Rencontre avec The Psychotic Monks – Égaux contre l’ego

© Vincent Bourre

Alors qu’ils viennent de publier leur deuxième album et qu’ils sillonnent actuellement l’Europe avec une tournée remarquée, nous avons rencontré le groupe français le plus intense de ces dernières années, à l’occasion de leur passage à Bordeaux.

Six mois après leur dernier passage dans la petite salle de l’Astrodøme en novembre dernier, The Psychotic Monks était ce mois-ci de retour à Bordeaux, dans le club de la Rock School Barbey. Installés dans les mêmes loges où nous avions rencontré Preoccupations en ce début d’année, les quatre garçons se présentent timidement, esquissant quelques blagues dans le calme et la bonne humeur. Paul (basse / claviers / chant), Clément (batterie / chant), Martin (guitare / chant) et Arthur (guitare / chant) se sont donc prêtés pour nous au jeu de l’entretien, avec une franchise et une sincérité désarmante qui nous marquera longtemps.

Pour commencer, je tenais à vous féliciter pour ce nouvel album, Private Meaning First, qui est à mon avis une véritable réussite.

Paul : Merci, c’est très gentil, on a sorti ce truc sans savoir s’il fallait vraiment le faire ou pas..

Clément : On était complétement perdus à sa sortie.

Paul : C’était un peu pareil pour le premier disque, et ce sera peut-être tout le temps pareil finalement.

Vous semblez entretenir un rapport très particulier avec la scène : c’est là où vous semblez vous révéler, vos performances étant réputées comme abrasives et très marquantes. Quels liens tissez-vous avec elles ?

Martin : C’est l’aspect humain qui nous plaît d’abord.

Clément : Et puis ça a été la première grosse claque, depuis la tournée de 2016, où nous sommes partis pour la première fois dix jours d’un coup. Nous sommes revenus en nous demandant ce qu’il s’était passé, avec l’envie de continuer à fond.   Ça a agi comme une drogue, c’est là où nous nous sommes découverts, où l’on se transforme, où l’on se soigne aussi.

Martin : C’est presque schizophrénique par rapport au studio, où notre travail va être influencé par les films qu’on regarde, les livres qu’on lit, ce qu’on a en tête et ce qu’on accumule sur la route. Mais à partir du moment où on a commencé à faire des tournées ça a dévoilé une sorte de nudité dans les rapports humains, ce qui a forcément un impact sur la musique ensuite. Chaque tournée, chaque date nous change profondément, pour le meilleur ou pour le pire. Entre le studio et la scène, nos morceaux sont différents, mais bizarrement nous avons un peu le même rapport lorsque l’on construit nos concerts et lorsque l’on construit nos disques. On essaie de créer une histoire, comme un film. On aime bien prendre le studio comme un laboratoire d’expérimentation, ce qui nous permet des arrangements impossibles sur scène.

Clément : Et c’est aussi plus facile pour nous de faire du live puisque nous avons moins d’expérience en studio finalement, ce qui est une forme de choix.

Martin : A chaque session d’enregistrement, on a du mal à figer la musique. Je pense que c’est ça qu’on aime aussi avec les concerts, quand les morceaux se transforment.

Clément : On a aussi plus de mal à se lâcher en studio. Pour ce disque c’était la première fois qu’on se retrouvait dans un vrai studio, à travailler avec un label, c’était intimidant mais passionnant.

Arthur : Enregistrer un disque est quelque chose d’extrêmement violent, une sorte d’accouchement, c’est assez bouleversant.

Martin : Et puis on a jamais vraiment arrêté de tourner depuis le premier album, donc toute la musique que l’on crée est influencée par la scène.

Avez-vous d’ailleurs inclus des prises « live » dans vos disques ?

Arthur : C’est un peu toujours ce que l’on cherche, être ensemble dans la même pièce, restituer cette ambiance.

