Musique en Bref – Floraison printanière

Tous les 15 jours, Maze vous offre un tour d’horizon des dernières sorties musicales. Pour célébrer l’arrivée du printemps, voici donc une petite sélection de disques qui nous ont plu.

Beth Gibbons, Krzysztof Penderecki & The Polish National Radio Symphony Orchestra – Henryk Górecki: Symphony No. 3 (Symphony Of Sorrowful Songs)

Plus de dix ans que nous n’avions pas entendu la voix de Beth Gibbons sur un disque, depuis le monument Third de Portishead. Alors, quand au bout d’une douzaine de minutes de prélude orchestrale sa voix surgit, les frissons et les larmes montent directement aux yeux. Sous la baguette de Penderecki (un des plus grands compositeurs contemporains encore en activité) et accompagnée par l’orchestre nationale Polonais, Beth Gibbons livre une interprétation touchée par la grâce, parfois malheureusement quelque peu miné par les sons parasites dû à son enregistrement en public. Mais cela n’entrave en rien au plaisir d’entendre à nouveau la symphonie la plus populaire du XXe siècle, la somptuosité de ses thèmes plaintifs, la subtilité infinie de son l’orchestration, les champs d’émotions qui traversent les mots et les gestes musicaux de cette oeuvre à part, bijou néo-classique à l’immanente lenteur. De la colorature soprano originale attendue, Beth Gibbons n’a que bien peu de choses : et c’est justement toute la force du projet, ce supplément d’âme délivrée par la chanteuse britannique qui nous prend au tripe et ne nous lâche plus, au service de cette oeuvre intemporelle, déchirante et profondément bouleversante.

Sortie le 29 mars

Camille Tardieux

KOMPROMAT – Traum und Existenz

Kompromat, de l’argot russe, désignant un dossier compromettant — est l’association de deux figures les plus importantes de la musique électronique française ces dernières années. Vitalic, d’une part, dont l’électro compressée s’allie parfaitement avec les pistes de danse. Rebekka Warrior, d’autre part, moitié de Sexy Sushi — un des duo le pus atypique de la musique française — et de Mansfield. TYA, récemment solitaire pour une poignées de DJ set. Ces deux-là s’étaient déjà rencontrés sur l’inévitable hymne La mort sur le dancefloor. Connaissant les deux artistes, on peut s’attendre sur le papier à un Crystal Castles à la française. C’est la seule analogie que nous nous autoriserons ici. S’il est vrai que, dans les sonorités, et dans l’alliance des machines et de la voix féminine, on peut trouver des rappels aux groupe canadien, le projet s’en distingue largement. Les beats sont mesurés, progressifs, doucement lancinants, et tranchent avec les productions de Vitalic qui peuvent être plus musclées. Rebekka Warrior, elle, est d’une louable justesse, faisant coexister l’allemand et le français avec beaucoup de maitrise mais surtout de poésie. Une poésie plutôt sombre, parfois touchante, mais qui ne s’écarte pas du dancefloor pour autant. Le disque, porté par l’entêtant single Niemand, est une pièce unique, délicate et audacieuse. Parue quelques temps après le passage à l’heure d’été, on ne peut qu’attendre de l’écouter lorsque l’on repassera à l’heure d’hiver.

Coup de cœur : Le goût des cendres

Sortie le 5 avril

Victor Costa

The Psychotic Monks – Private Meaning First

Plus équilibré que le percutant mais inégal Silence Slowly and Madly Shines, The Psychotic Monks (formation parisienne comme son nom ne l’indique pas) revient avec un second album toujours aussi tourmenté. Un métissage underground de choix qui doit autant à Joy Division, This Heat, Swans ou Idles qu’à Syd Barrett. Un univers unique qui s’étend sur de larges pistes (la conclusion (Epilogue) Every Sight) en proposant des processus parfois audacieux (la dégradation sonore progressive de Minor Division, entre autre). Le groupe qui continue d’écumer les scènes européennes -la tournée française qui a débuté en mars passera par Paris ce jeudi 11 avril- vient donc de livrer un album en forme de consécration, érigeant l’ organisation du chaos comme une science presque exacte. Électrique, sauvage, intense : un disque sous haute tension, entre révolte et dépression, qui ne laissera personne indemne.

Coups de cœur : (Chapter One: Every Word Has to Be Told) Pale Dream, Isolation, Minor Division, (Chapter Two: Interzone) Emotional Disease

Sortie le 29 mars

Camille Tardieux

H-Burns – Midlife

Deux ans après Kid we Own the Summer, Renaud Brustein alias H-Burns Dévoile Midlife (Vietnam/ Because Music) un septième album baigné de voyages et de douceur folk authentique. Pour cet album, l’artiste originaire de Romans-sur-Isère (38) choisi l’introspection et nous parle des angoisses de cette fameuse « crise de la quarantaine » qui le hante. Douze titres personnels dépouillés de tout artifice, qui privilégient l’acoustique, nous ramenant ainsi à la quintessence de la recette H-Burns : une folk léchée aux allures vintage. Jamais loin des couchées de soleils californiens et des virées en bagnole sur les longues routes désertes, H-Burns nous dépayse et livre un album mélancolique et sincère transpercé de rayons oranges.

