CINÉMAFestival de Cannes

« Parasite » – La machine infernale

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Deux ans après la polémique Okja / Netflix, Bong Joon-ho revient au Festival de Cannes pour présenter en Sélection Officielle Parasite, son septième long métrage, un thriller multiforme aux accents tangibles de drame social.

Dans la famille Ki-taek je demande la mère (Hyae Jin Chang), le père (Song Kang-ho), le fils (Choi Woo-shik), et la fille (Park So-Dam). Dans la famille Ki-taek tout le monde est au chômage et n’a d’autre perspective que des petits boulots de misère et une vie en ville dans un demi sous-sol vétuste. Un jour Min (Park Seo-joon), un ami, propose au fils de le remplacer en tant que professeur d’anglais pour la fille de la richissime famille Park. L’entrée du jeune homme dans la maison Park augure une série d’événements, qui ne tarderont pas à toucher l’ensemble de ces individus singuliers que tout oppose.

Bong Joon-Ho nous met face à une lutte des classes venimeuse, confrontant deux modes de vie aux contrastes saisissants : d’un coté les villas désignées par des architectes de renom, de l’autre des logements gangrénés par l’insalubrité en sous-sol ; d’un coté les employeurs, et de l’autre les employés. Contrairement à un Ken Loach, spécialiste ultime du drame social réaliste, Bong Joon-ho parvient à mener le politique de la manière la plus humaine qui soit, réunissant ainsi l’humour, l’absurde, et le film noir, et s’éloignant d’un réalisme immanent pour se confronter à la croisée des genres. Ce long-métrage est une mosaïque inqualifiable empruntant à un éclectisme cinématographique qui ne peut que pousser l’admiration tant celui-ci est complet et déroutant. Il réunit pour ainsi dire toutes les caractéristiques intrinsèques à un éminent film de cinéma. Le scénario, la mise en scène, l’image ; le souci du détail culmine sur ce long métrage qui ne laisse rien au hasard, poussant la maitrise dans ses retranchements. Ce choix délibéré propose ainsi un portrait saillant de la Corée du Sud, et plus généralement de notre monde contemporain, et de ses ambiguïtés inhérentes. Dans sa structure le film n’est pas sans nous évoquer Une Affaire de Famille de Kore-eda, Palme d’or de l’année passée, dépeignant une famille aux abois, marquée par le vice de la pauvreté et par la débrouille au jour le jour, face à un monde avide qui a oublié les classes populaires, ou du moins qui ne souhaite pas les sentir à ses cotés.

On ne vous en dira pas plus, conformément à la volonté du réalisateur : le film Parasite est sorti en salle le 5 juin 2019.

Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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