En Ukraine, 30 ans d’indépendance, deux révolutions et une guerre

Photo : © Genya Savilov / AFP

Le 21 avril, les Ukrainiens ont choisi comme président le comédien Volodymyr Zelensky, avec un score record de 73 % face au président sortant Petro Porochenko. Ce nouveau président marque une volonté de changement de la part des citoyens, et une volonté d’indépendance complète du pays. 

La révolution orange et le mouvement Maïdan sont deux évènements historiques qui marquent l’implication du peuple ukrainien vers une adhésion à l’Union Européenne. Et pourtant, depuis 2005 la vie de la population n’est pas paisible en raison des tensions avec la Russie incluant des guerres civiles, une importante précarité et une corruption à différentes échelles. 

Entre le 21 novembre 2004 et le 23 janvier 2005 les rues de la capitale ukrainienne se couvrent d’une couleur orange. La révolution orange représente l’ensemble des manifestants jugeant qu’une tricherie a eu lieu lors du second tour de l’élection présidentielle donnant pour vainqueur Viktor Ianoukovytch. Finalement la Cour Suprême annule le dernier tour et offre la victoire à l’autre candidat, Viktor Iouchtchenko, l’un des leaders de la révolution orange.

Une volonté (compliquée) de rompre avec l’influence russe du passé

Ce nouveau président pro-européen va permettre à l’Ukraine une ouverture vers le monde, notamment avec le souhait d’un « partenariat stratégique » entre l’Ukraine et les États-Unis, ou bien, en promettant, en 2008, un accord d’association avec l’Union Européenne. Grâce à cet éloignement avec la Russie, le Fond Monétaire Internationale (FMI) aide de plus en plus l’Ukraine à l’aide de prêts comme en 2008 (16,5 milliards de dollars) ou en 2009 (2,8 milliards de dollars). 

Cependant, l’influence de la Russie reste toujours présente puisque leurs passés sont historiquement liés. De plus, c’est un pays convoité, en raison de sa géographie permettant un accès à la mer Noire, ses terres fertiles et son lien entre l’Union Européenne et la Russie.

La principale emprise de Moscou sur l’Ukraine est économique. En effet, l’entreprise russe Gazprom fournit l’ensemble du pays et impose chaque année de nouvelles négociations avec l’Ukraine. Cette entreprise menace à tout moment ce pays de l’Est de réduire ou bien de couper le gaz, comme ça a été le cas à de nombreuses reprises : en 2008 réduction de 25 % puis de 50% ; en 2009 coupure totale ; en 2013 une facture inattendue de 7 milliards de dollars…La géographie particulière de l’Ukraine la divise en deux camps historiques, en particulier à l’Est où de nombreux russophones veulent rester proches de la Russie. Les élections législatives de 2006 l’ont démontré avec l’arrivée du chef du Parti des régions, Viktor Ianoukovytch, au poste de premier ministre.

Mandat Ianoukovytch : volte-face politique vers la Russie et révolte du Maïdan

En 2010, les pro-russes gagnent la présidentielle en élisant Viktor Ianoukovytch, ancien premier ministre, et candidat malheureux à la présidentielle de 2005. C’est le début d’un mandat d’oppression dans un climat de terreur. Toute personne allant à l’encontre du régime est emprisonnée, comme l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko, l’une des leaders de la Révolution orange, condamnée à 7 ans de prison pour fraude fiscale. À ce climat s’ajoute le vote d’une loi contre les manifestations du peuple qui se voit attaqué par les militaires.

Le nouveau président marque son mandat par des accords avec la Russie concernant de la Crimée et le gaz. Ces accords permettent le maintien de la base navale russe à Sébastopol en Crimée en échange d’un prix du gaz. 

Cependant, en fin d’année 2013, le peuple ukrainien commence à se révolter à l’annonce de la renonciation du président Viktor Ianoukovytch à s’associer à l’Union Européenne prévu par l’ancien président. De plus, un projet de « partenariat stratégique » avec la Moscou est en cours et est mis en évidence par le versement de 3 milliards de dollars du gouvernement de Vladimir Poutine.

De nombreuses manifestations éclatent en Ukraine et en particulier dans la capitale en 2014, c’est le mouvement du Maïdan (pro-européen) qui apparaît, place de l’Indépendance. Une mobilisation violente, qui fera au total plus de 80 morts dans les affrontements entre police et manifestants. Ce mouvement de la population déstabilise le gouvernement et en particulier le président Ianoukovytch qui déserte Kiev le 22 février 2014 et est destitué de son poste par le parlement. 

