Comment expliquer « la remontada » de la gauche en Espagne ?

Photo : © JUANJO MARTÍN | EFE

Après une longue période à droite, l’Espagne a renoué avec la gauche lors des élections générales du 28 avril, en offrant une large victoire au premier ministre socialiste sortant Pedro Sánchez. Il devance de 12 points son principal adversaire le Partido Popular (PP). 

Avoir un gouvernement minoritaire (85 députés sur 350) depuis moins d’un an n’aura pas empêché le Partido Socialista Obrero Español (PSOE) de se placer en tête des élections générales avec près de 29 % des voix, soit 6 points de plus par rapport aux élections de 2016. Une large victoire de la gauche due en partie paradoxalement à la montée en puissances de l’extrême-droite.

Des élections peu favorables au PSOE

En juin 2018, Pedro Sánchez réussit à faire voter une mention de censure contre l’ancien président du gouvernement espagnol de droite, Mariano Rajoy, et accède au pouvoir. L’ancien chef du gouvernement avait été touché par des affaires de corruption au sein de son parti, le Partido Popular (PP), et sa position avait été jugée trop faible vis-à-vis des indépendantistes catalans. Le patron du PSOE ne bénéficie néanmoins pas d’une majorité solide depuis sa prise du pouvoir, avec seulement 85 députés sur 350 au Congrès. Il a dû pactiser avec des partis séparatistes au sein de las Cortés, l’Assemblée nationale espagnole. Cette faible position du jeune gouvernement ne laissait pas présager un avenir radieux pour le parti socialiste espagnol au point où certains parlaient déjà de «  Pedro le Bref  ». 

Le gouvernement socialiste ne s’est pas découragé. Il a entrepris de nombreuses réformes économiques et sociales pour donner une nouvelle ligne politique à l’Espagne ayant subi la politique d’austérité du PP. Il tente plusieurs réformes budgétaires notamment pour augmenter le salaire minimum. Or, sa faiblesse au Parlement ne permet pas à ses réformes d’aboutir. Le gouvernement paraît alors utopiste, mou, voire peu utile. Les prochaines élections ne semblaient alors pas être en leur faveur. 

La crainte de l’extrême droite, une opportunité pour la gauche 

Les élections générales de 2019 sont placées sous le signe de la peur de Vox, le parti d’extrême-droite espagnol. Les dernières élections au Parlement andalou de décembre 2018 ont vu l’entrée de ce parti, induisant une coalition entre les trois partis de droite pour obtenir une majorité  : Ciudadanos, le PP et Vox. Cette union donne alors une voix au sein du débat politique à ce parti d’extrême-droite prônant la xénophobie, la misogynie et l’homophobie, une première depuis la mort de Franco et la fin de la dictature il y a 40 ans. Beaucoup d’Espagnols craignent que ce scénario se reproduise au niveau national.

Lors de la campagne électorale, les partis de droite remarquent ce nouvel engouement pour Vox. Le PP, première force politique en Espagne incarné par Pablo Casado, décide alors de miser sur des éléments de langage très conservateurs. Il souhaite rouvrir le débat au sujet de l’avortement pour limiter son usage et souhaite que les «  valeurs familiales  » priment lors de son mandat s’il est élu président du gouvernement espagnol. Cette ligne politique divise le PP. Depuis 2016, le PP doit composer avec Ciudadanos, autre parti de centre-droite. Or, lors des débats politiques télévisés, ces deux partis surenchérissent sur leurs idées donnant une impression peu rassurante aux électeurs. Le PP enregistre alors son plus faible résultat avec 16,7 % des voix (-16 points par rapport à 2016), favorisant Ciudadanos qui se voit octroyer 15,85 % des voix. Cette division permet alors à Vox d’entrer pour la première fois au Parlement avec 10,3 % des voix

Cette division tripartite au sein de la droite favorise la position de Pedro Sánchez. Celui-ci sait que les électeurs de droite sont divisés et à la fois craignent l’apparition de Vox au sein de las Cortés. Le jeune président du gouvernement utilise des éléments de langage neutres, sociaux et souhaite incarner la stabilité face aux débats sanguins de ses deux adversaires de droite.

Pedro Sánchez mise aussi sur ses actions avortées par le Parlement espagnol. Il dit vouloir la majorité pour pouvoir faire voter enfin ses projets de lois. Le PSOE a bénéficié lors de cette élection d’une union de la gauche. Podemos n’a pas joué la carte de la contestation, se privant certainement de nombreuses voix. Il a préféré utiliser un élément de langage fondé sur les principes constitutionnels concernant les droits de chacun et la Catalogne. Le PSOE et Podemos enregistre alors des résultats élevés avec respectivement 28,7 % et 14,3 % des voix.

Une coalition difficile 

La majorité n’est cependant pas acquise. Depuis l’apparition de Podemos à gauche et de Ciudadanos à droite aux élections de 2016, l’Espagne ne peut plus se suffire avec les deux partis dominants, le PSOE et le PP, pour assurer à eux seuls la majorité. Le PSOE doit désormais choisir avec qui il doit composer une coalition afin de posséder la majorité au Parlement. 

Deux choix de gouvernement sont possibles. Le premier est que le PSOE s’unisse avec son allié naturel, Podemos, qui l’a défendu à maintes reprises lors des débats politiques. Podemos souhaite s’unir pour pouvoir accéder à certains ministères, et tirer la barre encore plus à gauche. Cependant, cette union n’offrirait pas une majorité au Parlement. Pedro Sánchez devrait donc s’unir aux partis indépendantistes catalans et basques à l’heure où la question catalane provoque de nombreux débats et fragilise la scène politique. Une seconde option voit le jour : celui de s’unir avec Ciudadanos. Cependant, cette union pourrait sembler importune vis-à-vis des questions sociales. 

Il n’y aura en tous pas de décision prise avant le 26 mai, jour des élections européennes, mais aussi régionales et municipales en Espagne. Pedro Sanchez a indiqué qu’il attendrait le résultat de ces élections pour proposer une coalition.

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