CANNES 2019 – « Les Hirondelles de Kaboul », envol lyrique

SELECTION OFFICIELLE – UN CERTAIN REGARD – Adapté du roman éponyme de l’écrivain algérien Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul est présenté en Sélection officielle – Un Certain Regard. Zabou Breitman au scénario et dialogues et Eléa Gobbé-Mévellec aux dessins réussissent leur envol dans l’animation.

Juillet 1998, Kaboul, la ville est occupée par les talibans. Les bruits de la ville résonnent en ouverture de ce premier film d’animation réalisé par Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec. Chaque son retentit avec brutalité contrastant avec des dessins précis semblables à des aquarelles aux teintes jaunes sable et bleutées. Une hirondelle s’écroule sur le sol, tuée par un intégriste, un écho immédiat à ces femmes vivant sous leur tchadris, qui ne peuvent plus déployer leurs ailes, à l’une d’elle prisonnière lapidée à mort par les hommes de la ville quelques minutes plus tard. Autrefois, dans la capitale afghane, les femmes sortaient avec les hommes dans les théâtres, les cinémas, les librairies. Depuis, Kaboul n’est que ruines, destruction et oppression. Les femmes sont les premières victimes de cette perte de liberté.

Sous un soleil plombant, les deux personnages féminins des Hirondelles de Kaboul vivent en cage dans leurs maisons respectives. Mussarat (Hiam Abbas), la femme d’Atiq (Simon Abkarian) est gravement malade, elle n’a plus la force d’assurer son rôle d’épouse et de gardienne du foyer. Zunaira (Zita Hanrot) ne peut désormais dessiner que sur les murs de son domicile, elle refuse le port du tchadri – qu’elle emprunte à sa voisine les rares fois où elle doit sortir. Les destinées de ses deux couples se croisent. Atiq, gardien de la prison pour femmes, souffre mais ne peut répudier sa femme qui a toujours été présente à ses côtés. Leurs vies vont être percutées quand Mosen (Swan Arlaud) avoue à l’amour de sa vie l’acte irréparable qu’il a commis, emporté par la folie du régime. Les répercussions vont bouleverser leurs quatre existences.

Les deux réalisatrices livrent une bouleversante adaptation en animation d’un lyrisme absolu malgré la violence constante d’un film jamais manichéen entre lumière et ombre, liberté du passé et obscurantisme du présent. Les réalisatrices ont pris le parti de faire jouer les comédiens avant d’y apposer le graphisme animé. Les Hirondelles de Kaboul laisse apparaitre des lueurs d’espoir face au fanatisme ambiant, nous rappelant sans cesse la puissance de l’amour et de l’humanisme dans ce monde de terreur. La véritable force se place dans le coeur de ces hirondelles prêtes à se sacrifier, à s’envoler pour l’avenir de leur pays.

Diane Lestage

Une étudiante en Bachelor Journalisme à l'ISCPA Paris qui entretient une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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