Le retour de Justice sur grand écran

Après le documentaire A Cross the Universe (2008), Justice revient au cinéma avec Iris : A Space Opera by Justice. Nous avons été voir le film avant sa diffusion unique dans les salles, prévue pour le 29 août prochain. Bilan.

Retranscrire l’énergie d’un live en vidéo n’est jamais chose aisée pour le public : vidéos floues ou tremblotantes, qualité de son aléatoire, bras ou tête d’un inconnu qui surgit sur le côté… Mais qu’en est-il pour un groupe ? Xavier de Rosnay, moitié de Justice, raconte : « On a commencé à filmer nos tournées, notamment pour les personnes qui ne pouvaient pas y assister. Mais à chaque fois c’était raté, ce n’était jamais mieux que les vidéos du public en terme d’énergie ». Après avoir exploré la piste d’un film composé uniquement de vidéos au smartphone, le strict opposé s’est imposé : un film sans aucun public.

Teaser officiel

“Le but était de faire un objet intemporel”

Durant une heure, Iris : A Space Opera by Justice dévoile un live millimétré, adapté du live-show Woman World­wide, et concentré uniquement sur la performance sonore et visuelle du groupe pionnier de la french-touch. Xavier explique : « On a finalement trouvé que la solution n’était pas d’essayer de retranscrire l’énergie mais de montrer ce qui est beau à voir et beau à entendre dans un concert. » Et pour se faire, obligation de se détacher de l’obstacle premier : l’interaction entre le public et le groupe. Tout en donnant accès à la caméra à des lieux inédits sur scène. Armand Beraud, co-réalisateur avec André Chémétoff, rajoute : « Le but était de faire un objet intemporel. Le souci des captations c’est que ça vieillit très vite. Quand on a regardé celle de Pink Floyd, de leur live à Pompéi dans les années 70, on a réalisé qu’on pouvait encore le regarder aujourd’hui grâce à l’absence de public. » Mais que vaut un live sans public ?

Live de Pink Floyd

Une qualité sonore et visuelle étonnante

Indéniablement, le film est une réussite technique. Si le résultat impressionne côté visuel, à la fois minimaliste et recherché, le mérite revient principalement au son. Spécialement réalisé pour le cinéma, dans les studios de Luc Besson, le film dévoile une qualité sonore exceptionnelle, permettant de réécouter les titres – tels que les classiques Stress, Phantom ou We Are Your Friends – d’une oreille nouvelle. Gaspard Augé, seconde moitié du groupe, détaille : « La narration du film repose sur celle du show. Depuis qu’on fait des concerts, on essaye de proposer un crescendo visuel et technologique. Au début tu as l’impression que c’est un set-up assez limité et au fur et à mesure tu réalises que tout s’anime. » Avant de rajouter, à demi ironique : « Et même que les mecs bougent, de temps en temps. »

Impossible de rater les références aux années 70, que cela soit dans le titre et sa police ou les différents plans, rappelant autant Alien que 2001 : l’odyssée de l’espace. Avec un thème spatial toujours présent, notamment dans les plans de constellations, de planètes et d’étoiles. Gaspard relate : « Tous ceux de notre génération, du moins en France, ont grandi dans cet environnement rétro-futuriste, cette espèce d’utopie spatiale. Toutes les séries ou les dessins animés qu’on voyait enfant tournaient largement autour de la vie dans l’espace. C’est influencé autant par Blade Runner que Rencontre du troisième type. » Un propos partagé par Xavier : « Même quand on fait des choses nouvelles, car ce film ou ce concert n’aurait pas pu être fait il y a cinquante ans, on le fait toujours en pensant au passé ». « Il y a certains choix esthétiques, y compris dans nos habits ou nos coupes de cheveux, qui sont liés à ça » conclue t-il en riant.

Un résultat trop lisse ?

Malgré tout, cette perfection d’image reste presque trop lisse, sans l’âme du public et la cohésion de la foule. La position assise d’un cinéma n’aidant pas forcément à créer une ambiance de concert, malgré quelques sifflement, applaudissements et balancements de tête. En ressort l’impression d’un gros budget finalement davantage mis au service du groupe et d’un plaisir solitaire. Un avis d’ailleurs assumé par le duo. « On a fait ce film principalement pour nous, c’est avant tout un souvenir de luxe de notre tournée, déclare Xavier. On voulait proposer un film qui ne soit pas forcément facilement disponible, assez rare, puisqu’il n’y aura qu’une unique diffusion. Il y aura inévitablement du streaming mais on essaye de reculer ce moment le plus possible ». Alors on vous dit bravo, mais aussi de ne pas nous oublier. Because we are your friends.

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