole (Cécile de France), jeune militante féministe parisienne dont elle va tomber follement amoureuse. Sorti à l’époque du grand boom de la Manif pour tous, La Belle Saison insuffle un cri de liberté et de révolte au cinéma français. Il nous transpose entre deux mondes que tout opposent, d’un côté, l’environnement rural et fermé d’esprit dans lequel vit la famille de Delphine et de l’autre la capitale en pleine effervescence, révoltée et engagée pour les droits des femmes. C’est dans ces deux paysages si différents que vont évoluer les personnages. Entre manifestations et révoltes féministes montrées à l’écran, c’est bel et bien un film militant que nous propose Corsini. Un film en hommage au désir de libération qui animait la France des années 1970, mais aussi un film d’amour qui dépeint la relation compliquée entre deux femmes, chacune empêchée par les contraintes d’une époque.

Pauline Pitrou

5 – Dallas Buyers Club de Jean Marc Vallée (2013)

Récompensé par plusieurs prix, ce film est assurément un incontournable de la thématique du VIH. Texas 1985, Ron Woodroof, macho et homophobe, subsiste dans une vie de débauche. Le corps médical le diagnostique séropositif, alors qu’il croit le sida nécessairement destiné à la communauté gay. On lui propose la seule médication légale aux États-Unis, l’AZT, aussi nocive qu’inefficace. Loin d’être résigné, il s’associe à Rayon, un séropositif transgenre avec lequel il met en place une contrebande de traitements illicites. Le Dallas Buyers Club est né. Extrêmement gênant pour les compagnies pharmaceutiques, Ron offrira le reste de sa vie à la lutte pour la légalisation de soins efficients. Loin d’être englué dans un pathos souvent de coutume dans les films traitant de maladies, The Dallas Buyers Club est à projeter devant tous les yeux, quand 20 % des jeunes français de 15 à 25 ans pensent encore que le sida peut être transmis en s’embrassant.

Sophie Moulin

6 – Mulholland Drive de David Lynch (2001)

Comment présenter ce film labyrinthique dont l’interprétation a fait couler tant d’encre ? Sans doute n’est-il plus à présenter mais à regarder, tant il est incontournable. Dans le foisonnement des histoires qui s’entremêlent, des signes et objets qui apparaissent puis disparaissent, la relation entre les deux principaux personnages féminins, Berry et Rita, est centrale. Elle infuse tout le film d’un désir et d’un amour lesbien particulièrement envoûtant. Ici, le lesbianisme n’est pas le sujet central du film, il n’en est qu’un élément ; ce qui est aussi une façon appréciable de lui offrir une présence non problématique dans le cinéma.

Lucie Riandey

7 – Girl de Lukas Dhont (2018)

Girl met en scène la vie de Laura, une jeune trans qui poursuit son rêve de devenir danseuse étoile, avec le soutien de son père. Ce film explore les thèmes de la danse, de la dysphorie de genre, du travail de représentation de son corps, dans de très belles images aux douces teintes pastel. Pourtant, même si le père de Laura l’accompagne avec amour et compréhension, Girl montre aussi la grande violence que subit son personnage, tant par la danse qui exige énormément de son corps que par le groupe de pairs ou encore par elle-même. Son réalisateur, Lukas Dhont, a reçu d’importantes critiques pour avoir montré une expérience trans d’un point de vue cisgenre et surtout pour l’avoir caricaturé en dépeignant une vision dramatique de la transexualité et en se focalisant sur les parties génitales et la chirurgie de transition . Il s’est pourtant directement inspiré de la vie de la danseuse Nora Monsecour, une de ses plus grandes amies. Quand bien même, pourquoi ne faudrait-il parler que de son identité à soi ? Surtout, il ne prétend en rien résumer en un film ce qu’est la transidentité, puisqu’elle se vit différemment pour chaque trans. On ne peut que s’attrister du trop faible nombre de films mettant en scène des trans car c’est sans doute ce qui conduit certains à envisager chaque film sur ce sujet comme un film-modèle, alors qu’il ne met en lumière qu’un fragment de la transidentité.

