CINÉMA

Anthologie anniversaire Alien : un hommage réussi

Diffusée sur la chaîne Youtube IGN, l’anthologie Alien a proposé six courts-métrages de dix minutes afin de rendre hommage au film culte de Ridley Scott sortie en 1979, et plus largement, à toute la licence. À la barre, différents réalisateurs et narrateurs prometteurs. Le résultat se veut convaincant mais fait office de friandise addictive.

Containment par Chris Reading : l’entrée en matière sous-tension

Photo : © Twentieth Century Fox

Le “Borrowdale” – un vaisseau colonial de transport – se détruit sous nos yeux. Dans son sillage, une navette de secours s’échappe. À son bord, quatre survivants. En utilisant le procédé littéraire In medias res, Containment joue la carte du va-tout. Inutile de s’éterniser, ici, nous savons ce qu’il se trame. Les personnages ont fait face à l’horreur du xénomorphe, et le collègue dans le coma est soupçonné d’en porter un dans son ventre. En reprenant la paranoïa infectieuse, utilisée avec brio dans The Thing de John Carpenter, l’histoire brouille les pistes. L’arrivée de l’alien se fait inévitablement, sans qu’il soit véritablement visible. L’horreur est plus intense quand elle est obscure ; une leçon donnée par le film originel. En jouant la carte de la sobriété, Containment enjoint les fans à suivre la suite.

Specimen par Kelsey Taylor : une chasse mutuelle exotique

Photo : © Twentieth Century Fox

Planète LV-492. Dans un bâtiment consacré à la plantation, Julie, une botaniste, se retrouve coincée avec son chien de garde quand une quarantaine anti-contamination se profile. Les lumières principales éteintes, elle se retrouve seule face à un facehugger sorti d’une cuve étrange qui comportait un œuf d’alien. Le principe du court-métrage est de rendre la menace du pondeur démultipliée par sa furtivité. L’ambiance florale donne à l’atmosphère quelque chose d’inhabituel. Le prédateur se fond dans la jungle improvisée et ne laisse entendre que des bruits insidieux. Le chien de Julie procure un sentiment de sécurité par sa présence, mais également un sentiment d’insécurité par ses aboiements intempestifs. Mais le court-métrage surprend surtout par sa volonté d’équilibrer les forces. Julie traque autant le spécimen qu’elle n’est traquée par lui. Le climax de fin arrive alors, avec la victoire, mais aussi une défaite symbolique avec la mort de l’animal, qui montre toute la noirceur de cette saga. Un des meilleurs courts-métrages de l’anthologie.

Night Shift par Aidan Michæl Brezonick : le calme avant la tempête

Photo : © Twentieth Century Fox

Dans le district LV-422, une colonie minière, un conducteur porté disparu est retrouvé désorienté dans une ruelle. Jugé saoul, il est amené dans des quartiers de repos quand son état empire. L’horreur sort de son ventre et se confronte aux travailleurs dans un espace clos, tandis que dehors des bruits étranges de créatures et des coups de feu retentissent. Ce troisième court-métrage se veut comme une redite de Containment quelque peu différente dans son rythme. Ici, l’action ne débute qu’à la cinquième minute, tout en nous faisant croire à une crise d’épilepsie de la victime. L’alien perce la cage thoracique et ne se montre toujours pas. La fin laisse présager une invasion extérieure horrible, en concluant par ce cri mythique entendu pour la première fois dans le trailer de 1979.

Ore par Kailey et Sam Spear : le mal des profondeurs

Photo : © Twentieth Century Fox

Sur une planète minière commerciale spécialisée en minerai de platine, Lorraine, une travailleuse acharnée, ne compte pas les jours pour donner à sa fille et sa petite-fille un avenir meilleur. Tout bascule quand elle découvre avec son équipe un œuf d’alien fraîchement ouvert avec à ses côtés un mineur au ventre béant. Alors que la créature commence à décimer son groupe, Lorraine se rend compte que le centre opérationnel désire s’emparer du xénomorphe. Elle va devoir choisir : fuir et laisser l’horreur se répandre sur la surface ou se battre pour sauver les siens. Pour la première vraie incursion de l’alien sous sa forme adulte, Ore s’impose comme un des meilleurs courts-métrages de l’anthologie en combinant un personnage fort et sensible face à un mal inaltérable. La métaphore de l’avarice est utilisée pour mettre en scène la punition de l’Humanité qui a creusé trop profondément. La tension collective palpable et l’acte de bravoure final évoquent Aliens d’une manière éloquente.

