CANNES 2019 – « L’ Angle mort » – être invisible

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L’ACID – Après L’Autre remarqué à Venise en 2009, Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic reviennent pour présenter L’Angle Mort, folle et magnifique course à la recherche de soi.

Dominick Brassan (Jean-Christophe Folly) a le pouvoir de se rendre invisible. Il ne s’en sert pas souvent, et cache ce don à ses proches. Même son amante Viveka, jouée par Isabelle Carré ne le sait pas. Niant son pouvoir depuis des années, à part pour des sorties nocturnes durant lesquels il espionne une voisine malvoyante à travers les fenêtres de l’immeuble d’en face (Golshifteh Faharani), il mène une vie simple et solitaire. Alors qu’un ancien ami d’école, Richard (Sami Ameziane plus connu sous son nom de scène, Le comte de Bouderbala), possédant le même don que lui le recontacte. Une vague de suicides dans les métros de la capitale leur font prendre conscience qu’ils sont loin d’être les seuls à pouvoir disparaître quand ils le veulent. C’est en comprenant qu’il pourrait véritablement disparaître, le don devenant de plus en plus difficile à maîtriser, que Dominik se met à réfléchir sur son identité et la place qu’il a dans sa propre vie et dans celle des autres.

Qu’est-ce qu’être visible ? Dominick ne se sert pas de son don pour se cacher des autres, mais se cache à travers la manière dont il a construit son quotidien. Relayé au sous-sol à l’emballage des instruments de musique, sous-sol duquel il ne veut ni descendre ni remonter, il arrive chaque matin le casque vicé aux oreilles pour aller s’enfouir dans les profondeurs. Voyant peu sa famille, une mère malade et une soeur culpabilisante campée par Claudia Tagbo (que l’on voit pour l’une des premières fois dans un rôle qui n’a rien de comique), il ne répond que rarement au téléphone et au bout d’une longue relation il ne dort jamais plus de deux nuits chez son amante. Loup solitaire, il se sent quand il se transforme, empli d’une solitude extrême que rien ne peut combler et qu’il n’aime ni ne déteste. Invisible par nature aux yeux de sa voisine d’immeuble qui le voit par les mains et par le coeur, il croit trouver dans cette femme une espoir pour combler cette ultime solitude.

L’angle mort est un film étonnant et émouvant construit avec finesse par ses deux réalisateurs. Jean-Christophe Folly y donne une très belle prestation et la magie du film prend son corps dans cette étrangeté familière de la solitude contemporaine et urbaine dans laquelle est inscrit le personnage. Qui est invisible ? Pourquoi et comment le devenons-nous ? Le film, questionnement passionnant, n’en n’oublie pas pour autant d’être drôle et rythmé. La caméra révèle avec intelligence la condition d’un homme enfermé dans son don, et entre don et malédiction la frontière est bien mince.

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