Martin : Mais pour l’instant seulement deux titres ont pu être vraiment enregistré en une prise, les deux morceaux les plus longs : Sink, sur notre premier album, et Every Sight sur le nouveau. A part les voix que l’on a refaites après, tout a été réalisé sur le moment, improvisé.

Clément : C’est vraiment une phase dans l’enregistrement qui nous a reconnectés avec notre facette « live ».

Session live comportant deux titres du nouvel album, Isolation et Every Sights,
publiée près d’un an avant la sortie du disque.

Vous revendiquez une forme d’unité, aux antipodes du groupe de rock avec le frontman et ses musiciens. À quel point cela est contrôlé ?

Clément : En fait c’est quand même Arthur le leader (rires). Plus sérieusement, en effet ça relève d’une forme de volonté.

Arthur : C’est venu un peu tout seul en fait, petit à petit, inconsciemment, sortir des schémas. Cela peut marcher pour la majorité des projets mais pas pour nous. On est pourtant fan des Bad Seeds, où pour le coup c’est tout est centré sur Nick Cave, un univers qui leur va super bien, mais nous on a voulu autre chose. On en discute tous les jours pour que ce soit un projet où chacun puisse s’exprimer, que personne n’ait de regrets. On a tous des univers différents mais nous voulons remettre en question cette culture de l’ego très liée à la condition d’artiste. Questionner ça, c’est un peu politique aussi.

Clément : C’est une forme de microsociété, presque communiste, une tentative de démocratie. Après si on trouve un Iggy Pop un jour, je suis quand même partant pour essayer (rires).

Martin : C’est ça aussi, si on avait eu d’autres caractères, quelqu’un serait devenu frontman, mais là c’est comme ça, on a besoin de tous se sentir égaux.  Du coup on discute beaucoup, pour être sûr que ce qu’on l’on vit nous convient à tous. Et si un seul membre ne partage pas l’avis des autres, alors on laisse tomber.

Paul : On doit rester connectés à nos envies. A force de vivre ensemble, en tournée ou dans la vie, puisque Arthur, Martin et moi sommes en coloc, on a ce truc où il faut parler. Lorsque l’on se retrouve en répétition, si l’un de nous n’est pas dedans pour X raison, un rêve perturbant, une histoire la veille, bref quelque chose qui fait qu’il est déconnecté de ce qu’il se passe alors on essaie de se transmettre ça très rapidement, on finit par le sentir très vite quand quelque chose ne va pas. Du coup on passe parfois beaucoup plus de temps à discuter qu’à faire de la musique.

Clément : Mais c’est aussi fort qu’une répétition au final, ça marche aussi bien.

Justement, pouvez-vous nous raconter un peu comment vous avez conçus ce deuxième album ?

Arthur : On a enregistré dans trois lieux différents, pour sortir un peu de notre studio qui se trouve en banlieue parisienne. Changer de décors permet de se retrouver seul avec soi-même, nez à nez avec des choses que tu refoules, des questions qui sont importantes lorsque tu fais un disque. On est partis d’abord dans une maison à Sermur,  un petit village dans la Creuse, dans une baraque bien trop petite où on était tous les uns sur les autres.  On a investi le salon et la cuisine pour enregistrer,  mis le mobilier dehors. La maison était mal insonorisée, ce qui rends les nuits difficiles quand tes potes expérimente sur du noise jusqu’à 5h du mat pendant que t’essais que dormir (rires). Mais c’était cool, car ça a complètement conditionné nos morceaux, donné un ton. On avait l’impression d’être dans un film post-apocalyptique, on ne croisait personne, heureusement deux potes étaient avec nous et nous ont empêchés de devenirs fous (rires). C’est arrivé après huit mois de tournée, ça a donc été assez psychanalytique aussi, ça nous a permis de vraiment nous retrouver. On a eu ensuite la chance de rencontrer Vicious Circle, un label indépendant basé à Bordeaux, qui nous ont permis d’aller dans un super studio, Vega, où l’on a fait 80% des prises. Le reste a été enregistré chez nous, à St-Ouen.