Coup de cœur : Actress, Saturday

Sortie le 29 mars

Pauline Pitrou

Miel de Montagne – Miel de Montagne

On grandit, on fait des projets, et les doutes rappliquent en quatrième vitesse. Un boulot chiant, tout quitter.. L’idée de retourner vivre chez ses parents angoisserait n’importe qui, mais pas Milan. L’ex coloc de Jacques, et DJ parisien, envahi par le besoin de s’échapper, retourne vivre en Charente à 24 ans. C’est justement là que tout va se passer. Galvanisé par l’appui de sa famille, Milan relève la tête, sous le nom de Miel de Montagne en hommage à son oncle apiculteur. Premier single début 2018, Milan se fait rapidement un nom, sortant en l’espace d’un an quatre singles et un EP sur les labels Pain Surprises & Délicieuse. Une pop fraiche et rétro, qui fait preuve dans d’une grande sincérité dans les textes, sinon identitaire. Si on s’accorde à dire que sortir un album au bout d’un an est inattendu voire risqué, la maturité et l’efficacité de cet album nous explose au visage tant il est beau. La preuve irréfutable qu’il est possible de faire de grandes choses en très peu de temps.

Coups de cœur : L’amour, Pour rien au monde

Sortie le 5 avril

Guillaume Lacoste

Chaton – Brune Platine

Au bord de la faillite, il continue d’écrire des poésies. Après Possible, un premier album qui l’a révélé en 2018, Chaton continue ses complaintes sensibles sur auto-tune dans un second opus baptisé Brune Platine. Sur des instrus simples aux échos parfois reggae, l’artiste se livre sur les déboires de sa vie d’artiste, il nous conte l’envers du décor, les angoisses, les histoires de « biz » mais aussi l’amour. Usant l’auto-tune avec justesse et mélancolie, Chaton revendique son côté chanteur triste et assume même dans l’un de ses morceaux « je fais danser que des gens qui vont pas bien ». On vous rassure, nul besoin d’être au bord du gouffre pour apprécier la musique du garçon sombre. Quoi qu’il en soit, Brune Platine nous donne envie de caresser ce Chaton dans le sens du poil pour lui dire que tout ira mieux demain.

Coup de cœur : En pas pareil, Parfait, Ultime intime

Sortie le 5 avril

Pauline Pitrou


Vampire Weekend – This Life / Unbearably White (EP)

C’était le retour que l’on attendait même plus : Vampire Weekend. Oui, Vampire Weekend, le groupe d’Ezra Koenig qui a sans doute rythmé vos années collège et lycée entre 2007 et 2013, avec des morceaux iconiques tels que A Punk, Step ou encore Oxford Comma. La bonne nouvelle c’est que ça n’a pas perdu de son charme, ce petit EP de six morceaux longuement teasé depuis quelques mois par le groupe est tout à fait appréciable, et souligne toujours la dimension espiègle de sa musique. Ces légers éclats de guitare que l’on connait bien, cette voix familière, cette pop indépendante effrénée, tout est là. Quelques morceaux sortent du lot, avec une belle collaboration, le détonnant Sunflower sur lequel on trouve Steve Lacy, membre du groupe The Internet. Mais aussi Unbearably White, un pied de nez aux critiques qui avaient pu être faites au groupe comme le relevait récemment Pitchfork. Seul bémol les visuels des différents singles, trop simplistes, mais bien rattrapés par un travail esthétique poussé sur les premiers clips.

Coup de cœur : Sunflower (feat. Steve Lacy)

Sortie le 4 avril

Caroline Fauvel

Denize – Aube (EP)

Déclinant un univers à la fois pop et onirique, en français dans le texte, Denize livre un premier EP touchant, portée par sa voix sublime et son sens aigu de la composition. Intimiste, on pense volontiers à Agnès Obel ou Weyes Blood dans ce savant mélange d’éléments acoustiques ou plus électroniques, aux arrangements soigneux. Si l’ensemble reste encore un peu trop sage et calibré, il y a peu de soucis à se faire quand à l’avenir de la jeune Havraise. En effet, après avoir effectué la première partie de Jean-Louis Murat sur sa dernière tournée, celle qui reste encore rare sur scène ne devrait pas tarder à sortir de l’ombre pour briller sous la lumière.

Coup de cœur : Sans le faire

Sortie le 29 mars

Camille Tardieux

Hubert-Félix Thiefaine – 40 ans de chansons sur scène ! (live)

Capté lors de son passage à l’AccorHotels Arena à Paris en novembre dernier, ce nouveau disque live du plus marginal des chanteurs français dresse un panorama assez exhaustif des différentes phases, périodes et traversé par celui qui a toujours remplit les salles sans jamais passer par la sphère médiatique. Épaulé par Yan Péchin (ex-guitariste de Bashung) et avant de repartir pour une tournée des festivals d’été puis deux Olympia en novembre prochain en guise de conclusion, la tournée événement a enfin droit à son disque. Si la captation peine parfois à retranscrire l’ampleur et la puissance des performances de Thiefaine et son équipe et que certains arrangements semblent avoir un peu vieillis, force est de constater que le chanteur reste, du haut de ses 70 ans, un des auteurs les plus exigeants et captivant de sa génération.

Coups de cœur : La Vierge au Dodge 51, Confession d’un never been, Un automne à Tanger, Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable, Toboggan

Sortie le 15 mars

Camille Tardieux

La brève de Sofia

Chris Cohen Chris Cohen : Le narcissisme dans l’appellation de l’album ne le rend pas pour autant agréable à écouter.

Joep Beving – Henosis : Étonnamment, c’est pas mauvais.

KARYYN – THE QUANTA SERIES : Trop de beuglements, j’ai mal à la tête.

Sofia Touhami

Camille Tardieux

ÉTUDIANT EN MASTER MUSICOLOGIE ET EN COMPOSITION ÉLECTROACOUSTIQUE A BORDEAUX. AMOUREUX DES SONS, DES MOTS ET DES IMAGES, DE TOUT CE QUI EST UNE QUESTION D'ÉMOTION, DE RYTHME ET D'HARMONIE.

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