Au cinéma, la représentation des LGBT+ en montagnes russes

© 2016 Netflix

S’il existe bien un reproche fait à beaucoup de scénaristes sur les personnages LGBT+ c’est la manière dont le dénouement se déroule : mort subite, bonheur inatteignable, dépression… Bref, ce que l’on retient est qu’il est impossible de ne pas être hétéro et heureux.

Si les représentations se sont améliorées, on ne peut pas dire que tous les personnages LGBT+ soient traités de la même manière que les personnages hétéros. Des feel-good movies à la déprime la plus totale, retour sur quelques films mettant en scène des histoires aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Des fifties à aujourd’hui : il est où le bonheur ?

Avant et même après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis règnent sur l’industrie mondiale du cinéma. Mais à l’époque, pas question de montrer des pratiques sexuelles jugées déviantes. Donc, pas d’homosexualité à l’écran. Certains réalisateurs parviennent, grâce au sous-texte de leur film, à caractériser leur personnage sans en faire trop.

L’un des maîtres de l’art du sous-texte n’est autre que Alfred Hitchcock. Dans plusieurs de ses films il intègre des personnages homosexuels mais de manière discrète. Si discrète, qu’avec nos yeux de spectateurs contemporains, il faut prêter attention au récit pour ne pas rater les subtilités d’écriture. Et dans tous ses films, rien ne se termine jamais bien pour eux. L’exemple le plus marquant est sans doute Rebecca.

Judith Anderson joue la glaciale femme de chambre.

Dans son film de 1940, le maître du suspense raconte l’histoire d’une jeune mariée. Lorsque celle-ci arrive dans la maison de son nouvel époux, elle constate que son ancienne femme, Rebecca, est toujours bien présente dans la demeure, malgré sa mort. Dans ce film, c’est le personnage de la femme de chambre qui est le plus intéressant. L’actrice Judith Anderson joue Mrs Danvers comme une femme austère et froide mais toujours incroyablement proche de son ancienne patronne. En un mot, Mrs Danvers aimait passionnement Rebecca. A l’écran, cela se traduit par une scène où elle fait visiter la chambre de la précédente maîtresse de maison. Elle ouvre tous les placards, caresse tendrement la nuisette transparente qu’elle a laissé derrière elle…

Mais bien sûr à l’époque, impossible pour un personnage aussi “horrible” que celui-là d’avoir un bel avenir. Après de longues semaines à torturer la nouvelle Mrs de Winter, Danvers périra dans un incendie. Quelle belle métaphore pour désigner où elle passera l’éternité : les flammes de l’enfer.

Les deux jeunes hommes habitent et planifient un meurtre ensemble.

D’une manière plus discrète dans la narration, Hitchcock place de temps en temps des personnages gays dans ses films. C’est le cas dans Rope (1948) où deux jeunes hommes partagent un appartement et semblent très intimes. Mais encore une fois, pas de fin heureuse pour eux. Criminels avérés c’est le personnage (toujours très droit) de James Stewart qui finira par les démasquer.

© Pathé Distribution

Des décennies plus tard, Ang Lee réalise Le Secret de Brokeback Mountain. Mettant en scène deux cow-boys tombant amoureux en 1963, la romance vire vite au désespoir lorsque les deux hommes doivent retourner à leur vie respective. Tous les deux mariés (avec des femmes), leur passion ne s’est pas éteinte pour autant.

Ce qui fait la force et la beauté de ce film, outre la justesse du jeu de Jake Gyllenhaal ou Heath Ledger, est la manière de représenter l’homosexualité masculine. La première scène de baiser entre les deux hommes est à la fois brutale et inattendue. Ils ne devaient pas tomber amoureux, ni même ressentir de l’attirance l’un pour l’autre. Ils se sentent dégoûtés par eux-mêmes mais ne peuvent pas lutter. C’est donc tout ça qui en fait un « secret ». Mais pas de fin heureuse pour les deux cow-boys, puisque Jack meurt, victime d’un crime homophobe.

Difficile cependant de contester qu’il existe de plus en plus de personnages LGBT+ dans les films et les séries. Pour le bien d’une représentation correcte ou tout simplement pour la diversité des personnages, il est important que les équipes scénaristiques se penchent sur la question de la visibilité.

