CANNES 2019 – « Hors normes », douce France

SÉLECTION OFFICIELLE – FILM DE CLÔTURE – Présenté en clôture de cette 72e édition du Festival de Cannes, Hors normes du duo Éric Toledano/Olivier Nakache n’est pas la comédie explosive attendue en Dernière Séance. Plutôt une chronique sociale tendre et juste portée, une nouvelle fois, par une troupe de comédiens – ou non – renversante.

Hors normes s’ouvre comme un thriller. Une jeune fille court très vite, bousculant les passants. Elle est poursuivie, les regards posés sur elle sont inquiétants. Or, l ‘homme qui la rattrape, Malik, (Reda Kateb) la rassure et tente de la calmer, elle n’est pas dangereuse, elle fait seulement une crise. Dans un même temps, Bruno (Vincent Cassel) se précipite dans les bureaux de la RATP pour récupérer Joseph qui a une fois de plus tiré la sonnette d’alarme dans le métro. Le sujet du métrage est posé, ces deux jeunes sont autistes, des marginaux, des solitaires regardés comme des « freaks » par ceux qui pensent être la norme.

Après leur comédie très maîtrisée Le Sens de la fête (2017), le tandem de réalisateurs Olivier Nakache et Éric Toledano ont présenté Hors Normes en Dernière Séance de la 72e édition du Festival de Cannes. Un sujet qui leur tient à coeur depuis plusieurs années, une chronique sociale dans laquelle ils peuvent y insuffler les thèmes constituant leur cinéma depuis plus d’une décennies : la cohabitation d’individus seuls et d’origines différentes, le don de soi, l’handicap, les jeunes de banlieues ou le monde du travail. À travers l’autisme chez les adolescents, ils jouent sur un autre ton, plus grave, une note différente mais toujours juste. Car Hors Normes est l’histoire vraie de Stéphane Benhamou – que les cinéastes rencontrent en 1994 – créateur de l’association juive Le Silence des justes qui accueille des enfants autistes et de Daoud Tabou président du Relais de l’Île-de-France mettant en relation jeunes autistes et s’occupant de la réinsertion sociale de jeunes des quartiers en difficulté, les formant à être éducateurs auprès de ces cas dits “hyper complexes”.

Sous les traits de Bruno et Malik, Vincent Cassel et Reda Kateb sont évidemment formidables pour leur première collaboration devant la caméra. Par ce prisme de la fiction, la maîtrise de l’écriture et du montage du duo de réalisateurs épouse l’ensemble. Leur goût pour l’harmonie d’un groupe dissonant dans leur combat quotidien pour exister rend hommage à ces institutions “hors normes”, hors législation qui font l’objet ici d’une enquête du Ministère de la santé.

Le message d’Éric Tolédano et Olivier Nakache est limpide, être hors normes, c’ est être dans la norme. Leur France est ce pays de la diversité culturelle où peu importe les différences qu’elles soient physiques, mentales ou religieuses, une France rêvée, que l’on soit acteurs, référents, autistes ou soignants. Ils offrent un drame saupoudré d’humour (tout de même) et toujours plus généreux. Le don de soi se situe devant et derrière la caméra, aussi le tandem ne tombe jamais dans les bons sentiments.

Diane Lestage

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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