Les Plumées : réhabilitation des œuvres du “matrimoine”

Créée en 2005, Talents Hauts est une maison d’édition indépendante, qui publie des livres destinés à la jeunesse : des tout-petits aux adolescents.

Attentive aux discriminations et au sexisme en particulier, la devise de sa ligne éditoriale est on ne peut plus claire : « Des livres qui bousculent les idées reçues » ! La collection Les Plumées, entièrement dédiée aux autrices bafouées, vient récemment d’intégrer son catalogue.

Les Plumées

Qui sont les plumées ? Elles sont des auteures dévalorisées, évincées, niées, censurées, rendues invisibles ou encore spoliées dans leur art et ce depuis le Moyen-Age, jusqu’au XXème siècle. Habiles stratèges, des hommes de leur entourage, leur père, leur frère, leur mari, leur amant se sont inspirés, se sont appropriés des travaux collectifs, ont plagié, ont stigmatisé par des propos misogynes, ont décrédibilisé, ont omis… Aux dépens des femmes artistes. Mais la société dans son ensemble n’est pas en reste. Quel plus grand frein à l’exercice de l’art que l’éducation, les conditions économiques, sociales et religieuses ?

Fort heureusement, les éditions Talents Hauts ont retrouvé, réédité et réhabilité les œuvres du “matrimoine” dans l’objectif de montrer aux jeunes lecteurs et lectrices de maintenant que la littérature s’est toujours conjuguée au féminin. Il s’agit aussi de leur faire prendre conscience de l’immense gâchis de talents que constituent la domination masculine et le patriarcat.

Trois titres sont d’ores et déjà disponibles : L’Aimée de Renée Vivien ou la passion amoureuse dévorante de deux amantes ; Marie-Claire de Marguerite Audoux soit l’envie furieuse de liberté d’une jeune adolescente… Le troisième titres vient de la progéniture d’un illustre poète, sur lequel nous allons nous appesantir quelques instants.

Judith Gautier

Judith Gautier est une femme de lettres française née en 1845. Elle est la fille de l’écrivain Théophile Gautier. Amoureuse de l’Asie, de ses cultures et de ses langues, Judith publie son premier recueil de poèmes chinois anciens traduits et adaptés en prose, Le livre de Jade, en 1867 sous le nom de Judith Walter.

En 1910 Judith Gautier est la première femme à entrer à l’Académie Goncourt. Entourée par les nombreux amis lettrés de son père, Judith aura pour amants Victor Hugo, Charles Baudelaire ou encore Gustave Flaubert. Comment se fait-il alors, qu’au milieu d’illustres écrivains, père ou amants, nous n’ayons que trop peu entendu parler de l’œuvre de cette femme ?

Isoline de Judith Gautier

Après avoir beaucoup écrit sur l’Orient, Judith Gautier, en 1882, puise dans son enfance pour écrire un conte initiatique qui s’inspire de sa terre natale : la Bretagne.

Isoline est une jeune fille reclus de force dans le château de son père qui refuse de lui parler ou d’avoir un quelconque contact avec elle. Elle n’attend plus rien de la vie jusqu’au jour où elle croise la route de Gilbert, un lieutenant de la marine en permission. Ce dernier tombe immédiatement sous le charme de la demoiselle. Ils nouent alors une relation amicale qui va très rapidement se transformer en passion amoureuse. Malheureusement, le père d’Isoline n’entend pas voir sa fille heureuse et épanouie.

« On se souvient de ceux qu’on a aimés et on espère les retrouver en une éternité possible ; mais celui dont l’âme aride a desséché toute tendresse ne doit avoir qu’un espoir, celui de mourir tout entier. »

À travers la trame d’une histoire d’amour, Judith Gautier aborde le thème de la solitude et n’hésite pas à mettre à mal une Église vénale ainsi qu’une bourgeoisie mesquine. Comme son auteure, le personnage d’Isoline est une femme combative en lutte perpétuelle pour son émancipation. Un exemple à suivre.

Isoline de Judith Gautier, collection Les Plumées chez les Éditions Talents Hauts, sortie le 21 Février 2019 – 7,90 euros.

Sophie Moulin

Amoureuse des lettres, des mots, des phrases. Sur papier, dans des bulles, sur les murs, dans mes oreilles...

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