CANNES 2019 – « Les Particules », métaphysique des mœurs

Le réalisateur Blaise Harrison conjugue les styles dans Les Particules, un premier long-métrage de fiction épuré et subtil porté sur les émois solaires de l’adolescence, présenté lors de la Quinzaine des réalisateurs et nommé pour la Caméra d’or.

Frontière entre la France et la Suisse, pays de Gex, tout près du plus grand accélérateur de particules en activité, le LHC. Pierre André (Thomas Daloz), ou PA, divague dans les méandres de l’adolescence et dans les couloirs de son lycée avec ses potes, Mérou (Salvatore Ferro), JB (Nicolas Marcant) et Cole (Léo Couilfort). Ils font de la musique pour le plaisir, sortent, se perdent, se rapprochent des filles. L’esprit de PA est cependant confus inerte face à ce qui lui arrive, aux changements induits par cette période de la vie où tout semble lui échapper.

Après avoir réalisé depuis 2006 plusieurs documentaires, courts et longs, notamment pour Arte, Blaise Harrison se jette à coeur ouvert dans la fiction, et saisit avec parcimonie le sujet qu’est l’adolescence le présentant dans son plus simple habit. Il fait le choix de filmer le pays de son enfance, le pays de Gex qui se dresse à la frontière suisse, un territoire à la foi austère et mouvant ; il fait également le choix de jeunes novices, des acteurs locaux, des gueules singulières qui collent parfaitement à leur personnage, masquant la limite ténue qui réside entre la réalité et la fiction ici.

La force du film c’est avant toute chose ses acteurs, des adolescents paumés jouant à la fois un réel singulier et universel, perdus entre deux mondes, c’est le temps des premiers émois, des bouleversements. La caméra occulte ainsi sans cesse la place des adultes, ils sont des voix en fond, des silhouettes criardes, des personnages lointains que l’on évoque alors à demi mot. La relation qui unie ces jeunes hommes est tangible, alors que les acteurs, issus du même lycée ne se connaissaient pas avant le casting.

Cette simplicité explicite, occupe le regard et l’esprit durant tout le film, à l’image du but même qu’à le LHC, qui est selon le médiateur qui le présente un objet créé par l’homme pour atteindre la simplicité. Le LHC (Large Hardon Collider) donne une sensation immanente d’un vide abyssal, comme si l’espace infini ses trouvait juste sous nos pieds, attribuant une dimension toute particulière au film, il lui confère une dimension métaphysique. Les Particules prend ainsi la tournure d’une production toute à la fois troublante et légère, qui saisit le spectateur sans même prévenir.

Le cinéma d’Harrison se mue ainsi dans un cadre nouveau, à la croisée des genre, teen movie, buddy movie, science-fiction, tous ces termes peuvent se rapprocher astucieusement de cette proposition artistique, l’image se veut sobre mais efficace, sans appartenance propre. En filmant ce territoire et ces individualités, il dépeint ainsi à l’écran un monde qui semble s’affaisser sous le poids des incertitudes et des croyances, et qui cependant s’épanouie et s’évapore dans les relations les plus primaires et sincères.

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master 1 Métiers de la Culture

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