CANNES 2019 – « Les Misérables », révolution 2.0

SELECTION OFFICIELLE – COMPÉTITION – Ladj Ly décline l’oeuvre de Victor Hugo et reprend son court-métrage du même nom : Les Misérables, un tableau de la misère quotidienne en France remise à jour.

Brigadier Ruiz (Damien Bonnard) débarque de Cherbourg et intègre la BAC d’Ile-de-France aux côté de deux habitués : Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga). Le trio patrouille dans la cité de Montformeil où la nouvelle recrue va vite se rendre compte que la politesse n’est pas à l’ordre du jour. Se faire respecter, c’est aboyer plus fort que l’autre. Seulement lorsqu’une interpellation dérape face à un groupe de jeunes, l’erreur commise par l’un des brigadiers est filmée par un drone. Son propriétaire ? Un autre jeune du quartier. Débute alors une course folle qui confronte les différentes « meutes » de la cité, et dans la mêlée, le principe de justice se révèle être une utopie bien lointaine des idéaux locaux. « Je suis comme Miss France, déclare Chris, je veux la paix dans le monde ». C’est sans souligner l’ironie de sa phrase qui berce entièrement le mi-documentaire, mi-fiction de Ladj Ly. Le seul individu qui pourrait passer pour un « flic correct » est tenu par un Damien Bonnard qui incarne très bien le nouveau perdu, en décalage complet avec les faits qui se déroulent sous ses yeux. La brutalité et et les manières de travailler de son équipe lui semble dérangeantes mais il garde le silence et passe pour un rigolo aux yeux des habitants de la cité. Pourtant, à mi-chemin du film, le brigadier Ruiz prend les choses en main et n’accepte plus le comportement de son chef Chris.

Des altercations au sein de l’équipe même, entre la police et les banlieusards, entre les habitants du quartier décrivent Montfermeil comme un lieu de tension, où circulent drogues, où les enfants s’amusent à glisser sur des couvercles de poubelle, où la fausse innocence est un faible vernis qui dissimule une fureur contenue. Si certaines scènes font sourire, le côté très réaliste de ce premier long-métrage dévoile tristement une misère bien existante. La problématique des quartiers défavorisés, les émeutes de 2005, celles des gilets jaunes, tout tend à montrer que cette misère du XIX ème s’est bel et bien enracinée dans notre siècle. Si Ladj Ly reprend un thème très exploité au cinéma, celui des conflits racontés par les banlieues d’Ile-de-France, il ne l’utilise lui pas qu’en simple décors et l’approfondit, le décortique, nous en montre tous les aspects tout en évitant de tomber dans le catalogues des stéréotypes de ce genre de documentaire. Il parvient à y introduire une certaine lumière poétique, dans les longs plans presque photographiques qui parlent d’eux-même et qui forment une rupture habile avec les scènes effrénées et bruyantes des confrontations quotidiennes. Son point le plus juste reste le rôle qu’il donne à la jeunesse : celle qui détient tout et qui est doucement dangereuse. La scène de fin entre le brigadier Ruiz et le jeune Issa met en contraste deux entités qui réclament leur définition de la justice. Mais surtout, elle pose la question du bien et du mal, et de ce que l’être humain en fait.

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