MUSIQUE EN BREF – Une fin de printemps éclectique

Tous les 15 jours, Maze vous offre un tour d’horizon des dernières sorties musicales. Voici une sélection de onze nouveaux disques, de tout genres et horizons, pour se préparer au bel été qui arrive.

Bruce Springsteen – Western Stars

45 ans que Bruce Springsteen, jeune fou de bientôt 70 ans, raconte l’Amérique. La sienne, celle des fils d’immigrés du New Jersey, des folles nuits de New York, des grands espaces. Dernièrement, il s’est raconté, lui, en résidence pendant plus d’un an dans un théâtre de Broadway seul avec sa guitare. Désormais, The Boss tourne son regard et ses chansons vers la Californie, une certaine idée du paradis pour lui. Elles sentent le bitume des routes qui semblent sans fin, la chaleur du désert, racontent la fin des acteurs d’Hollywood fatigués, et la vie qui semble plus douce au soleil. En plus de sa voix invincible, Bruce Springsteen nous gratifie de ribambelles de cordes et de cuivres, histoire de magnifier une énergie intacte. Non content de sortir un album solo, le Boss annonce déjà un prochain disque à l’automne, cette fois avec ses éternels camarades du E-Street Band et… une tournée à suivre. On a hâte.

Coups de cœur : Tucson Train, Western Stars, Somewhere North of Nashville

Sortie le 14 juin

Kevin Dufrêche

The Divine Comedy – Office Politics

Depuis 30 ans qu’il nous embarque dans sa folie, on n’est plus vraiment surpris par la pop orchestrale de Neil Hannon alias The Divine Comedy. Le Britannique joue seul dans son couloir depuis bien longtemps, et fait son bonhomme de chemin, attirant toujours la critique dans ses filets, sans faire plus de bruit au près du grand public. Office Politics, son douzième album, est le fruit de trois ans de travail. Un double album merveilleux, où chacun trouvera ce qu’il est venu chercher. Neil Hannon y décrit avec toujours autant d’humour l’absurdité de notre monde ultra connecté, la vie de bureau, la routine, la dépression, les petits bonheurs du quotidien, l’amour, la fausse haine, les futilités. Non The Divine Comedy ne révolutionne ni la musique ni la société, mais ce n’est pas le but : le seul objectif, c’est faire la musique qu’il aime, en parlant des gens qui l’écoutent. Office Politics est un petit bijou pop et subtil, où la modernité des synthés sait trouver sa place, au milieu de la tradition musicale des cuivres et des percussions acoustiques.

Coups de cœur : Norman and Norma, Infernal Machines, Psychological Evaluation

Sortie le 7 juin 

Kevin Dufrêche

Vanishing Twin – The Age of Immunology

Cela fait longtemps qu’on n’avait pas entendu un tel disque psychédélique, semblant en dehors de l’espace et du temps. Collectif londonien bâti autour de la belge Cathy Lucas, Vanishing Twin mêle explorations sonores façon The Notwist et lyrisme dépouillé à la Fleet Foxes, le tout dans un univers onirique que n’aurait pas renié Grizzly Bear ou même Stereolab, pour la touche dadaïste. A la fois folk, tribal, krautrock et pop, naviguant entre des sonorités acoustiques (faisant part belle à la flûte et aux sublimes arrangements des cordes) et électroniques (le disque sent l’analogique à plein nez) avec une grande précision, il livre avec The Age of Immunology un pur sabbath auditif, à la fois trouble et apaisé, joyau d’une extrême finesse comme on en fait plus beaucoup. Le tout dans une esthétique envoûtante et hautement mystique conviant autant les films de Jodorowsky que la SF des années 60, avec des soubresauts très modernes, non loin des français de Catastrophe (le surprenant Planète Sauvage). Oubliez définitivement Tame Impala : en 2019, ce sont les Vanishing Twin qui vont faire vos nuits hallucinées.

