CANNES 2019 – « For Sama » , quand même les oiseaux quittent le ciel

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SÉANCES SPÉCIALES – Waad al Kateab et Edward Watts venaient présenter For Sama, le premier film de la journaliste syrienne. Film choc mais indispensable, For Sama retrace l’évolution de la politique du régime de Bachar el Assad durant la révolution syrienne à Alep de 2005 à 2016.

Donner la vie dans un monde qui se meurt

For Sama est une lettre à Sama, fille de la réalisatrice. Le documentaire lui est dédié et c’est à elle que parle Waad al Kateab pendant tout son film. Le film est une lettre dans laquelle elle lui dit d’où elle vient et où elle lui explique les choix qu’ont fait ses parents, le choix de rester.

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Waad al Kateab quitte ses parents pour Alep à 18 ans. Elle est en pleine études d’économie quand la révolution éclate en 2005. Les murs tagués de l’université témoignent des débuts de l’effervescence du mouvement qui prend ses racines dans la jeunesse syrienne. Elle est née sous le régime et la famille Assad, comme ses parents avant elle et comme le sera sa fille, Sama. Sama veut dire “ciel”, ce ciel bleu qu’ils voudraient vider de ses bombes. Les oiseaux fuient en vague pressées le ciel fumant d’Alep, et au contraire de ce que leur dit leur esprit, Waad al Kateab et Hamza, son mari et médecin engagé, restent, même quand tout le monde part. Ils restent quand les corps de leurs amis s’entassent, quand leurs hopitaux de fortune sont bombardés pour briser la dernière lueur d’espoir et quand le régime dans le comble de la violence jette les corps torturés de leur opposants dans les eaux d’Alep.

L’enfance et l’espoir côtoient sans interruption la mort et la peur. La réalisatrice s’attriste de ne plus voir d’incompréhension ni de pleurs dans les yeux habitués de sa fille alors que les bombes font trembler les murs de sa chambre ou que cachés dans les sous-sols tous attendent que la mort cesse de planer. Après avoir dû quitter sa maison pour vivre dans l’hopital qu’a créer Hamza son mari, la réalisatrice récupère des roses dans son jardin plein de décombres. Pourquoi planter la vie quand elle est destinée à être détruite? C’est la question que se pose et que nous pose la réalisatrice en récupérant cette plante pour la faire vivre autre part, quand l’heure sera celle de la fuite inévitable. Cette question, elle se la pose aussi pour sa fille et pour le futur enfant dont elle apprend l’arrivée en plein siège. « Les enfants n’ont rien avoir avec tout ça », répète Hamza, sans voix devant les jeunes corps sans vie qu’il ne parvient pas à sauver.

« Nos chants couvraient le bruit des bombes »

Le couple doute, comme la majorité de leurs proches et de la communauté qui se bat pour la liberté. Ce mot ils l’écrivent, le crient, le chantent, et le peignent sur leur visages. « Nos chants couvraient le bruit des bombes » nous dit la réalisatrice. La vie continue et bat encore plus fort quand à tous moments tout risque d’être perdu. Après le bombardement du deuxième hôpital par les avions russes, les enfants peignent sur les carcasses des bus encore fumants couvrant de leur espoir commun la morbide oppression du régime et au sein du grand batîment calfeutré les médecins s’activent sans répis. Rester c’est donner l’exemple à leurs enfants, et montrer que tout n’a pas été fait en vain.

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Waad al Kateab ne nous ment pas, et ne nous préserve donc pas. For Sama nous met face à ce que l’on préfère oublier pour rendre la vie acceptable. Le film vient déchirer les coutûres du réel édulcoré dans lequel la majorité d’entre nous décide de vivre. Il est dur de garder la tête haute et les yeux ouverts devant ces images. La violence est permanente, totale et sans répis. La caméra ne ferme jamais les yeux , elle. Elle regarde, nous montre et dénonce. Une mère portant à bout de bras le corps sans vie de son fils, remercie la journaliste de filmer, « ils doivent savoir ».

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