CANNES 2019 – « Give Me Liberty », tendre pression

QUINZAINE DES RÉALISATEURS – Kirill Mikhanovsky présente pour ce 72ème Festival de Cannes, Give Me Liberty, après Gabriel et la Montagne sélectionné à la Semaine de la Critique en 2017.

Give Me Liberty raconte l’histoire de Vic, (Chris Galust) jeune américain d’origine russe conducteur d’une camionnette pour personnes handicapées à Milwaukee. Alors que des manifestations éclatent, Vic accepte d’accompagner son grand-père ainsi qu’une dizaine de vieux russes aux funérailles d’une de leur amie, Lylia. Très en retard, il doit s’arrêter pourtant dans un quartier noir pour retrouver Tracy,(Lauren Spencer) atteinte de la maladie de Charcot, première cliente de la journée qu’il doit mener à un rendez-vous. Un trajet plein de tours et de détours, qui entraîne la joyeuse troupe dans une folle course totalement jouissive.

Give Me Liberty suit Vic dans le quotidien stressant que le jeune homme subit en tirant nerveusement sur ses multiples cigarettes. S’occupant sans cesse des autres, à qui il dédit son existence, il n’a plus de temps pour lui ni pour son travail, duquel il risque d’être renvoyé. Vic s’occupe de son grand-père incontrôlable dont la quête principal est de cuisiner du poulet frit, de deux de ses voisins handicapés, ainsi que de sa mère, qui le presse de «  réussir sa vie » autrement qu’en abîmant ses mains. D’un cimetière vide à un centre pour personnes handicapées, Vic est sans cesse en mouvement.

Le film est bruyant, sans trêve ni repos. Les interminables allers et venues de la camionnette sont rythmées par un montage saccadé qui retranscrit à merveille la tension qu’endure le jeune chauffeur. On rit beaucoup dans cette camionnette déglinguée. Les personnages sont tous aussi attachants qu’absurdes et nous invite à entrer dans leur microcosme chaleureux et désorganisé. Le jeu de sept familles recomposé du début du film prend une tournure plus politique dans la deuxième partie, qui propose une vision sociale forte et symbolique à travers des scènes qui se teintent alors de noir et de blanc pour laisser la lumière rayer les visages. Emouvant et drôle, Give Me Liberty est une pépite d’humanité qui doit sa beauté autant à son scénario qu’à son casting impressionnant de justesse.