Coups de cœur : Wise Children, Cryonic Suspension May Save Your Life , You Are Not An Island, Invisible World

Sortie le 7 juin

Camille Tardieux

Avishai Cohen – Arvoles

Plus de vingt ans qu’Avishai Cohen irradie la planète jazz avec sa contrebasse et son jeu si particulier, corporel et incarné. Si la puissance du maître n’est plus à démontrer en concert, ses albums studios manquent, parfois, un peu de reliefs à l’image de cet Arvoles (“arbres” en ancien hébreux ladino) dont on aurait aimé toucher les cimes. Toujours très agréable et coloré, mené par des percussions, des cuivres et un piano à toute épreuve, on retrouve les ostinato instables et les ambiguïtés rythmiques chères au musicien, avec ses mélodies à tiroirs aux teintes quasi impressionnistes. Cependant, une pointe de naïveté désarçonne et tend parfois à une mièvrerie dispensable (le morceau-titre Arvoles, Gesture #2), obstruant l’aspect somptueux et onirique de ses compositions. Mais tout cela n’est que bien peu de choses face à la virtuosité et la poésie dont fait preuve une nouvelle fois Avishai Cohen, entre amples arpèges (Nostalgia), ballades harmoniques (Childhood), obsessions rythmiques (Gesture #1) et hommages appuyés (New York 90’s). Un plaisir pour les néophytes comme les connaisseurs.

Coups de cœur : Simonero, Face Me, Childhood (for Carmel), Gesture #1

Sortie le 7 juin

Camille Tardieux

Penelope Antena – Antelope

Enregistré à la campagne, au milieu d’une forêt, chez ses parents également professionnels de la musique, Antelope est le premier album de la jeune belge Penelope Antena. Orchestrations soignées, production moderne, un disque où les voix, claviers et surtout les effets sont rois, évoluant entre r’n’b et sonorités ambient. S’il est impossible de ne pas penser à James Blake ou Frank Ocean en l’écoutant, elle étonne par sa transposition de ces influences urbaines à un univers plus organique et minéral, toujours sur le fil du rasoir. Ne reste plus à espérer qu’elle ne succombera pas, à l’avenir, aux sirènes d’une pop plus consensuelle qui pourrait détruire ce supplément d’âme qui fait toute la saveur et l’intérêt du projet.

Coups de cœur : Above All Things, 211 Home

Sortie le 14 juin

Camille Tardieux

JAMBINAI – ONDA

Après un premier EP en 2010, le groupe de post-rock coréen JAMBINAI livre son troisième album, ONDA. On y retrouve l’alliage détonnant qui fait la force et l’originalité de la formation, à savoir le mélange d’instruments électriques et traditionnels (représentés par le haegum et le geomungo). De Sawtooth et sa boucle harmonique que n’aurait pas renié Philip Glass au morceau-titre ONDA, le voyage se fait tantôt palpitant, tantôt ennuyeux. Car même si le disque contient certains sommets (In The Woods, Small Consolation), certains pans semblent moins glorieux, à l’image du franchement bordélique Event Horizon ou du chant kitsch et guindé parcourant Square Wave. Un son qui finit par s’avérer hélas beaucoup trop répétitif pour emporter totalement l’adhésion, conviant éternellement les mêmes motifs et types de structures. Reste la variétés des rythmes et nuances employés, d’une grande richesse, qui donne à l’ensemble des couleurs uniques.

Coups de cœur : Sawtooth, In The Woods, Small Consolation

Sortie le 7 juin

Camille Tardieux

Basile Di Manski – Transworld

Après trois ans passés chez Pain Surprises (Jacques, UTO…), Basile Di Manski, petit protégé discret du label, présente son premier album, Transworld. Si son esthétique exacerbée et “néonisée” peut interloquer au premier abord, cette composition se dessine définitivement comme étant une pépite composée essentiellement d’autotune et de bonnes ondes. En douze titres, Di Manski convainc pleinement en convoquant des thèmes contemporains, ceux d’un monde déshumanisé, ou la technologie est omniprésente et contrôle les vies et les mœurs. Une belle promesse, trois ans après In Camera, qui abordait une esthétique langoureuse et éthérée, et un an après la sortie de Personal Point Break, joyeuse composition surf cependant en demie teinte. Transworld propose une transition nouvelle en éloignant l’artiste des morceaux plus de son passé pour proposer un travail plus sérieux et abouti. 

