L’OEUVRE #3 – Dans les yeux de Bastien Vivès

© Osma Harvilahti

En à peine une petite dizaine d’années, Bastien Vivès s’est peu à peu imposé comme l’un des grands auteurs de la bande-dessinée française, côtoyant les grands Sattouf et autres Zep. Encore adolescent dans l’âme, Bastien Vivès est la figure de proue d’une nouvelle génération d’auteurs, croquant et décortiquant la société dans laquelle il vit et inspirant au passage d’autres arts, tels que le cinéma et les jeux-vidéos.

C’est en 2006, à l’âge de 22 ans que paraît la première publication de Bastien Vivès. Son troisième ouvrage Le goût du chlore, très remarqué par la critique, le révélera au grand public. Il recevra d’ailleurs pour cet album, le Prix Révélation du Public au Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême de 2009. De nombreux autres grands succès sortiront de sa tablette graphique comme Polina en 2011 ou encore Une sœur en 2017.

Véritable sociologue des relations humaines et particulièrement des relations «amoureuses» dans leur sens le plus large, Vivès en étudie minutieusement chacun des aspects : la séduction dans Le chemisier ; la fascination dans Polina ; la sexualité dans Une sœur ; l’estime de soi avec Dans mes yeux… Toujours via le prisme de l’adolescence. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les réflexions profondes des récits de Vivès, qui sont aussi les considérations propres aux adolescents de nos jours, sont loin d’être immatures.

La patte Vivès au service de la narration

Avant d’être bédéiste, Bastien Vivès est avant tout un «raconteur» d’histoires. Ainsi, la narration prédomine sur le dessin, en témoignent ses cadrages et ses mises en scène très recherchées où un décor presque absent laisse place à la lisibilité et l’émotion. L’exemple concret que l’on peut donner à cette analyse est le traitement de l’émotion par le regard des personnages. En effet, les yeux et les regards des protagonistes ne sont pas toujours dessinés dans les cases de Vivès. Ils apparaissent uniquement au moment où ils sont nécessaires, pour souligner une émotion. Dans la même volonté de clarté et de pureté, les derniers albums de l’auteur ont été réalisés en noir, blanc et nuances de gris. Chez Vivès, le dessin est exclusivement narratif et ne sert qu’à raconter l’histoire, le dessin pour le dessin n’a pas lieu d’être.

© Une sœur de Bastien Vivès

Mélangez les formes : la bande-dessinée, le manga, les albums jeunesse… Ajoutez des genres hétéroclites : l’épouvante, le porno, l’aventure… Et vous obtiendrez la touche Bastien Vivès ! Incontestablement un grand talent comparable a aucun autre.

Sophie Moulin

Amoureuse des lettres, des mots, des phrases. Sur papier, dans des bulles, sur les murs, dans mes oreilles...

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.