© AFP PHOTO/ ANATOLII STEPANOV

À nouveau,  c’est un retour vers l’Union Européenne grâce au président en intérim Oleksandre Tourtchynov et son gouvernement. Les conséquences de ce changement marquent une offensive diplomatique de la Russie envers l’Ukraine et une hausse du prix du gaz. De plus, des séquelles du précédent mandat se ressentent dans l’Est du pays et notamment dans les villes de Sloviansk et Donestsk où un grand nombre de séparatistes pro-russes sont regroupés.

Le mandat du nouveau président de Petro Porochenko (55,9 %) élu en mai 2014, va s’orienter vers une tentative de rétablir la paix en Ukraine. Une demande d’aide au conseil de sécurité de l’ONU est faite avant de lancer une opération « antiterroriste » contre les séparatistes, dont le nombre de victimes ne cesse de croître. 

Alors que le précédent président y avait renoncé, Petro Porochenko signe en 27 juin l’accord d’association avec l’Union Européenne. Par la suite, le mouvement Maïdan vote le 26 octobre pour un rapprochement plus important encore avec l’UE. À la manière des projets de Petro Porochenko, le nouveau président Volodymyr Zelensky, souhaite également relancer le processus de paix avec Moscou afin d’arriver à un cessez-le-feu.

Une corruption toujours très présente qui tend pourtant à diminuer

La corruption depuis 2005 se joue sur plusieurs tableaux. Le plus évident, c’est celui de la corruption politique. Le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a d’ailleurs principalement orienté sa campagne sur cette volonté de bannir la corruption de la politique. Et c’est parce que ce vice est un fléau pour le pays que les citoyens ont principalement voté pour ce candidat inconnu dans le monde politique. Les élections truquées de 2004 par Viktor Ianoukovytch, n’ont pas été les seules de ce président. Les élections législatives de 2012 ont été menacées par des achats de voix afin que le parlement reste sous l’emprise des pro-russes. Cette guerre contre les séparatistes pro-russes qui a causé de nombreuses victimes (entre avril 2014 et décembre 2015 il y a eu environ 9098 morts dans l’Est du pays) en particulier des civils, a maintenu un climat de tension entre l’Ukraine et la Russie. Selon les statistiques, ce conflit coûterait plus de 4,5 millions d’euros par jour au pays, ce qui n’aide pas une économie déjà corrompue par les administrations fiscales et les douanes ou bien par le gouvernement lui-même volant dans le budget de l’État. 

Petro Porochenko, le président élu en 2014, s’est vu également sous les feux des projecteurs en 2016 avec l’apparition du dossier « Panama papers » où son nom apparaissait suivi d’une société offshore. 

Enfin, la deuxième corruption la plus répandue en Ukraine est celle du gaz subventionné. Certaines entreprises ukrainiennes exigeaient d’obtenir 10 fois plus de gaz qu’il ne fallait pour alimenter les villes afin de pouvoir revendre le surplus sur le marché. Le 23 janvier 2008, Semion Moguilevitch, l’un des acteurs ukrainiens de cette corruption a été inculpé pour fraude fiscale.Pourtant, selon certaines activités anti-corruption, il y a une amélioration concernant le milieu du gaz depuis l’arrivée de Porochenko, selon le directeur du centre anti-corruption Vitaliy Chabounine en 2018. Il explique que le registre du commerce est désormais ouvert, que de nouvelles agences anti-corruption se créent et que la corruption concernant le gaz subventionné semble être terminée. Cette idée rejoint le classement de l’ONG Transparency International qui classe, l’indice de perception de la corruption, en 2018 l’Ukraine à la 120èmesur 180 alors qu’elle était 142èmeen 2014.

Dorénavant, il faut attendre l’application du futur plan en une vingtaine de points de Volodymyr Zelensky concernant la spirale de la corruption afin de savoir si l’Ukraine peut dire au revoir à ce fléau. 

1 commentaire
  1. Cela commence mal, Zelensky parle russe et non l’Ukrainien la langue officielle. S’il ne s’entoure pas d’une équipe solide et non corrompue, comme il le “souhaiterait”, il pourrait peut-être faire accéder l’UKRAINE à l’Union Européenne, laquelle a quand même les pétoches face à Poutine, c’est la raison pour laquelle ça ne risque pas d’arriver. Les membres de l’UE se contentent d’expédier les affaires courantes. Et pourtant, le peuple ukrainien est plutôt cool par rapport à quelques voisins, hyper racistes et xénophobes.

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