Coups de cœur : Levitate

Sortie le 14 juin

Caroline Fauvel

Rivière Monk – Explorers (EP)

Pour ce deuxième EP, le duo franco-caribéen s’est entouré de deux chanteurs. Une electronica hédoniste, sorte de bombe à danser estivale à base de pop synthétique léchée. Pas très loin de M83, DBFC et autre Confidence Man, Explorers subjugue par sa production, impeccable, quitte à manquer d’aspérités et à lorgner vers des côtés un poil kitsch. Mêlant sonorités analogiques et numériques, où les influences tropicales se mêlent à des dimensions plus spatiales, il convie aussi, dans ses détails, une atmosphère rappelant les bandes-originales de Clint Mansell ou de Trent Reznor et Atticus Ross. Un EP qui souffre peut-être d’un coup de mou dans son milieu, mais qui demeure parfait pour les playlist à rallonge et les longues soirées d’été. L’exploration ne fait que commencer !

Coup de cœur : Understanding

Sortie le 7 juin

Camille Tardieux

B77 – Fleur (EP)

Léopold Schwaller et Luca Carbone, sont les deux individus qui se cachent derrière l’éloquente formation B77. Originaires de Suisse, ils proposent ainsi leur premier EP, Fleur, chez Half Awake Records (Papooz, Muddy Monk…), une composition électronique à l’énergie singulière qui parvient à transporter l’auditeur dans un parcours musical sinueux fait de mouvements rétros et initiatiques. Le duo excelle sur les compositions instrumentales comme l’attestent ces quatre morceaux, où la musicalité constitue une ossature dominante, laissant les voix en arrière plan, comme une touche subtilement conférée au morceau. Du plus léger (Song For The Kingdom), en passant par l’analogique (Child et A Friend), au véhément (Fleur) ; aucun de ces morceaux ne se ressemblent mais ils conservent chacun une unicité qui indique d’ores et déjà l’identité téméraire de l’électro-pop de B77.

Coups de cœur : Child

Sortie le 14 juin

Caroline Fauvel

La Belle Records – One Night Stand (Compilation)

Première partie annonciatrice d’une seconde, One Night Stands s’inscrit dans le travail de récollection du label parisien La Belle Records. Au programme de cette compilation comme on les aime, de la musique électronique mais pas que, celle-ci étant ponctuée d’élans funk, progressifs et pop. L’occasion idéale pour mettre en lumière ces artistes plus ou moins connus issus de la scène internationale, parmi lesquels Youkounkoun, Jungle Marvin, In Flagranti, mais aussi le DJ reimois Yuksek, qui oeuvre ici sous le nom de DESTINO pour un nouveau projet expérimental. Très organique, la composition laisse les morceaux se fondre les uns aux autres au sein de cet ensemble ensoleillé et coloré. Cette première partie de One Night Stands, qui intervient huit ans après les débuts du label, ne laisse espérer qu’une chose : que la suite soit tout autant à la hauteur, et qu’elle nous réserve également de belles surprises comme celles-ci.

Coups de cœur : Jungle Marvin (Niv Ast)

Sortie le 7 juin

Caroline Fauvel

Red Axes – Trips #2: In Vietnam (EP)

On parle trop peu de la scène israélienne electro et des nombreuses pépites qui s’y trouvent, à l’image des Moscoman, Niv Ast et, depuis un moment maintenant, Red Axes. C’est pourtant dans un courant rock, à Amsterdam, que les natifs de Tel Aviv, Dori Sadovnik et Niv Arzi, sous l’alias Red Cotton, feront leurs armes. Une première expérience qu’ils ne manqueront pas de décliner sous le nom Red Axes, dans leurs nombreux EPs et collaborations, à l’instar du titre Room 666 du Golden Bug, remixé avec génie dans une veine electro rock. Propulsé en 2014 sur le titre Papa Sooma chanté en brésilien par Abrao, le duo ne cesse depuis de faire transpirer ses voyages à travers ses compositions. Et ce n’est pas leur nouvel EP Trips #2 : Vietnam qui dira le contraire, nous embarquant cette fois, après un détour par l’Afrique sur le #1, aux confins du Vietnam, mixant justement tribal tech et pop asiatique ; livrant ainsi un quatre titres définitivement solaire et ô combien nécessaire d’écouter.

Coup de cœur : Hue

Sortie le 29 mai

Guillaume Lacoste

Camille Tardieux

ÉTUDIANT EN MASTER MUSICOLOGIE ET EN COMPOSITION ÉLECTROACOUSTIQUE A BORDEAUX. AMOUREUX DES SONS, DES MOTS ET DES IMAGES, DE TOUT CE QUI EST UNE QUESTION D'ÉMOTION, DE RYTHME ET D'HARMONIE.