Philippe Zdar, tout en musique

© Deconstructing a Mix #26 – Philippe Zdar

La musique perd un illustre émissaire de la French Touch : Philippe Zdar, moitié du duo Cassius, mort mercredi, laisse un héritage immense.

Producteur de génie, ingénieur du son renommé, et moitié de la formation Cassius, Philippe Cerboneschi, dit Zdar, était de ces figures incontournables de la French Touch. Fraichement débarqué dans les années 1990, cet artiste est parvenu à asseoir sa place dans les charts au fil du temps aussi bien en studio, que derrière les platines. Pour célébrer l’oeuvre et l’artiste retour sur le parcours notoire de Philippe Zdar.

Une vie

Né à l’aube de mai 68, à Aix-les-Bains, de parents hôteliers, Zdar présente un destin un peu anecdotique, comme tous les artistes de ce mouvement, de cette génération qu’est la French Touch. D’abord musicien dans des groupes de punk et de métal, un jour, devant une photo d’Eurythmics en studio, il décide de tout plaquer pour monter à Paris. Il est embauché comme assistant ingé-son selon une des légendes les plus célèbres de la French Touch, relatée par Le Monde hier : «  un matin, j’arrive au studio Marcadet. Ils avaient déjà un assistant. L’ingénieur du son lui demande s’il sait rouler des joints. Il ne savait pas. Moi, oui. Le soir, il m’a proposé de rester.  »

Il apprend alors au côté du ponte Dominique Blanc-Francard, producteur et côtoie notamment Gainsbourg. Blanc-Francard lui présente alors son fils, Hubert, qui deviendra BoomBass. Le courant passe, et c’est le début de l’aventure, encore une fois de manière similaire à celle de tous ceux qui étaient alors des gamins qui découvraient les raves. Ils forment d’abord La Funk Mob, et sortent des projets avec Etienne de Crécy, ou encore The Mighty Bop (Bob Sinclar et Alain Hô) C’est l’époque de la house mêlée au trip hop et à la soul, avec des titres de morceaux volontairement “français” et hilarants. En 1996, avec Motorbass, qu’il forme avec de Crécy, Zdar sort Pansoul, un des albums fondateurs de la French Touch. Puis avec Cassius, un premier single, Foxxy, qui sera présent sur le premier album aujourd’hui culte du duo : 1999. Les fondations sont alors posées et les tubes sont multiples. S’en suivent alors deux des très bons albums, un peu oubliés : l’excellent Au Rêve au 2002 – leur Titanic comme ils disaient – à réécouter impérativement, sur lequel on retrouve -M- aux guitares. Et le détonnant 15 Again, avec son inévitable Toop Toop. Puis vient le maxi The Rawkers en 2011, et l’international I <3 U So, avant un quatrième album en 2016. 

En studio

Bien qu’ingénieur du son, Zdar était aussi un producteur. Plutôt un réalisateur artistique, à vrai dire, tant le terme de producteur est polysémique. Un des premiers titres où il apparait en cette qualité, c’est sous le pseudo de DJ Phuck, sur Sans Rémission, écrit par BoomBass, et figurant sur l’album de The Mighty Bop cité plus haut. Mais ce duo producteur-compositeur va prendre tout son sens lorsqu’ils rencontrent alors le jeune MC Solaar. Ils vont composer et produire les quatre premiers albums du rappeur, à commencer par l’incontournable Bouge de là. « Je me suis toujours senti producteur. J’ai toujours donné mon avis, je peux pas faire vraiment autrement (…) Je m’en rappelle très bien sur Bouge de là j’ai dit «  faut mettre une basse, faut qu’on rajoute ci, faut qu’on fasse un tambourin  » ».

En 2004, il réalise une grande partie du mixage du premier album de Sébastien Tellier, Politics, dont La Ritournelle, « mon mix préféré de toute ma vie  ». Mais là où l’ampleur de sa qualité de producteur se perçoit vraiment, c’est lorsque Phoenix frappe à sa porte. Après trois albums et une renommée murement construite à l’internationale, notamment grâce au succès If I ever feel better, issu de United sur lequel Zdar avait déjà été invité, Phoenix cherche l’inspiration pour sa quatrième composition. « Truffaut écrivait dans une chambre d’hôtel. Alors on a voulu faire pareil. On a pris une chambre d’hôtel pendant un mois à New York. Puis une péniche sur la Seine. Mais on n’avait rien. » Le groupe demande alors à Zdar s’il peut squatter son studio, appelé symboliquement Motorbass. Puis Zdar écoute quelques secondes de ce que fait Phoenix. Puis un peu plus. Il les guide. À l’arrivée, c’est l’album le plus célèbre du groupe, porté par les guitares impétueuses de Lisztomania et la fougue de 1901. Il reçoit pour cela un Grammy Award. Il récidivera pour leurs albums suivants. Il produit alors The Rapture, Two Door Cinema Club ou encore Housse de Racket. En 2005, aux côtés des membres de Air et de Dimitri From Paris, celui qui travaillait uniquement en studio et à l’analogique reçoit l’insigne de Chevalier des Arts et des Lettres. 

Père de trois enfants, Zdar a chuté accidentellement de son immeuble parisien mercredi après-midi, quasiment dans les mêmes circonstances que son ami du label fédérateur Ed Banger Records, DJ Mehdi, mort en 2011. En ce jour de fête de la musique sort Dreems, cinquième album de Cassius, l’occasion de célébrer un peu plus le travail des deux comparses et de se remémorer vivement le travail minutieux de l’artiste qu’était Zdar. Aujourd’hui, on peut dire sans rougir que, si les États-Unis ont Rick Rubin, la France, elle, a Philippe Zdar. 

En solo, en groupe ou comme producteur, Philippe Zdar tout en musique, à retrouver en une playlist sur YouTube.

Victor Costa

Bordeaux-Sud

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