CANNES 2019 – « La femme de mon frère », les inséparables

UN CERTAIN REGARD – Elle le dit elle-même, elle est née à Cannes, dans Les Amours Imaginaires (2010) de Xavier Dolan. Monia Chokri présente son premier long-métrage, diffusé en ouverture de la compétition de la sélection Un Certain Regard.

Sophia (Anne-Élisabeth Bossé) et son frère Karim (Patrick Hivon) font tout ensemble, frères et soeurs, ils sont indissociables l’un de l’autre. Tout bascule, lorsque Karim tombe dans les bras d’Eloïse (Evelyne Brochu), qui ne tarde pas à prendre une place conséquente dans sa vie, laissant sa soeur face à ses angoisses.

Après un récent rôle dans un film des plus discutable, On ment toujours à ceux qu’on aime de Sandrine Dumas, Monia Chokri, l’actrice, laisse la place à la cinéaste, et ce pour notre plus grand plaisir. Ce long-métrage séduit dans son approche, traitant des hantises d’une génération en mal, les trentenaires, véritables parias, à la fois trop vieux et trop jeunes, dans un environnement catégorisant.

Sophia subit de plein fouet sa trentaine entamée, lorsque sa relation d’adulescents fusionnels entre frère et soeur s’effrite : la fin des études (et un doctorat en philosophie obsolète), le travail (un mal nécessaire mais détestable), le couple (pourquoi s’infliger cette restriction de liberté ?), la maternité (et les amies dingues de leur progéniture en prime) ; tant d’éléments qui la mettent au pied du mur. Anne-Élisabeth Bossé porte à merveille ce rôle, jouant d’une spontanéité délectable, et d’un fervent nihilisme.

La femme de mon frère use judicieusement des plans, successifs et serrés, marquants les effusions de cette famille caractérielle. Les images se dressent comme des tableaux parlants aux couleurs pastels et chinées, qui ne sont évidemment pas sans nous rappeler le travail de Dolan, bien que Chokri dévoile un rapport à l’image tout à fait sensible et instinctif. L’ensemble est rythmé par une bande-originale murement réfléchie ; on entend ainsi le tube groove Only You de Steve Monite, où une reprise francophone des Kinks, A Well Respected Man, ainsi qu’un thème récurrent de flute, qui ponctue l’existence douce-amère de cette femme au bord de la crise de nerfs.

Le seul bémol qui s’impose pour ce film, est sa fin, le long-métrage semble être trop allongé, et nous perd dans ses dernières minutes. Et ce malgré une apparition tout à fait émouvante de la réalisatrice à l’écran, rappelant des similitudes avec son personnage principal. Celle-ci tombe dans un trop plein poétique, rompant l’équilibre construit depuis le début, évoquant une sincère justesse dans le traitement de son sujet ; là où le film aurait pu s’achever sur cette soirée avec Jasmin et Alex, ou encore sur ces retrouvailles au café entre Hakim et Sophia.

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