LIBERATO – Mythologie urbaine

Image extraite du clip OI MARI

Authentique mythe en Italie, inconnu hors frontières ou seulement de quelques fin connaisseurs, Liberato n’a de cesse de faire tourner la tête du public comme des journalistes. L’artiste le plus bankable de Naples sort aujourd’hui son premier album. Portrait.

11 Février 2017, Youtube se voit créer un compte au nom d’un certain Liberato. Deux jours plus tard, une vidéo est mise en ligne, Nove Maggio. Le lendemain, c’est le Rolling Stone italien qui repérait la vidéo. Personne ne le sait encore à ce moment là mais l’artiste napolitain est sur le point de mettre le feu au paysage de la pop urbaine.

Les vues, les streams mais les questions surtout commencent à affluer. Qui se cache derrière Liberato ? Comment s’appelle-t-il ? A quoi ressemble-t-il ? En parlant de ça, c’est souvent « il » qui ressort mais pourquoi pas « elle ». Après tout, on fait ce qu’on veut aujourd’hui avec une bonne prise son et des filtres. Évitons les plot twist à la Scorsese mais force est d’avouer que cela en boucherait plus d’un coin si l’on découvrait que ce soit une femme derrière le micro et non un homme. Mais passons… Le fait est que personne ne sait quoi que ce soit à son sujet, si ce n’est qu’il est, comme mentionné un peu plus haut, Napolitain (d’où le dialecte dans lequel il chante ses chansons), et qu’il aime faire de la musique, comme il aime le dire lors d’une interview (l’unique fois où il se prêtera à l’exercice par courrier interposé) donnée à Rolling Stone. Une interview qui creusera des rides sur le front du journaliste, qui posera les questions que toute la presse italienne et européenne se pose. Questions qui resteront bien sûr sans réponses concrètes mais non sans intérêt tant l’artiste se complait à se rire des questions en y répondant quelques fois par de simple « <3 » ou « EH ». 

La construction d’un mythe

L’interview ratée n’est que le début d’une longue histoire. Liberato est aussi avare d’indices avec les journalistes qu’avec son public. Quelques photos ici et là sur facebook ou son tumblr, vidéos appuyés de courts messages (toujours scandés en majuscules) ; Liberato cultive le mystère en ne dévoilant rien de personnel. Mais aussi en mettant des verrous partout où il pourrait en avoir besoin. C’est pourquoi par exemple on le voit toujours monter sur scène avec 5-6 personnes, tous flanqués d’un sweat noir à capuche à l’effigie de l’artiste et de lunettes teintées. C’est aussi pour ça qu’il s’amusera à se présenter là où personne ne l’attend, jouer au chat et à la souris, comme poster une vidéo d’un de ses concerts depuis la foule ou, comme plus récemment, vendre des billets pour un concert à Rome mais sans préciser où.

Rien de malsain si ce n’est que le natif de Naples semble détenir le mode d’emploi parfait pour rendre pérenne, ce que beaucoup décriront comme un gros coup de com, et d’autres comme un concept.

Créations de l’esprit

On ne fait pas un mythe sans quelques rumeurs et d’idées poussées un peu (trop ?) loin. En Mai 2018, Liberato annonçait un concert à Naples seulement quelques jours avant. Un concert auquel il arrivera en bateau, toujours entouré de ses quelques doublures, devant 20 000 personnes, attendant avec leur smartphone pour filmer l’arrivée du Napolitain. Une entrée qui fera couler de l’encre ; certains émettront des théories selon laquelle Liberato serait prisonnier sur une île au large dans une prison pour mineurs, et que son nom tirerait ainsi ses racines de ce lieu, que la musique le libérerait.

Mais quand certains voient un mythe, d’autres y voient une quête. C’est l’essence même du boulot du journaliste, d’obtenir des informations et certains ne font pas les choses à moitié, comme ce journaliste de la Repubblica (l’équivalent italien du journal Le Monde) qui retournera ciel et terre, à l’affût de la moindre bribe d’information sur l’identité de l’Italien, qu’il rassemblera dans un livre estampillé de ces quatre mots : Io non sono Liberato (Je ne suis pas Liberato). 

Symbolisme

La personnification du mythe ne s’arrête pas ici. La particularité du projet réside également, et surtout dans ses clips, qui sont sans conteste l’arme de poing car chacun de ses titres est clippé. Une réalisation soignée par Francesco Lettieri, lui aussi Napolitain, qui est tombé amoureux du projet dès les premières notes de NOVE MAGGIO, à l’instar d’un certain Roberto Saviano (créateur de la série Gomorra) qui se dira même drogué à la musique de Liberato. Une esthétique cinématographique qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des français The Blaze, dont les clips tournent tous autour de la relation d’un ou deux personnages à chaque fois.

Une symbolique qu’il entretient également sur la timeline du projet, à savoir la date du 9 Mai, qui est le nom de son premier titre. Une date sur laquelle il s’accorde depuis 2 ans maintenant, pour libérer des nouveautés. Et les fans le savent, mais hier l’artiste attendra 23h59 précise pour libérer clips et album. Cette fois c’est une mini-série de 5 clips que Liberato dévoilera, dont l’esthétique et la narration, toujours sublimes, tireront notamment leur inspiration de géants tels qu’Alfred Hitchcock, Xavier Dolan, François Truffaut, Wong Kar Wai, John Cassavetes et bien d’autres encore.

Qu’on aime ou pas Liberato et la pop urbaine qui l’accompagne, il faut reconnaître le phénomène, qui à partir d’un simple clip et d’un relai, le projet a tissé sa toile extrêmement vite, et demeure depuis 2 ans maintenant un authentique mythe urbain. Avec ce premier album, le nouveau Banksy de l’Italie devrait sans aucun doute passer les frontières et faire opérer le charme dans le coeur d’étrangers.

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