MUSIQUE EN BREF – Voyages cosmopolites

© Altin Gün

Tous les 15 jours, Maze vous offre un tour d’horizon des dernières sorties musicales. Cette fois-ci, ce sont la Grèce, l’Algérie, les États-Unis, le Canada et la France qui sont au programme de notre nouvelle sélection.

Altin Gün – Gece

Qui a dit que les reprises étaient ringardes ? En 2018, ils dévoilaient leur premier album On, réinventant alors les standard du rock psychédélique turque des années 70, âge d’or du rock anatolien. Révélés aux Transmusicales de Rennes, le groupe psyché-pop Altin Gün est revenu comme une fleur en ce début de printemps pour présenter leur nouveau disque, Gece (la nuit). Après un périple aride sous soleil orange, le voyage du septet turco-néerlandais se prolonge sous les étoiles. Mêlant toujours à merveille musique traditionnelle et sonorités électroniques modernes, les nouveaux protégés du label Suisse Bongo Joe nous offrent un album groovy et envoûtant sans perdre les accents folk si singuliers qui leurs sont chers. Un délicieux cocktail qui risque d’éclairer plus d’une nuit d’été.

Coup de cœur : Süpürgesi Yoncadan

Sortie le 26 avril

Pauline Pitrou

Mohamed Lamouri & Groupe Mostla – Underground Raï Love

Un clavier sous la main et une voix déchirante à faire pâlir la lune : depuis dix ans, Mohamed Lamouri disperse sa poésie orientale sur la ligne 2 du métro parisien. Approché par plusieurs maisons de disques avec lesquelles il refuse de collaborer, il signe finalement son premier album Underground Raï Love sous le label indépendant Almost Musique. Sa voix grave, éraillée, comme une complainte, porte en elle la souffrance et la douceur. Tantôt en français, tantôt en algérien, l’interprète livre un album troublant de sincérité aux allures de lamentation presque mystique. Accompagné par les musiciens du Groupe Mostla, le jeune homme originaire de Tlemcen en Algérie sublime le raï et bouleverse par son authenticité. Un artiste tout droit sorti des tunnels qui ne tardera pas à flirter avec les sommets.

Coups de cœur : Ana Rani, Rire Anti

Sortie le 26 avril

Pauline Pitrou

Gontard – 2029

2029 marque, dans la sphère française, l’arrivée d’un concept-album d’un nouveau genre : celui qui dissèque, avec des mots forts, le quotidien d’une ville fictive aux allures bien réelles (Gontard-sur-Misère, commune de 33 000 âmes à la municipalité aux motivations politiques douteuses) dans toute sa dureté et sa violence sociale en trente minutes chrono. Épaulé par le beatmaker Vincha, Gontard donne à cet univers des noms et des situations bien trop réalistes où tout le monde en prend pour son grade, décrivant à la fois faits divers (Aigle Royal), crise de l’emploi (Kevin Malez), désillusions amoureuses (Prolétaires), l’opportunisme, les impostures, le désœuvrement, la culture au rabais et les destins brisés (Chanteur de variétés). Entre rap conscient, spokenword et chanson, Gontard touche au cœur, qu’on aime ou pas ce registre si particulier et pourtant révélateur d’une certain aspect de la société actuelle, comme l’échelon manquant entre Abd El Malik et Michel Cloup. Une dystopie made in France aux échos dérangeants mais nécessaires.

Coup de cœur : Hôpital Tue

Sortie le 26 avril

Camille Tardieux

Vampire Weekend – Father of the Bride

Par où commencer. On se rappelle de la folie meurtrière qui nous faisant entrer en transe lorsque Diane Young débarquait sur les ondes. On se remémore avec passion les moments d’éclats et de joie entre amis sur A-Punk. Absolument rien de ce qui fait le succès de Vampire Weekend n’est présent dans leur nouvel album. On ne peut pas dire que c’est décevant d’un point de vue musical : une petite folk pop douce n’est jamais désagréable à l’oreille. Mais il est particulièrement ahurissant de voir que le jeune groupe New-Yorkais complètement barré a perdu son je-ne-sais-quoi de folie. Les duos avec Danielle Haim sont mielleux, les balades soporifiques, les coups de boost ont l’effet d’un pétard mouillé, bref, l’écoute complète de l’album ne fait qu’enchaîner déceptions et larmes de nostalgie. Où sont passés Ezra Koenig et sa bande ? Où a disparu leur génie créatif d’antan ?

Coup de coeur : Aucun.

Sortie le 3 mai

Sofia Touhami

Sunn O))) – Life Metal

Après avoir sillonné l’Europe en passant par la France lors d’une tournée événement en avril dernier, grands-messes en formes d’expérience sensorielle pour les spectateurs, le plus fameux des groupes de drone metal nous revient avec un huitième opus sobrement intitulé Life Metal. Derrière ces quatre titres constituant un peu plus d’une heure de musique, se cache un temps élastique, saturé d’éclairs électriques et de distorsions auto-alimentées, donnant à l’ensemble des airs de sabbat du futur, dont l’abstraction (Aurora) ne semble pas avoir de prise sur l’auditeur, forçant ce dernier à écouter ce bijou de production sonique dans les meilleurs conditions. S’il ne parvient pas à restituer tout à fait l’expérience que constitue un concert de Sunn O))), là où semble véritablement exister et le sens même de leur musique, ce Life Metal est une porte d’entrée que l’on aurait tort de ne pas franchir, porté par les décibels et les déflagrations d’un groupe qui n’a pas fini de nous surprendre et nous transporter en dehors des frontières communes, comme il le fait si bien depuis une vingtaine d’année désormais.

Coup de cœur : Between Sleipnir’s Breaths

Sortie le 26 avril

Camille Tardieux

MorMor – Some Place Else (EP)

« New music for tomorrow » annonçait-il le 2 mai dernier sur sa page Facebook, et ce n’est pas un single que nous réservait MorMor, mais bien tout un EP. Cet EP, Some Place Else, convoque ainsi des singles déjà partagés précédemment tels qu’Outside et Pass The Hours, et quatre nouvelles compositions. Un peu moins d’un an après son premier EP Heaven’s Only Wishful, MorMor s’ancre inéluctablement dans le paysage pop actuel. L’artiste originaire de Toronto rééquilibre les dynamiques de ses premières partitions et dessinent les traits d’une musique ambivalente, impeccable, développant des morceaux empreints d’une mélancolie prenante et translucide, a l’image des singles porteurs Some Place Else ou Day Like This, qui interrogent une échappatoire. La musique est texturée, fluide et semble se fondre dans la voix soul, presque androgyne de cet artiste singulier. MorMor, après un récent passage à Paris, sera en concert au Festival This Is Not A Love Song à Nîmes le 1er juin prochain.

Coups de cœur : Some Place Else, Days Like This

Sortie le 3 mai

Caroline Fauvel

Camille Tardieux

ÉTUDIANT EN MASTER MUSICOLOGIE ET EN COMPOSITION ÉLECTROACOUSTIQUE A BORDEAUX. AMOUREUX DES SONS, DES MOTS ET DES IMAGES, DE TOUT CE QUI EST UNE QUESTION D'ÉMOTION, DE RYTHME ET D'HARMONIE.