Clément : Parce qu’il fallait un peu de St-Ouen quand même (rires).

Les membres du groupe posant devant la maison où a débuté l’enregistrement du nouvel album, en juillet dernier. – © The Psychotic Monks / Facebook

Au niveau des influences, en vous écoutant, on pense à des dizaines de groupes, des Floyd au Velvet en passant par les Swans, Joy Division ou encore Idles.  Comment composez-vous avec elles, parvenez-vous à vous en détacher ?

Paul : Pink Floyd, ça m’a beaucoup inspiré pour les claviers en effet. J’ai relevé beaucoup de leurs morceaux pour comprendre comment cela fonctionnait, avant de réaliser qu’il n’y avait pas vraiment de logique (rires). Mais le but évidemment est de se détacher de tout ça.

Clément : On pique pleins de trucs mais on essaie surtout de se réapproprier.

Arthur : Mais finalement, à part les relevés que peut faire Paul, rien n’est étudié dans le sens où on écoute tellement de choses à répétitions qu’on finit par être influencé qu’on le veuille ou non. On est surtout réceptifs à certaines visions de la musique, celle des morceaux apocalyptiques de Syd Barrett pour revenir aux Floyd par exemple, cette forme de génie. Mais il y a tellement eu de choses faites avec ces formules musicales depuis 60 ans qu’on prend les choses que l’on aime selon les décennies et les périodes et on les utilise comme des matériaux, en les mélangeant, en essayant d’éviter les choses trop connotés, pour se trouver.

Martin : On a assez peur des étiquettes, d’être simplement catégorisé comme un groupe de psyché, de noise ou de stoner. On passe énormément de temps à découvrir de la musique, à se faire écouter des trucs. On s’influence énormément en s’efforçant d’écouter pleins de choses différentes pour ne pas s’enfermer dans un style.

Un titre m’a beaucoup obsédé dans votre dernier album : il s’agit de Minor Division et de sa boucle finale se désintégrant peu à peu. D’où vient ce procédé ?

Clément : Pour le coup on a été beaucoup influencé par Protomartyr et Nine Inch Nails, et plus particulièrement le morceau The Background World, cette sorte de destruction de signal qui s’étend sur plus de onze minutes.

Arthur : Je crois qu’au final on a juste voulu « Nineinnailiser » du Beach Boys (rires). Ce qui est drôle c’est qu’on a reçu un message d’un fan, il y a quelques temps, qui croyait que son vinyle était défectueux à cause de ce morceau.. Au fond c’est le meilleur message que l’on pouvait recevoir, cette dimension extra-musicale qui touche au physique.

Votre album se divise en deux chapitres et un épilogue, le premier album en comportait quatre. D’où vous vient cette façon de fragmenter la musique, conceptualiser la narration ?

Arthur : Ce n’était pas vraiment recherché, je crois qu’on a surtout besoin d’images pour donner du sens à tout ça. L’année dernière par exemple, on a eu une période où on regardait beaucoup de films de Cronenberg, avec cette idée de transformation et de mutation qui nous a donné pas mal d’idées.

Paul : Après on n’a pas envie d’imposer une vision, on a tous des lectures différentes et c’est pareil pour les auditeurs.

Martin : Ces liens entre des arts et des œuvres permettent cette liberté, livrer des clés d’interprétation sans imposer quoi que ce soit.

Clément : Mais on ne cherche pas non plus à faire des concept-album, ce n’est pas si conscient.

La pochette du disque est assez percutante, par sa radicalité comme son minimalisme. Comment est-elle née ?

Arthur : C’est une amie à nous, Charlotte Clément, qui l’a réalisée après avoir écouté les premiers mix. C’est son interprétation et on a tous flashé dessus.

Paul : Le côté minimaliste et simple était fort, alors que le disque était lui très dense, très fourni, ce qui crée un beau contraste.