Alone par Noah Miller : une vision ambitieuse

Photo : © Twentieth Century Fox

Au sein du transporteur chimique “Otranto”, Hope, une androïde probablement construite par la Weyland-Yutani, est la seule habitante restante du vaisseau laissé à l’abandon par l’équipage. Pendant un an, elle cohabite avec l’organisme primaire pondeur d’aliens qui ne l’attaque pas du fait de sa nature de robot. Tout en apprivoisant et en étudiant son compagnon, Hope, qui commence à dépérir, va tout faire pour rejoindre la civilisation et donner à l’organisme l’occasion de créer la vie. Alone est probablement le meilleur épisode de l’anthologie d’un point de vue narratif. Avec brio, il parvient à distiller des éléments sur l’univers étendu. Par bien des aspects, notamment la musique, l’ambiance, le personnage, et l’histoire, Ore rappelle tout à la fois Alien resurrection, Prometheus, mais également le jeu Alien isolation. Même s’il pourra ne pas plaire à tous, notamment à cause de son ambition de reléguer le facehugger en tant que créature apprivoisable, l’épisode convainc par son anti-manichéisme constant et son atmosphère lugubre et malsaine. Le final se révèle particulièrement intensif. Au détour d’une démystification du facehugger, Ore opère une déification de l’alien qui fera plaisir aux fans.

Harvest par Benjamin Howdeshell : un cocktail final gourmand

Photo : © Twentieth Century Fox

Quelque part dans le néant sidéral, un vaisseau moissonneur est victime d’une collision avec un météore. Son équipage doit atteindre le pont d’évacuation au plus vite. Malheureusement, un alien est dans les parages, plus mortel que jamais. Équipés d’un scanner, ils vont devoir trouver leur chemin jusqu’à la navette tout en survivant à la bête. Le dernier épisode mixe finalement tout ce que nous avons pu voir précédemment. Nous nous retrouvons dans un état initial de panique comme avec Containment, la menace est tout près dans un espace clos comme dans Night Shift, il s’agit d’un alien adulte comme dans Ore, et il est question d’un twist final, comme dans Specimen, qui concerne la trahison d’un androïde, ce qui rappelle inévitablement Alone. C’est probablement l’épisode qui rend le plus hommage au premier film, avec ses couloirs sombres et ses lumières alarmantes. L’utilisation salutaire du radar, absent des autres épisodes, est un énorme clin d’œil au Huitième passager. Le xénomorphe est bien plus visible mais tout aussi furtif et implacable. Le fan-service est omniprésent et mène à un final nihiliste quelque peu poussif mais bien mené.

Avec une heure au compteur, cette anthologie célèbre les quarante ans d’Alien avec respect. Malgré un Night Shift quelque peu inférieur et redondant, les autres épisodes sont force de proposition. Ce projet exaltant met en exergue les infinies possibilités de l’univers étendu d’Alien, qui nous incite à quémander une série dédiée sous forme d’anthologie longue à l’instar de Black Mirror. Avec sa fidélité au film originel et ses références aux films qui ont suivi, l’anthologie parvient à faire oublier les films récents de Ridley Scott, qui s’est égaré avec Prometheus et Alien Covenant. Il sera légitime de mentionner le grand effort mis à l’œuvre pour mettre en avant avec exclusivité les personnages féminins dans le but de rendre hommage à Helen Ripley incarnée par la légendaire Sigourney Weaver. Si la motivation est noble, elle reste entachée par une exploitation assez terne des personnages masculins, relégués au rang de pantins incapables et constamment déboussolés. C’est finalement avec le personnage androïde de Hope que le projet prône l’excellence. Portée par des passionnés, cette anthologie anniversaire est de très bonne facture, malgré des moyens limités qui se sentent parfois à l’écran. Qu’à cela ne tienne, car l’amour de la saga transpire sur chaque plan, avec un ensemble qui se veut hétérogène et soigné.

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