CANNES 2019 – « The Staggering Girl », fashion movie ?

QUINZAINE DES REALISATEURS – SÉANCE SPÉCIALE – Support de communication ? Cinéma ? Luca Guadagnino collabore avec la maison Valentino pour un court-métrage de 35 minutes, The Staggering Girl.

Francesca (Julianne Moore) vit à New-York, indépendante et obstinée dans l’écriture d’une biographie, celle-ci retrouve sa mère peintre devenue aveugle (Marthe Keller) à Rome, pour la ramener chez elle. Deux portraits incandescents de femmes fortes se dessinent, les souvenirs surgissent et donnent lieu à un récit à contretemps, immergeant le spectateur dans une fable onirique déroutante.

Luca Guadagnino nous promène une nouvelle fois entre une Italie fantasmagorique, entité à part entière qu’il avait déjà largement exploité dans ses précédents long-métrages A Bigger Splash (2015) et Call Me By Your Name (2018), et des fragments de New-York, qui ne sont pas sans nous rappeler un certain Woody Allen, également cité de part le choix topographique des génériques. Il convie dans ce voyage esthétisé un casting sans faille, Julianne Moore, Mia Goth, KiKi Layne, Kyle MacLachlan, Marthe Keller ainsi qu’Alba Rohrwacher, qui cependant sont loin d’être employés ici à des fins satisfaisantes. Le film est trop court pour être un film convenablement scénarisé, et trop long pour une simple campagne de plébiscité à prix d’or. Seuls l’irréalité ambiante et les flashback nous ramènent au cinéma. Ce film ne fait qu’exalter une harmonie irritante, tout est beau, tout est esthétique, tout est riche, rien ne dépasse.

Malgré un casting éloquent, Luca Guadagnino se perd définitivement dans les motivations de ce court-métrage, qui n’a rien de bien audacieux. Créé à partir de la précédente collection automne-hiver de la maison Valentino, il use des robes hautes en couleurs de la marque pour habiller ces femmes aux portraits singuliers. Des pièces somptueuses, vives, et mises en valeur, certes, mais au fond on ne parvient pas vraiment à saisir l’intérêt d’un tel projet. Ce film d’un nouveau genre brouille les frontières entre la publicité et le cinéma, inventant un support de communication muséifié, presque mythifié, loin des spots publicitaires à rallonge qui avaient pu être proposés par différents réalisateurs, comme avait pu le faire Wes Anderson pour H&M et Prada. Ce type de format dépasse ce concept pour remettre le film au centre du processus, tout en l’imbibant d’un luxe presque injurieux.

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