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CANNES 2019 – « Red 11 », une semaine en Enfer

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QUINZAINE DES RÉALISATEURS – MASTERCLASS – Le mythique Robert Rodriguez nous offre une leçon de cinéma fun, ludique et préparée avec beaucoup d’attention. Après avoir dévoilé ses tutos bricolages de tournage, ce professionnel pédagogue nous présente en avant-première son « New $7,000 film » déjanté : Red 11.

A l’occasion des 25 ans du superbe El Mariachi (1994), le cinéaste d’origine mexicaine décortique pour notre plus grand plaisir le processus de création de son long-métrage inédit Red 11, qui fait notamment écho à son succès récompensé aux festivals de Deauville et de Sundance. Rodriguez revient ainsi sur sa filmographie hétéroclite et délurée et honore ce premier film indépendant en tournant de nouveau avec un petit budget, des acteurs prometteurs inconnus du grand public et une équipe restreinte et familiale (ses fils Racer et Rebel sont ici respectivement interprètes, producteurs et techniciens de plateau). Le réalisateur se prête lui-même au jeu en étant comme à son habitude très polyvalent (producteur, réalisateur, monteur et compositeur de l’excellente B.O. aux sonorités électro).

Ce touche-à-tout nous explique au cours d’un premier documentaire quelques uns de ses secrets de fabrication d’effets spéciaux ; comment crever un œil (proprement) avec une seringue ou encore faire surgir un personnage du plafond en toute sécurité grâce à la magie du montage. Soit un panel d’astuces ingénieuses et gratuites à destination des étudiants en cinéma, ou des apprentis réalisateurs, nous montrant que l’on peut façonner un véritable chef-d’œuvre artisanal en quatorze jours sans ressources financières, et que la réussite n’est pas une question de moyens. Le réalisateur de Desperado (1995) nous montre une fois de plus la force et l’impact de ces petits films dont la conception est collective, en signant un thriller horrifique jubilatoire à la dimension autobiographique.

Le spectateur suit ainsi l’histoire délirante de Rob (Roby Attal) fauché et endetté depuis que lui et son ami ont emprunté 7 000 $ (somme non-anodine) à la mafia locale pour financer leur projet bancal de film d’horreur. Pour se refaire et rembourser ses gangsters quelque peu pressants et intimidants, le jeune homme se porte volontaire comme cobaye humain pour un laboratoire pharmaceutique. Une fois arrivé sur place, il est alors contraint de revêtir un t-shirt rouge, indiquant son appartenance à un groupe expérimental pour une semaine, et est désigné comme le sujet numéro 11 du test : il devient Red 11. Suite à une prise de pilules plus que douteuses, un mal inquiétant s’empare peu à peu des patients dans une atmosphère angoissante, à l’image d’un personnel médical calme, trop calme.

Le créateur de l’épique Machete (2010) reste fidèle à son imaginaire et à son esthétique si originale avec des répliques (on l’espère bientôt) cultes et de multiples clins d’œil à d’autres bijoux du grand écran. Ces références cinéphiles se matérialisent au niveau de la calligraphie (qui n’est pas sans rappeler le Pulp Fiction (1994) de son ami Tarantino), une saturation des couleurs très Sin City (2005), un zapping TV cocasse faisant une mini-rétrospective en accéléré de sa filmographie ainsi qu’un protagoniste spoiler en série. Rodriguez s’inspire de plus pour cette trame narrative directement de son vécu, qu’il évoque déjà dans son livre Rebel without a crew (1996), lorsqu’il décide d’être rat de laboratoire pour financer son premier film, El Mariachi. Cette mise en abime très personnelle se manifeste d’autant plus par la résurgence d’éléments relié à ce film (on ne vous spoile rien, promis), mais aussi par la présence de ses enfants sur le plateau qui ont l’age à laquelle il le produisit. La boule est bouclée.

Un long-métrage surréaliste et hilarant plus que réussi qui enthousiasmera autant les fans invétérés que les novices en matière du cinéma de Rodriguez, présenté de plus par un réalisateur emblématique et dévoué à son public, qu’on rêverait définitivement tous d’avoir comme professeur de cinéma. À ne pas rater.

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