LE FILM CULTE – « Elle et Lui », à chacun sa romance

© 1957 Twentieth Century Fox

Chaque mois, la rédaction de Maze revient sur un classique du cinéma. Après Le Départ, retour sur l’une des plus belles romances du cinéma classique hollywoodien, Elle et Lui, de Leo McCarey.

« L’hiver doit être froid pour ceux qui n’ont pas de souvenirs. »

De la comédie au drame

Le synopsis d’Elle et Lui peut sembler étrangement familier. Et pour cause, l’histoire de Leo McCarey en a inspiré beaucoup d’autre. Nickie Ferrante (Cary Grant) et Terry McKay (Deborah Kerr) se rencontrent sur un paquebot les ramenant de l’Europe vers New-York. Lui, est un célibataire endurci sur le point de se marier. Elle, est fiancée à un riche homme d’affaires depuis plusieurs années. Lorsqu’ils tombent amoureux sur le bateau, ils se promettent de se retrouver six mois plus tard, pour se marier. Leur point de rendez-vous ? Le 102e étage de l’Empire State Building.

Jusqu’ici, le film ne déroge pas à la règle de la comédie romantique à l’Américaine. Le premier tiers du film se consacre d’ailleurs à mettre en place la relation des personnages, aux antipodes l’un de l’autre. Il est maladroit là où elle est sûre d’elle, elle a les pieds sur terre tandis que c’est un grand enfant… Ils ne devraient pas tomber amoureux et pourtant !

« Ce n’est la faute de personne. Je regardais en l’air. C’était l’endroit le plus près du paradis. Tu y étais. »

Ce qui fait cependant l’originalité de Elle et Lui c’est le bouleversement qui se trouve dans le film. On quitte la comédie romantique légère pour passer dans le mélodrame. Le jour où Terry et Nickie doivent se retrouver en haut de l’Empire State Building, Terry est renversée par un taxi et se retrouve en fauteuil roulant. Tous les deux remplis de fierté ne va chercher à contacter l’autre : Nickie pense avoir été abandonné en haut de la tour et Terry ne veut pas demander à l’homme qu’elle aime de prendre soin d’elle.

Toute la romance bascule alors. Et c’est là que les personnages grandissent. En dehors de l’aspect dramatique et romantique, l’histoire parle surtout du fait de devenir adulte et responsable, peu importe l’âge. C’est une transition qui se fait en parlant de ses sentiments (ce qui se fait peu à l’époque, surtout chez les hommes) et, pour les femmes, en refusant l’aide d’hommes riches pour se découvrir soi même. De très jolies leçons et surtout traîtées de manière différentes des autres films de la même époque.

A l’origine : Love Affair

Dans les rôles originaux : Irene Dunne et Charles Boyer

En 1939, Leo McCarey réalise son nouveau film mettant en scène deux grandes vedettes de l’époque : Irene Dunne et Charles Boyer. Le pitch ? Le même qu’Elle et Lui.

Le film reçu un certains succès aux États-Unis, aussi bien par le public que par la critique. Alors pourquoi en refaire un ? Parce qu’après la gloire vient une période de traversée du désert. C’est alors que l’idée de refaire son film Love affair lui vient. Il veut le refaire avec la même histoire mais avec les nouvelles techniques. C’est pourquoi Elle et Lui est tournée en couleurs et non plus en noir et blanc, ce qui ajoute un côté romantique à l’histoire. Le Cinémascope est l’autre grande différence du film. A part ça, Elle et Lui est refait à l’identique de Love affair et les dialogues sont vraiment les mêmes.

Le premier a un ton plus rapide et plus drôle car dans la lignée des screwball comedy de l’époque là où Elle et Lui est plus sérieux et plus centré sur les choix des personnages. Mais même en voyant les deux films, il n’y a pas vraiment un sens de répétitions, d’avoir vu deux fois le même film car les types d’interprétations sont différentes.

Une histoire qui en inspire d’autres

Si Elle et Lui semble ressembler à beaucoup d’autres histoires, c’est parce qu’elle en a inspiré beaucoup d’autres. En 1994, un remake, Rendez-vous avec le destin, sera tou simplement fait par Glenn Gordon Caron avec Warren Beatty, Annette Bening (et Katharine Hepburn dans son dernier rôle). Ici, la traversée vers New York ne se fait plus en bateau mais en avion depuis Sydney. Sinon, le reste de l’histoire est la même. Le film n’a eu vraiment de succès à sa sortie et a même été nommé pour un Razzie Award. Le film est loin d’être mauvais mais cela n’a pas le charme du film de 1957.

Dans ce remake, Warren Beatty et Annette Bening se rencontrent dans un avion.

C’est le seul remake américain du film de McCarey mais c’est plutôt le symbole de la réunion en haut de l’Empire State Building et le romantisme que cela implique.

« – Qu’est ce que tu vas faire en arrivant en haut ?

– Rencontrer ma nouvelle maman. »

En 1993, la réalisatrice américaine Nora Ephron donne sa propre version d’Elle et Lui dans son film Nuits Blanches à Seattle. Un jeune garçon participe à une émission de radio pour que son père (Tom Hanks), veuf, rencontre une nouvelle femme. Une journaliste (Meg Ryan) entend cet appel et après avoir regardé Elle et Lui, décide d’écrire à cet homme et de lui proposer un rendez-vous en haut de l’Empire State Building le soir de la Saint-Valentin. Ici, la réalisatrice glisse même des citations et des extraits du film original dans son film.

Meg Ryan et Tom Hanks se rencontrent pour la première fois en haut de l’Empire State Building.

Enfin, la plus récente adaptation de l’histoire date de 2002. Catherine Deneuve joue Fanette, une femme obsédée par le film de McCarey. Elle le voit tous les jours dans le même cinéma, se sert des citations pour sa propre vie… Elle est également toujours très attachée à l’un de ses anciens amants, son grand amour, et lorsqu’elle voyage à New York, elle pense le retrouver en haut du Building. Mais elle rencontre Matt (William Hurt) qui va fausser ses plans et son cœur.

Catherine Deneuve doit rejoindre son ancien amant en haut de la tour. Mais le fera-t-elle ?

A voir et à revoir, encore et encore… Que ce soit l’original des années 30, le film culte des années 50 ou bien tout ses remakes, Elle et Lui est un film qui a réussi à créer son propre univers pour en créer d’autres. A chaque époque sa propre romance. Tant que tout le monde se retrouve “au plus près du paradis”.

Première rencontre entre Cary Grant et Deborah Kerr à bord du bateau.