Private Meaning First, deuxième album du groupe sorti le 29 mars dernier.

Au niveau des paroles, comment se passe l’écriture ?

Clément : On chante tous un peu dans le groupe, à tour de rôle ; celui qui chante une partie écrit ses paroles. Tout part souvent d’une mélodie, d’une ligne de voix, et l’écriture vient ensuite. On se fait confiance, on se les fait quand même lire mais si cela va à tout le monde alors c’est bon.

Paul : Parfois des lignes de textes se mélangent, on récupère des « chutes » de texte des uns et des autres. On ne se met pas de barrières : à partir du moment où l’un d’entre nous prend la parole, même si certains morceaux sont chantés par plusieurs d’entre nous à sa conception, on finit toujours pas arriver à une seule voix.

Cela paraît presque magique, ce partage et cette répartition des rôles au sein du groupe. Rassurez-moi : vous passez quand même par des phases de disputes ou de désaccords parfois ?

(A l’unisson) Oh oui (rires).

Clément : Ça arrive en effet, mais ça pourrait vraiment être pire. Comme on se base sur le ressenti et qu’on cherche vraiment à placer l’ego de côté, on fait tous les quatre beaucoup d’efforts pour se mettre à la place des autres. Lorsque l’un de nous ressent quelque chose, on cherche à tout prix à le comprendre.

Martin : C’est génial d’avoir cette confiance, on sait qu’on peut tout se dire.

Arthur : C’est comme dans un couple, il y a des fois où ça ne va pas mais après un bon petit concert ça repart (rires).

Clément : Et puis sinon on finira comme Metallica, on ira voir un psy (rires).

Paul : Je pense surtout que notre envie musicale, notre volonté de fonctionner ensemble fait qu’il y a quelque chose qui dépasse tout ça. C’est important pour notre musique, où l’on va chercher parfois des choses assez profondément en chacun de nous, de savoir que nous ne sommes pas seuls. Croiser un regard sur scène, voir un sourire, sentir les mêmes choses, c’est un réconfort.

Avant de commencer de cette tournée, vous avez participé à une session KEXP (célèbre radio américaine à la pointe du rock indie, ndlr), ce qui est assez rare pour des français. Comment cela s’est passé ?

A l’unisson : On a rien compris (rires).

Clément : On était ultra stressé, il était 10h du matin, c’était le jour de notre passage au Trans Musicales de Rennes. Une journée où on a fait la session KEXP le matin, une session FIP dans l’après-midi et enfin notre concert sur la scène du festival, vers minuit et demi, en se demandant ce qu’il se passait. On a fini par errer un peu chacun de côté, la nuit, en se retrouvant de temps en temps et en se disant : « Ça va toi ? Moi j’ai toujours rien compris.. ». C’était un rêve.

Arthur : On regarde ces sessions depuis dix ans, on a découvert tellement de groupes sur cette chaîne.

Paul : On avait vraiment envie qu’il s’y passe quelque chose, on s’est mis la pression. Quand on a appris qu’on allait faire ça, on a eu dix jours de déni total, on y croyaient pas.

Clément : Du coup on est repartis avec pleins d’autocollants (rires).

Session KEXP enregistré au Musée de la danse à Rennes le 8 décembre 2018,
pendant les Trans Musicales, et publié le 9 mars 2019 sur internet.

Vous partez encore une fois pour une grosse tournée, en France mais aussi en Europe. Y’a-t-il des concerts que vous attendez plus que les autres ?

 A l’unisson : La tournée en Angleterre (le groupe passe par Londres, Manchester, Leeds, Hull et Brighton en mai, ndlr).

Paul : Je pense que ça va vraiment définir la musique qu’on va faire dans un an (sourire).

Clément : Surtout qu’on va vraiment jouer aux côtés de groupes de malades, on va se prendre pleins de claques. 