Dans la série period drama, Downton Abbey, sortie en Angleterre en 2010, un personnage est présenté comme homosexuel dès le premier épisode. Thomas, joue un serviteur de la grande maison de la famille Grantham qui a du mal à s’accepter. Puisque la série débute au début du XXe siècle, elle dépeint de manière plutôt réaliste la place accordée aux homosexuels à l’époque. C’est-à-dire une place de parias.

© Carnival Films

Tout au long de la série, Thomas se bat contre sa sexualité qu’il ne parvient pas à assumer et qui, de toute façon, lui aurait coûté la prison si elle avait été révélée dans la maison. Downton Abbey présente de manière très intéressante le problème des thérapies de conversion. Il se rend à Londres pour suivre une thérapie et reprend le travail tout en continuant de s’injecter dans le corps des substances pour devenir hétérosexuel. Sans succès, la thérapie le rend encore plus malade. Désespéré, se sentant éloigné de tous ses collègues, Thomas tente de mettre fin à ses jours.

Un portrait très sombre et sans doutes bien plus léger que ce que les personnes homosexuelles de l’époque pouvait subir.

Dans la bande annonce du long métrage qui sortira sur les écrans au mois de septembre, les fans pourraient voir le début du bonheur pour Thomas. Les temps seraient-ils en train de changer ?

Des héros comme les autres ?

Que la finalité des histoires des personnages LGBT+ soit heureuse ou malheureuse, ce qui est souvent pris en compte par les scénaristes et les réalisateurs c’est surtout le chemin que prennent les personnages. Car, comme dans la vie réelle, ce sont des personnes qui doivent plus se battre. Ce qui rend une fin heureuse encore plus douce.

En exemple assez original on peut citer la série Netflix, Grace et Frankie. Sam Waterson et Martin Sheen jouent un deux avocats, la soixantaine passée, qui assument enfin leur homosexualité.

© 2016 Netflix

Robert et Sol ont été mariés pendant quarante ans avec des femmes. Et ont eu une liaison ensemble pendant une grande majorité de ces années. Mais comment, avouer son homosexualité quand on a grandi dans une famille catholique pour l’un, juive pour l’autre et surtout à une époque où l’on ne parle absolument pas d’homosexualité.

A la fois courageux et drôle, le portrait de ce couple assure de beaux moments. Car une fois divorcés, ils n’ont pas d’autre choix que de pleinement s’assumer. Au risque de perdre leur relation avec leurs enfants mais également professionnelles (étant deux grands avocats spécialisés dans les divorces).

Dans un autre registre, la BBC a diffusé en 2002 une mini-série de trois épisodes contant la vie de la jeune Nançy, se découvrant elle-même en découvrant le saphisme. Méconnu, cette série s’inspire d’un roman classique de la littérature lesbienne, Caresser le velours de Sarah Waters.

Nançy vit dans une petite ville au sud de l’Angleterre au XIXe. Sa vie lui semble insipide jusqu’à ce qu’elle rencontre Kitty, artiste de music-hall déguisée en hommes dans ses numéros. La plus jeune tombe sous le charme et part avec Kitty à Londres pour la joindre sur scène. Très vite, les deux femmes deviennent amantes. Mais dans l’Angleterre victorienne, impossible pour les deux femmes de se montrer. Ce qui entraîne évidemment des cœurs brisés mais surtout un parcours initiatique pour la jeune femme. Pour vivre heureux, vivre caché ? Peut-être.

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Enfin, impossible de parler des feel-good movies sur la communauté LGBT+ sans parler de Pride de Matthew Warchus. Inspiré d’une histoire vraie, le film raconte le choc de la rencontre entre un groupe de mineurs en grève en 1984 et un groupe de jeune gays et lesbiennes venus les soutenir. Le film part du principe que tous les opprimés doivent se serrer les coudes et sous le gouvernement Thatcher, ce sont les mineurs et la communauté LGBT+.

Pride n’est pas seulement un film léger. On trouve également le thème du SIDA, les débuts de la marché des fiertés et les questionnements sur la sexualité. Le petit plus du film est, lors du générique final, de voir ce que sont devenus les personnages : certains toujours vivants et actifs pour la communauté.

La Cage aux folles, Brooklyn Nine Nine, Moonlight, The Danish Girl, Holby City, Call me by your name, Carol Aujourd’hui, de plus en plus de films et de séries mettent en scène des histoires LGBT+. La représentation doit continuer d’évoluer, notamment dans le sens où les fins heureuses pour ces personnages sont légitimes et doivent être montrées. Alors à quand : « ils/elles vécurent heureux/heureuses et eurent beaucoup d’enfants ? »

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