Lucie Riandey

8 – Plaire, Aimer, Courir Vite de Christophe Honoré (2018)

Des nuances de bleu pigmentent Plaire, aimer et courir vite, des murs aux vêtements, de l’affiche de Querelle de Fassbinder (dessinée par Andy Warhol) au bac à glaçons. Couleur principale des tableaux d’une période de Picasso, cette teinte omniprésente offre au film de Christophe Honoré la même mélancolie. C’est celle des années 1990 pour le réalisateur, qui parsème son film de souvenirs et de ses petites madeleines de Proust. Le dramaturge Bernard-Marie Koltès est mort en 1989, Jacques Demy en 1990, Hervé Guibert en 1991, tous atteints du sida. Le cinéaste convoque ces artistes disparus pour raconter une première et dernière histoire d’amour entre Arthur (Vincent Lacoste) un jeune étudiant rennais de vingt-deux ans, et de Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain parisien touché par la maladie, qui coure vers sa condamnation. Courir pour vivre cette histoire avant qu’elle ne devienne impossible, cet amour en fuite, pour citer l’influence de François Truffaut. Christophe Honoré capte avec grâce le fait d’être homosexuel dans les années 1990 que ce soit l’amour, la paternité, la sexualité crue et tendre ou les scènes où le sida marque son empreinte sur les corps et les vies. Le cinéaste insuffle à cette histoire romanesque et plutôt tragique un peu d’humour, de légèreté dans les répliques où les situations à l’instar de cette danse à trois entre les deux héros, et le vieil ami journaliste de Jacques incarné par Denis Podalydès.

Diane Lestage

9 – Tangerine de Sean Baker (2015)

Le cinéma de Sean Baker est fondamentalement alternatif aussi bien sur le plan du fond que celui de la forme. Tout comme le cinéaste Harmony Korine, celui-ci s’attache à filmer un monde populaire, à deux pas de la frénésie des villes et de leurs luxes insaisissables. C’est ce qu’il fait dans The Florida Project sorti en 2017, mais c’est aussi la démarche qu’il emploie dans Tangerine, en filmant la communauté transsexuelle et la prostitution à Los Angeles. À la frontière du documentaire, ce long-métrage entièrement tourné à l’aide d’iPhones 5S s’immisce dans la vie de Sin-Dee prostituée transexuelle, trompée par une de ses rivales. En 24h le réalisateur dévoile un portrait attachant et singulier, accordant une légitimité évidente aux peines de cœur dans un monde où tout semble détaché. Le film se veut à la frontière du documentaire en employant ce procédé presque artisanal, et en faisant appel à des actrices totalement extérieures au milieu du cinéma, rencontrées dans un centre LGBTQ+ de la ville. Tangerine consiste ainsi en une production pleinement militante, en participant à une reconnaissance authentique et nécessaire de cette partie de la communauté LGBTQ+ trop souvent invisibilisée.

Caroline Fauvel

10 – 120 Battements par minute de Robin Campillo (2017)

120 battements par minute est un film de Robin Campillo, sorti en 2017. Il raconte le combat acharné pour un traitement décent contre le SIDA de la part des militants d’Act UP Paris dans les années 90 . S’il a tant marqué, c’est avant tout pour le réalisme sensible de sa mise en scène et le jeu tragi-comique de ses acteurs. Les personnages, inspirés de vrais militants, sont brillants de par leur lucidité les poussant à vivre plus fort, toujours plus fort, comme la musique techno qui rythme le film. La maladie du Sida est représenté comme le minotaure à vaincre, monstre entouré d’un labyrinthe créé par des politiques publiques qui renient la réalité des faits. Monstre que seules les associations et la conscience civil sauront terrasser à coup de rogne et de Beats.

Marthe ChalardMalgorn

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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