Rencontre avec Cannonbar : « Quand t’es une femme, il faut faire tes preuves »

Psychedelic Meadow, 2019 /  © Narkissos Photo

A l’occasion de la seconde édition de la soirée bordelaise “Under the Skurt”, organisée par l’association Medusyne, nous avons rencontré la Dj Cannonbar, qui mixera ce vendredi au Vivres de l’art, à Bordeaux.

Medusyne, association bordelaise jeune et prometteuse remet le couvert cette année avec sa seconde édition d’« Under the Skurt : les soirées qui font parler d’elles ». Une soirée qui promeut les artistes féminines comme le souhaite l’association : « créer du lien en promouvant l’égalité femmes-hommes dans la musique » (Morgane Lebouteux, fondatrice de Medusyne). 

C’est donc une programmation féminine qui se dévoilera demain basée sous le signe des rythmes afro-dancehall. Medusyne invitera sur les platines :  Mina, Dj toute droit venue du Royaume-Uni, accompagnée de Bryte mais aussi le collectif Eurosia et la Dj Cannonbar

Sous le soleil éclatant du mois de juin, un lendemain de fête de la musique, nous avons rencontré Cannonbar, de son vrai nom Sonali, qui mixera demain aux Vivres de l’art. Elle nous en dit plus sur son univers et sur sa musique « bordélique ». Elle est accompagnée de Morgane Lebouteux, organisatrice de la soirée et fondatrice de l’association. 

Sonali, ton nom de scène est Cannonbar, d’où vient ce blase ? 

Cannonbar : Mon nom de famille c’est Boulet-Desbareau, et on dit toujours “boulets de canon , barreaux de prison” et en anglais ça fait “canonjailbar”. Quand j’ai commencé à mixer j’ai cherché un nom et au final c’est resté Cannonbar.

Comment qualifies-tu ton univers ?

Cannonbar  : Ça va faire 5-6 ans que je mixe. Mon univers c’est bordélique tout-court, là je m’adapte, il se trouve en plus qu’au Sénégal je commence à écouter pas mal de scène électro-afro. Moi j’ai commencé en free party, je mixais pas mal de jungle, de tribe, de tech. A chaque mix je fais quelque-chose de différent c’est très éclectique, j’évolue constamment je mélange les styles : c’est bordélique. 

As tu des influences particulières ?

Cannonbar  : Je n’ai pas particulièrement d’influences. Après moi j’ai grandi à écouter de tout, avec une cassette des Beach boys et beaucoup de rock n’ roll. Mon père est très curieux dans la musique, il m’envoie régulièrement des sons, de psy trance, des artistes. C’est lui qui m’a fait découvrir des sons comme Infected Mushroom, c’est hyper improbable. Quand j’avais six ans, on vivait au Danemark et il m’a amené en rave. C’est lui qui m’a un peu donné ce goût pour la musique. 

« Quand j’organisais souvent, quand je me retrouvais sur une réunion et que quelqu’un avait une question il parlait directement à mon mec alors que j’étais là. Le premier réflexe ça va être de parler au mec. »

Cannonbar

Que pensez-vous de la place des femmes dans la musique électronique et hip-hop actuelle ?

Cannonbar : Tu peux te faire remarquer en tant que femme mais les gens ils te voient arriver et il faut faire tes preuves, ils ne te prennent pas au sérieux. C’est comme ça dans beaucoup de métiers, même en tant qu’organisatrice,  quand je me suis lancée, au début on était surpris que je fasse quelque chose de bien parce que j’étais une femme. Quand j’organisais souvent je me retrouvais sur une réunion et si quelqu’un avait une question, il parlait directement à mon mec alors que j’étais là. Le premier réflexe ça va être de parler au mec. Après quand tu fais tes preuves t’es bien accueillie mais tu as toujours des petits commentaires en mode “ouais c’est parce que t’es une meuf”.

Morgane :  Quand on voit les festivals qui essaient de faire la parité au final on se rend compte qu’ils ne peuvent pas. C’est peut-être lié au fait que tout ce qui est musique électronique c’est très lié aux machines, du coup c’est vu comme très “masculin” donc de base on part d’un déséquilibre. On voit aussi ça dans l’organisation d’événements, j’avais un vigile, c’est moi qui le payait, il m’a dit : “ah tu dois être la chanteuse parce que t’es mignonne et que t’as un jolie voix”. Donc en général il faut plus faire ses preuves mais après je dirai que c’est plus facile de se faire booker en tant que femme parce qu’il y en a beaucoup moins. Mais bon il y a toujours ce déséquilibre de :  “quand t’es un mec c’est parce que t’es talentueux que tu réussis alors que quand t’es une meuf et que tu réussis c’est parce que t’es une meuf.”

« Il y a aussi une absence de modèles dans le rap et le hip-hop. Dans le modèle francophone il y a Diam’s, et maintenant Aya Nakamura mais ça reste très réduit. »

Morgane Lebouteux, Medusyne

Du coup en tant qu’organisatrices toutes les deux, est-ce difficile de programmer des femmes pour des événements et dj sets ? 

Cannonbar : Tu vois quand j’organisais mes événements pour l’asso Anti Hype Orchestra, il n’y avait pas de productrices, tous les gens que je bookais c’était des hommes parce qu’il se trouve que je tombais rarement sur des productrices. Du coup on y réfléchit en plus à Paris en avril on a fait un autre festival qui s’appelle Madame Hyde dans la même lignée de promotion de la scène féminine.

Morgane : Quand j’ai commencé l’association Medusyne, c’était compliqué de trouver des femmes. Il faut vraiment faire l’effort de chercher sur Internet et après c’est l’algorithme qui fait son travail mais c’est vrai que si tu ne fais pas cet effort tu ne vas pas forcément tomber directement sur des femmes. 

« Vraiment la musique c’est un facteur d’émancipation, tu trouves une voix, une manière de communiquer et de te défouler car ça peut-être un défouloir aussi. »

Cannonbar

Cannonbar, la musique est-elle un outil d’émancipation pour toi ? 

Cannonbar  : Mon milieu à la base c’était la teuf, c’est des gens qui se serrent les coudes, dès que j’organisais un événement on m’a soutenu. Tout ça m’a apporté beaucoup de confiance en moi. A la base quand je montais sur scène j’étais hyper-nerveuse, sauf qu’en fait avec le temps c’est clair que ça apporte de la confiance. Je communique avec la musique, j’ai grandi dans les bouquins et dans le son donc c’est mon truc principal pour communiquer avec les gens c’est de parler de musique ou d’en écouter. Donc oui vraiment la musique est un facteur d’émancipation, tu trouves une voix, une manière de communiquer et de te défouler car ça peut-être un défouloir aussi.

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