Arthur : Ce n’est pour dire du mal de la culture française, mais la majeure partie des choses qui nous inspirent vient de là-bas.

Martin : Le Check In Party cet été aussi, on va essayer de se faire les trois jours. On était dans les premiers noms, à deux lignes de Patti Smith.. C’est un peu surréaliste quand même.

Est-ce qu’il y a des groupes dont vous vous sentez proches aujourd’hui, en France ou ailleurs ?

Arthur : Humainement, on a rencontré des gens très chouettes en France, toute la clique du Flippin’ Freaks à Bordeaux notamment, avec Th Da Freak, Siz, etc.. Ce n’est pas forcément la même musique mais c’est la même intention. Lysistrata aussi, qui sont chez Vicious Circle.

Clément : Et puis Johnny Mafia, Electric Retro Spectrum, ce genre de choses. Toute une scène vers Poissy aussi, pas mal de groupe qu’on croise au final, très humains, qu’on est bien content de pouvoir rencontrer.  

Arthur : Des groupes français parfois plus connus à l’étranger qu’ici d’ailleurs. Et puis à chaque fois qu’on sort de France on a l’impression de franchir un portail et de se retrouver dans une autre réalité, dans un rêve. Il y a des choses auxquels on se heurte en France qui sont permises là-bas, qui vont plus loin, et ça nous inspire beaucoup. Ce qui pose la question de qui se trouve en face de toi, à qui tu t’adresses, comment raconter quelque chose avec les gens qui sont là.

Paul : Ce qui nous pousse à ne pas faire une musique de niche, totalement hermétique, mais populaire dans le bon sens du terme, très ouverte.

Clément : Les meilleurs concerts sont ceux où l’on plaît aux gens du public mais aussi aux programmateurs, aux gens présents partout autour. Les Trans Musicales ont été magiques pour ça puisque des gars de la sécurité sont venus nous féliciter après le concert ! Ce qui donne l’impression de faire de la musique pour les gens, de manière générale.

Arthur : Le live à cette dimension humaine là, faire passer des émotions de manière directe.

Justement, qu’est-ce qui a changé depuis les débuts du groupe ?

Paul : J’ai plus de cheveux !

Clément : Nous.

Arthur : On a découvert que l’effondrement de la civilisation était imminent, qu’il nous restait 5 ou 6 ans, l’absurdité de l’existence, et c’est déjà pas mal (rires).

 © The Psychotic Monks / Facebook

Alors que nous quittons la formation le sourire aux lèvres, encore bouleversés par ces éclairs de vie et de pensées qu’ils viennent de délivrer, nous nous arrêtons quelques instants voir les balances de Wizard, groupe Bordelais programmé en première partie ce soir-là. Un set tout en headbang et en stage diving, parfait pour se mettre en condition. Car la performance des Psychotic Monks, ce soir-là, sera apocalypse ou ne sera pas. Les mots manquent devant une telle démonstration de catharsis musicale, purge de l’ethos livrée sans filtres, parsemée d’éclats de violence, de grâce et surtout d’émotions sous haute tension. Des pics d’intensité dont il sera difficile de sortir indemne, à l’image du tétanisant Every Sight, tout en sueur et en sang, qui ferait presque passer les prêcheurs évangélistes pour des acteurs de série B.

Batterie contre claviers, guitare contre chant, face au public et avant tout face à eux même, les Psychotic Monks sont certainement le remède aux maux de notre époque et à cette guerre permanente qui place l’être au dessus de tout, rongeant les âmes comme les esprits, en y apportant une alternative salvatrice : l’unité comme valeur absolue.

Camille Tardieux

ÉTUDIANT EN MASTER MUSICOLOGIE ET EN COMPOSITION ÉLECTROACOUSTIQUE A BORDEAUX. AMOUREUX DES SONS, DES MOTS ET DES IMAGES, DE TOUT CE QUI EST UNE QUESTION D'ÉMOTION, DE RYTHME ET D'HARMONIE.

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